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    Le système éducatif turc victime du putsch avorté

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    Situation en Turquie après le putsch raté (42)
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    Près de 28 000 enseignants ont été licenciés en Turquie, soupçonnés de liens avec les rebelles kurdes ou la confrérie de l'ex-prédicateur Fethullah Gülen, accusé d'être l'instigateur du putsch avorté du 15 juillet. Qui va donc les remplacer ?

    Dans une interview accordée à Sputnik, un professeur de l'université Bilgi d'Istanbul, le Dr. Erkan Saka, se prononce sur les conséquences du putsch avorté sur le système éducatif turc.

    Le putsch avorté a-t-il eu des répercussions sur le système de l'Éducation nationale?

    Le nombre d'écoles et d'universités fermées suite à ce putsch est impressionnant. En outre, le gouvernement a licencié beaucoup de professeurs. (…) Cependant, tous ces limogeages ont eu lieu en été, quand il n'y avait pas de cours, voilà pourquoi on n'a appréhendé l'ampleur de l'événement qu'après le début des cours, en septembre.

    Et les professeurs congédiés, qui va les remplacer?

    D'autres professeurs. Concernant les limogeages au sein du système éducatif, il est à noter qu'il existe une différence de taille entre les professeurs qui travaillent dans une université et ceux qui donnent des cours dans une école secondaire. Selon les informations dont nous disposons, — pas encore confirmées, d'ailleurs — les premiers auraient été des partisans de Fethullah Gülen, l'adversaire numéro un d'Erdogan. Quoi qu'il en soit, plusieurs instituteurs, qui supportaient les Kurdes, ont été licenciés dans les villes de Diyarbakir et Tunceli. Personnellement, je ne crois pas qu'il y ait eu des partisans de Gülen.

    On dit également que dans certaines villes kurdes, les instituteurs ne peuvent pas donner de cours, plusieurs élèves étant suspendus de l'école. Dans les villes turques, en revanche, d'autres instituteurs vont remplacer provisoirement les enseignants limogés, moyennant un salaire peu élevé, ce qui va sans doute persister pendant un certain temps. Soit dit au passant, la plupart des partisans de Gülen travaillaient dans des écoles privées. Elles ont été fermées par la suite et leurs élèves ont été répartis entre des écoles publiques, surpeuplées à présent.

    Le gouvernement turc a déclaré à plusieurs reprises que les personnes destituées de leurs fonctions ou interpellées par erreur seraient en mesure de porter plainte devant la justice. On voudrait en savoir davantage sur la manière dont cette procédure se déroule à l'heure actuelle.

    Il y a des comités spéciaux et les accusés peuvent y déposer une plainte le cas échéant. Ils peuvent également écrire une lettre à destination du ministère de l'Éducation. (…) Hier, on nous a informés que beaucoup d'instituteurs pro-kurdes avaient repris leurs fonctions. Cependant, il ne faut pas croire qu'il en sera de même avec les instituteurs de la ville de Diyarbakir.

    En gros, la procédure se déroule ainsi: on présente une demande et on attend qu'elle soit considérée. Or, quand un enseignant est licencié, il n'a pas droit à un avocat pour prouver son innocence et il doit par conséquent se débrouiller tout seul. Je trouve que cela est plutôt injuste. A mon avis, la plupart des instituteurs reprendront leurs fonctions, bien que cela prenne un certain temps et que les élèves en subissent les conséquences. Concernant les professeurs universitaires, je n'ai jamais entendu dire qu'ils pouvaient faire une telle demande.

    Depuis la tentative de coup d'État et l'instauration de l'état d'urgence, Ankara a lancé une vague de purges sans précédent. Plus de 100 journalistes ont été arrêtés et une centaine de médias jugés critiques à l'égard du pouvoir ont été fermés.

    Le pouvoir accuse l'ex-prédicateur Fethullah Gülen, qui vit en exil aux États-Unis depuis 1999, d'être le cerveau du putsch avorté. Des accusations que l'intéressé dément.

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    Tags:
    putsch, éducation, tentative de putsch en Turquie (2016), Turquie
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