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    Le restaurateur Serguei Gutzeit au seuil de son restaurant Bortsch

    Un kibboutz «Gute Zeit» sur le sol russe qui veut dire «un beau temps»

    © Photo. Serguei Gutzeit
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    Oxana Bobrovitch
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    Le restaurateur saint-pétersbourgeois Serguei Gutzeit n'a pas peur de se lancer dans les expériences, en atteste son projet de commune agricole. Propriétaire d'un empire dans la restauration, il dit pouvoir «se permettre de créer un restaurant qui n'apporte pas de bénéfices». Sputnik a parlé avec l'homme d'affaires de son projet de «ferme idéale».

    «Je crois à 67 ans, je peux me permettre de me faire un cadeau: faire ce qui me procure du plaisir, non ce qui me rapporte de l'argent,» déclare Serguei Gutzeit

    Un mono-café «Borsch»

    En novembre dernier, le restaurateur, connu surtout pour ses établissements haut de gamme, a percé dans le segment des «cantines». Le concept est simple: le restaurant s'appelle «Bortsch», les clients fixent eux-mêmes un droit d'entrée et «chacun donne ce qu'il veut». Le prix des plats est calculé au prix coûtant puisque le restaurateur considère ce bistrot comme un «restaurant social». Le coût d'investissement du projet s'élève à 50 millions de roubles (soit près de 700 milles euros).

    «Pour moi, le café ʺBortschʺ vivra à perte. Pour les gens qui y travaillent, il vit ʺà bénéficesʺ. Ils sont contents d'y rester et me demandent de ne pas le fermer», confie Serguei Gutzeit à Sputnik.

    Pourquoi «mono-café»? Car la carte comporte un plat (principal, mais non unique): le fameux «potage rouge» (bortsch, en russe, ndlr) à base de betteraves et décliné en plusieurs recettes. Vous pouvez y gouter le bortsch aux girolles, le bortsch au porc ou au canard, ainsi que le bortsch froid ou maigre en période de jeûne.

    Village Mandrogi

    Mandrogi, village touristique
    © Photo. Sergueï Gutzeit
    Mandrogi, village touristique

    Un autre projet d'envergure est le village touristique de Mandrogi qui s'étend sur la rive gauche de la rivière Svir qui relie le lac Onega au lac Ladoga, à quelques 270 km de Saint-Pétersbourg. Construit comme une commune, le village abrite également une école privée de garçons qui ressemble, dans son organisation interne, au lycée historique de Tsarskoïe Selo, nid spirituel de nombreux poètes et philosophes russes.

    « La rentabilité m'intéresse peu, dit à Sputnik Serguei Gutzeit, Je m'intéresse plutôt au bonheur et àcomment rendre les gens heureux. »

    C'est le premier projet de l'«entrepreneur du bonheur humain» qui il existe depuis 22 ans. C'est en en quelque sorte «une serre» dans laquelle il a réalisé certains éléments de ses projets par la suite. C'est également ici qu'il a acquis l'expérience de création d'une communauté où les gens vivent et travaillent ensemble, un lieu où ils sont heureux.

    «C'est vrai que je joue parfois le rôle du ʺpêcheur d'hommesʺ confirme avec sourire Serguei Gutzeit.

    Mandrogi, village touristique
    © Photo. Serguei Gutzeit
    Mandrogi, village touristique

    Les raisons qui ont poussé les collaborateurs du restaurateur à venir s'installer à Mandrogi sont multiples: les uns ont perdu leur foyer, les autres n'ont plus d'«espace privée» au sein de leur famille qui s'est agrandie. Et il y a ceux qui cherchent juste à s'impliquer dans un travail qu'ils aiment, au sein d'une équipe qui leurs plait… Ces gens viennent d'horizons très divers. Ils ont décidé de s'investir ensemble dans ces projets d'envergure. Ils ont décidé de changer de vie, tout simplement.

    « Maintenant, beaucoup de gens ne comprennent pas comment vivre, où vivre… Les gens n'en peuvent plus de mégapoles… », réfléchit Serguei Gutzeit à haute voix.

    Bientôt un kibboutz près de Saint-Pétersbourg

    Et maintenant, un pas de plus pour rendre les gens heureux: Serguei Gutzeit a loué 350 hectares de terres près de la ville Gatchina, à une cinquantaine de kilomètres de Saint-Pétersbourg et envisage d'y construire une ferme collective, une sorte d'un «kibboutz russe», avec une production respectueuse de l'environnement et des produits biologiques. Selon l'entrepreneur, des volontaires y travailleront et y vivront en pension complète.

