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Le bonheur se trouve-t-il dans la réduction du temps de travail? En Islande, plusieurs milliers de personnes ont vu leur semaine de travail passer de 40 h à 35 h, sans perte de salaire. Or, la productivité se serait largement améliorée. Pour Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail, il faut aller plus loin, en passant à 32 heures de travail.

Travailler moins pour produire plus. C’est le bilan pour le moins étonnant que tire l’Islande de son expérimentation visant à tester la «semaine de quatre jours». Ainsi, entre 2015 et 2019, près de 2.500 personnes, soit 1% de la population islandaise, ont vu leur semaine de travail passer de 40 à 35 heures… mais sans réduction de salaire.

Le bien-être des travailleurs aurait considérablement progressé, conclut le rapport conjoint des think tanks Autonomy et Alda. Plusieurs indicateurs comme la santé, le stress, le nombre de burnout, ou encore l’équilibre vie personnelle-vie professionnelle, se seraient eux aussi largement améliorés. Autant d’éléments qui, in fine, auraient permis d’augmenter la productivité dans la majorité des lieux de travail où le dispositif a été mis en place.

«Cela confirme que lorsque les salariés sont bien payés, bien traités, bien formés, ils produisent plus que les autres. Ce n’est pas quand ils sont flexibles ou qu’ils travaillent très longtemps qu’ils produisent plus», réagit au micro de Sputnik Gérard Filoche, fondateur de la Gauche démocratique et sociale (GDS).

Ce fervent défenseur des 32 heures en veut notamment pour preuve la Grèce. Les employés y travaillent en moyenne 42 heures par semaine, au-dessus de la moyenne européenne de 40,3 heures hebdomadaires, et «ce n’est pas un symptôme de développement accru pour le pays», selon l’ancien inspecteur du travail.

Conte de fées réalisable?

«En réalité, c’est le rapport entre la restriction du travail, le fait que les gens soient bien dedans, bien payés et qu’il n’y ait pas de chômeurs à côté. C’est-à-dire quand le climat social est bon et que vous avez tous ces facteurs, la productivité augmente», résume Gérard Filoche.

Un scénario qui pourrait néanmoins paraître utopique. Alors que la France compte près de six millions de chômeurs, toutes catégories confondues, Gérard Filoche dénonce le fait que «plusieurs millions de Français travaillent plus près de 60 h par semaine.» Un tiers des travailleurs feraient plus de 40 heures par semaine et ils seraient 8,7% à faire plus de 50 heures, selon le magazine Capital. Des horaires réalisés principalement par des cadres qui sont soumis à un «forfait jours».

«Croire que cela augmente la productivité, c’est une vision à courte vue. C’est croire que l’on va reposer sur un noyau de gens, quelques millions, qui vont travailler plus que tous les autres et qu’ils vont remplacer tous les autres. En fait, cela casse la société dans tout son fonctionnement et cela finit par casser les salariés eux-mêmes, qui n’arrivent pas à suivre le rythme», déplore l’ancien inspecteur du travail.

Alors, pourrait-on voir la semaine de quatre jours se démocratiser en France? Certaines entreprises en ont fait le pari. C’est le cas de l’entreprise de service numérique IT Partner qui, depuis janvier dernier, a réduit le temps de travail de ses employés. Dorénavant, ils travaillent 32 h sur quatre jours, au même salaire. Comme l’explique son patron, Abdenour Aïn-Seba, ce choix a été fait pour que «ses collaborateurs se sentent mieux» en ayant plus de temps pour leur vie personnelle.

«Il n’y a pas de recette miracle»

D’autant plus que l’épidémie de Covid-19 a fait la preuve de réelles capacités des travailleurs. C’est pourquoi le patron n’est guère étonné par les résultats de l’expérimentation islandaise:

«Dès lors que le collaborateur prend conscience qu’il doit s’organiser différemment, ça l’oblige à avoir une posture un peu différente par rapport à son job: davantage préparer, communiquer en équipe et formaliser. Ce qui fait que l’on réduit énormément le bruit de manière générale, et la “non-qualité”», analyse Abdenour Aïn-Seba.

Le patron de IT Partner concède cependant qu’ils ont renforcé l’équipe d’encadrement, en «créant des postes de management intermédiaire». Mais «pour la même chose que l’année dernière on n’a pas besoin d’être plus nombreux.» Faudrait-il appliquer ce modèle à tous les travailleurs français? Il n’y a pas de recette miracle, croit ce chef d’entreprise:

«Certains considèrent qu’il faut un système de congés pris à discrétion, d’autres que c’est du télétravail pour concilier vie pro et perso, d’autres, comme nous, de réduire le temps de travail. Je pense qu’il y a plein de pistes à creuser.»

Pour répondre à son tour à cette question, Gérard Filoche convoque le gendre de Karl Marx, Paul Lafargue et son célèbre ouvrage, Le Droit à la paresse: «il disait que si l’humanité travaillait trois heures par jour, nous serions dans une société d’abondance», rappelle-t-il.

«Évidemment, on prend le réflexe de l’utopie, mais il est vrai que si on travaillait trois heures par jour et qu’il n’y avait pas des millions de gens inoccupés, non formés, sur le bord de la route, il est évident que l’humanité produirait plus. Ce n’est pas le développement de la durée de travail qui compte, c’est le partage efficace de ce travail dans une société qui en produit le maximum», résume Gérard Filoche.

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