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    Le portait du président syrien Bachar al-Assad

    Renverser le régime d'Assad, c'est ouvrir les portes de Damas à l'EI

    © REUTERS/ Baz Ratner
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    Situation en Syrie (2014) (607)
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    Une nouvelle crise dans le style de celui de la Guerre froide se répand au sein de l'Europe de l'est et du Moyen Orient, prenant la forme de tensions croissantes entre la Russie et l'Occident, qui aspire à mettre fin au régime de Bachar al-Assad, oubliant le résultat de son ingérence dans la politique intérieure des pays comme l'Irak et la Libye.

    Le portrait du président syrien Bachar el-Assad, Damas. Archive photo
    © Sputnik. Valeriy Melnikov

    En tant qu'Etat peuplé par une diversité d'ethnies, la Russie comprend bien la situation géopolitique fragile en Syrie, et a élaboré une approche plus subtile à son égard que les Etats-Unis, a estimé Stephen F. Cohen, spécialiste américain de la Russie et professeur aux universités de Princeton et de New York, dans son entretien à l'auteur américain John Batchelor.

    Qui paye pour les démarches des Etats-Unis?

    "Chaque fois que les USA entament un soi-disant changement de régime, le résultat s'avère toujours désastreux", a fait remarquer M. Cohen.

    "La Russie pointe le doigt vers ce qui est survenu suite à la guerre d'Irak, et elle rappelle ces derniers temps les conséquences de notre excitation à renverser le gouvernement de Mouammar Kadhafi en Libye. Et quand tout cela arrive: Etats détruits, guerres civiles, extrémistes… qui paye? Pas les Etats-Unis. Ce sont ces pays qui payent".

    "Et aujourd'hui on voit l'Europe qui vit elle-même une crise migratoire", a ajouté M. Cohen.

    On renverse le régime de Bachar al-Assad, mais ensuite?

    L'important est donc qu'on reconnaisse que si les USA renversent le gouvernement de Bachar al-Assad, l'EI s'emparera de Damas comme conséquence, ce que la Russie dénonce justement.

    D'ailleurs, le renversement engendrera un afflux de centaines de milliers ou même de millions de réfugiés qui se lanceront à coup sûr sur le continent eurasiatique en quête d'asile.

    "La Russie voit les événements en Syrie de manière similaire à sa conception de la crise ukrainienne", a expliqué l'expert. Ces deux fléaux du monde contemporain sont géopolitiquement liés pour Moscou, Bruxelles et Washington, et ainsi la Russie les considère comme deux périls principaux menaçant la stabilité de notre avenir.

    Les préoccupations géopolitiques de la Russie ne manquent pas d'arguments, compte tenu de l'expansion agressive de l'OTAN après l'effondrement de l'URSS, selon M. Cohen.

    Depuis la fin de la guerre froide, Washington a effectué plusieurs dizaines d'invasions dans différents pays, a renversé plusieurs régimes, a poussé l'OTAN plus près des frontières russes, et a de plus instauré ce que la Maison Blanche appelle "un système post-guerre de sécurité" en Europe, une formation où l'on a naturellement barré la route à la Russie.

    Pourquoi la Russie comprend-t-elle mieux les risques des projets géopolitiques des USA?

    Basée sur son expérience historique, l'approche de la Russie par rapport à l'Etat syrien, ainsi que sa politique extérieure en général, diffère considérablement de l'américaine. A la différence des USA, la Russie héberge des centaines d'ethnies possédant leurs propres territoires et leurs propres langues.

    Toujours d'après M. Cohen, c'est la raison d'une meilleure compréhension russe de ce qui se passe actuellement dans ces pays du Moyen Orient qui ont connu des périodes de paix imposée par la force et qui ensuite se sont embourbés dans des guerres civiles.

    Ainsi, étant apparemment incapables de prévoir les conséquences, les USA risquent d'inviter littéralement les djihadistes aux portes de Damas s'ils ne renoncent pas à leur détermination à renverser le pouvoir de Bachar al-Assad.

    Dossier:
    Situation en Syrie (2014) (607)

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    Tags:
    crise syrienne, crise migratoire, OTAN, Bachar el-Assad, Syrie, États-Unis, Russie
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