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Stalingrad: aggravation de la situation du trafic de crack (8)
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Se sentant délaissés par les pouvoirs publics, les riverains de Stalingrad se mettent désormais à leurs fenêtres pour crier leur colère contre le trafic de crack. Une opération symptomatique d’un profond ras-le-bol, explique à Sputnik le représentant d’un collectif de riverains.

Alors que la lutte contre le trafic de drogue a été remise sous le feu des projecteurs après l’assassinat d’Éric Masson, les habitants du quartier Stalingrad continuent de se battre contre le fléau du crack. Les tensions entre dealers et habitants se sont d’ailleurs multipliées, ces derniers en venant à tirer des mortiers d’artifices pour faire cesser les nuisances.

Depuis le 11 mai, des collectifs de riverains ont également mis en place des concerts de casseroles, le soir à 20h. Une manière d’interpeller les pouvoir publics, alors que le «plan crack» de 2019 -visant notamment à mieux accompagner les toxicomanes- peine à porter ses fruits.

«On a trouvé que c’était une bonne idée pour se faire remarquer et attirer l’attention sur notre quartier, qui en a vraiment besoin. Il n’y a pas de raison que les toxicomanes et les dealers soient les seuls à faire du bruit», explique ainsi à Sputnik Frédéric Francelle, porte-parole du Collectif19.

Le responsable s’étonne en particulier de l’inaction de la police, condamnée à faire de la «câlinothérapie» avec les consommateurs. S’il comprend que les forces de l’ordre ne puissent pas «mettre 400 personnes en garde à vue», il dénonce une forme de laxisme généralisé vis-à-vis des toxicomanes.

«Quand vous voyez les CRS passer devant quelqu’un avec une pipe à crack, ils ne peuvent pas penser que cette personne boit un Coca! Le crack étant illégal, pourquoi ne réagissent-ils pas? Il ont ordre de laisser faire. Il y a une politique de laxisme. On a l’impression que ces gens-là sont ultra-protégés, qu’ils sont les seigneurs du 19e arrondissement et que les riverains sont juste bons à subir leur présence», explique ainsi Frédéric Francelle à Sputnik.

Les rares interventions de la police se soldent par des évacuations temporaires, les toxicomanes se déplaçant de cent mètres avant de revenir sur les lieux peu après, ajoute-t-il.

Ce n’est plus Paris, c’est Kingston!

Le confinement, qui a jeté une lumière encore plus crue sur les trafics du quartier, a débouché sur une montée des tensions, début mai. Trois nuits durant, les habitants ont multiplié les tirs de mortiers d'artifice pour tenter de faire fuir les dealers.

Une escalade qui n’étonne pas Frédéric Francelle, lequel craint que la colère des riverains ne s’accentue encore, si les autorités ne prennent pas leurs responsabilités.

«On s’étonne que ça n’ait pas dégénéré avant. Il y a des gens particulièrement énervés, prêts à commettre des actions radicales. On a essayé de prévenir, d’alerter la mairie. Qu’est-ce qu’on attend? Que quelqu’un pète les plombs? Il faut réagir, on est dans un État de droit où la drogue est interdite. Ce n’est plus Paris, c’est Kingston en Jamaïque!», explique-t-il à Sputnik.

Le porte-parole, qui a vu les toxicomanes remplacer peu à peu les étudiants du Cours Florent sous ses fenêtres, précise encore ne pas croire aux maraudes des associations. Il plaide pour une vraie réponse pénale, ou pour la création de structures spécialisées afin de ne pas «laisser les consommateurs dans la rue».

Avec cette escalade des tensions, la proposition de créer des espaces dédiés pour aider les toxicomanes a d’ailleurs ressurgi dans le débat. Début mai, la député Danièle Obono a ainsi proposé devant l’Assemblée la création de nouvelles Salles de consommation de drogue à moindre risque (SCMR).

La première structure de ce genre avait été inaugurée en 2016, dans le 10e arrondissement. La période d’expérimentation de ces établissements touchera à sa fin en 2022.

Dossier:
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Danièle Obono, lutte antidrogue, trafic de drogue, drogue, Place Stalingrad de Paris
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