    «Il portera le nom ʺKibboutz Gute Zeitʺ, autrement dit ʺCommune Bon Tempsʺ confie à Sputnik Serguei Gutzeit.

    Le premier candidat s'est déjà présenté: un doctorant venu d'une autre ville et qui sait soigner les animaux. L'auteur du projet se dit «optimiste quant 'à sa candidature». «Je lui ai demandé ce qu'il cherchait. Il a dit qu'il ʺvoulait s'installer ici et faire un boulot qu'il aimait, en rapport avec les animauxʺ. Affaire conclue! On verra comment ça se passe…», raconte Serguei Gutzeit.

    «Je cherche des enthousiastes et non des personnes qui viennent juste pour gagner des sous», dit l'homme d'affaires.

    Mandrogi, village touristique
    © Photo. Serguei Gutzeit
    Mandrogi, village touristique

    Les enthousiastes seront récompensés par le cadre splendide du projet. «Tout d'abord, je leurs construirai un village qui fera de l'ombre à Versailles. Ce sera un village d'une beauté inégalée. On y aura une ile artificielle encerclée par le canal, un miroir d'eau, des fontaines, des sculptures, les bâtiments seront d'une architecture idéale…. Le tout, à 20 minutes en train du centre de Saint Pétersbourg», insiste Serguei Gutzeit au sujet de sa future ferme idéale. Connaissant les projets précédents du restaurateur, on y croit…
    Le coût du projet s'élève à 500 millions de roubles (environ 7 millions d'euros), mais rien n'est trop beau pour Serguei Gutzeit quand il s'agit d'investir au nom de son pays:

    «Je suis l'homme de la terre russe. Et même pas de toute la Russie, mais de la Crimée que j'aime, où j'habite en été, et de Tzarskoie Selo (actuel Pouchkine, ndlr). Ce sont des endroits où je me sens chez moi.»

    Le village Glazovo

    On dit parfois que l'histoire se répète, à un autre niveau de développement et que le déroulement des évènements est cyclique. Les terres de prédilection de Sergueï Gutzeit — entre le Tzarskoie Selo et Pavlovsk — ont vu apparaitre au début du XIX siècle «un village idéal». Pas si idéal que ça dans la pratique, notons-le au passage, parce que les paysans qui y habitaient étaient des serfs.

    La construction du village (qui n'a hélas pas survécu aux tempêtes des révolutions) remonte à 1815. En plus du plan aux formes idéales, il s'agissait d'une rue circulaire de 230 mètres de diamètre, avec un étang rond au centre, des parcelles réparties de manière uniforme en secteurs tout autours et des bâtiments fonctionnels tels que des bains, des granges construites tous les trois mètres. On appréciait l'esthétique du village de Glazov, ainsi que le style russe des izbas proposé par l'architecte Carlo di Giovanni Rossi, architecte russe d'origine italienne qui a travaillé une grande partie de sa vie en Russie. Cet auteur de plusieurs bâtiments majestueux et d'ensembles architecturaux importants de Saint-Pétersbourg et ses environs a imaginé un «bâti idéal» pour les paysans. Ses izbas en rondins de bois ont un étage et un sous-bassement. Elles sont aménagées avec une véranda, deux balcons, des porches et d'un toit pointu décoré d'un fil de dentelle sciée. Il ne s'agit pas d'un hôtel particulier stylisé, mais d'une vraie maison fonctionnelle, confortable et spacieuse comme on en rêve dans une vie paysanne.

    Il n'est pas d'étonnant que l'empereur Frédéric-Guillaume III de Prusse, qui arriva trois ans plus tard en Russie à l'occasion de la naissance de son petit-fils, le grand-duc Alexandre Nikolaevich (futur empereur Alexandre II), fût été émerveillé par le village de Glazovo. C'est cette image du village russe, bien entretenu, soumis à une géométrie stricte, au milieu d'un paysage pittoresque, que le roi de Prusse remporta à Potsdam, dans les terres de sa résidence secondaire, «en guise de monument pérenne en souvenir des liens d'amitié profonds qui nous unissent Moi et le très bienheureux empereur Sa Majesté Alexandre de Russie».

    Et cette délocalisation de la culture russe sur le sol brandebourgeois, inscrite dans les registres du Patrimoine mondial de l'Unesco, persiste jusqu'à nos jours comme souvenir du lien culturel qui unit les deux royaumes.

    Ainsi, on a bon espoir pour que les projets de Serguei Gutzeit intègrent également un jour dans les listes de l'Unesco…

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    Tags:
    oeuvre caritative, kibboutz, exclusion sociale, bortsch, cantine, restauration, restaurant, bonheur, Mandrogi, Pouchkine, lac Ladoga, Saint-Pétersbourg, Russie
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