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Certains députés belges exigent de revoir politique du royaume vis-à-vis de l’Arabie saoudite, notamment autour de la question de la vente d’armes... un dossier embarrassant dans lequel chacun se renvoie la balle.

L'Arabie Saoudite est à nouveau au centre des préoccupations en Belgique… mais pour combien de temps? En effet, Bruxelles a soutenu la nomination de Ryad à la Commission de la condition de la femme de l'ONU. Un geste qui a provoqué un tollé, à tel point que le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a lui-même proposé un embargo sur les relations commerciales avec l'Arabie Saoudite. Une manière de « se dédouaner » face aux critiques, estime la députée (PS) bruxelloise Simone Susskind.

En réalité, « sa proposition ne l'oblige pas à grand-chose », explique Simone Susskind, étant donné que les ventes d'armes se décident en Belgique au niveau des régions, lesquelles en appellent ensuite à l'Europe.

La région Wallonie, qui a établi en 2015 un nouveau record avec 575,8 millions d'euros d'armement fournis à l'Arabie saoudite, soit 60 % de son chiffre d'affaires dans le secteur, est particulièrement concernée. Mais son ministre-président s'est dit fatigué de voir le Fédéral « faire payer ses errements diplomatiques par les régions ».

« C'est quelque part pour cela que le gouvernement wallon propose de s'en référer à une décision européenne pour éloigner la décision… parce qu'il s'agit de plusieurs milliers d'emplois », explique Simone Susskind.

Dans la foulée, le parti écologiste belge — Groen —, a déposé une résolution en session au parlement fédéral le 9 mai, pour que le Royaume de Belgique revoie ses fréquentions avec le royaume wahhabite, au nom des droits de l'homme. Un texte que la majorité gouvernementale tenterait de limiter le texte aux seules questions d'armement, pour « refiler la patate chaude aux régions », selon Christophe Stiernon, chargé de recherche au Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP), afin de gagner du temps et d'étouffer la controverse.

Zakia Khattabi, co-présidente écolo, dénonce le « un double discours » du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, dans une interview au Soir: « Quand il s'est offusqué, qu'il s'est indigné avec nous de ce qui se passe en Arabie saoudite et qu'après on apprend par un mail qui a fuité qu'il a demandé à ses diplomates de faire savoir qu'on les a soutenus (dans l'adhésion à la commission des droits de la femme de l'Onu, NDLR), ça relève d'un cynisme le plus absolu ».

« La Belgique est candidate au Conseil de Sécurité de 2019, c'est un enjeu très important. Ce n'est peut-être pas le bon moment de se mettre à dos des pays qui pourraient être des alliés » constate Simone Susskind, pour qui le vote a eu le mérite d'avoir relancé le débat « Je pense qu'il serait temps que l'Europe se réveille aussi. Nous ne sommes pas le seul pays à avoir des relations commerciales très dense avec l'Arabie Saoudite. Ce sont des questions éthiques, dont l'Europe devrait avoir le courage de s'emparer. »

Au-delà des systèmes d'armes sophistiqués, la Belgique reste le premier fournisseur européen dans la catégorie « armes légères et de petits calibres (ALPC) », ainsi que de leurs munitions. « C'est surtout la question de l'emploi qui va être prédominante. La question de la relation avec les syndicats et la question d'une entreprise telle que la FN [Fabrique nationale de Herstal, ndlr], qui emploie un nombre non négligeable de personnes ». La commission reprendra ses travaux mardi prochain et tentera d'aboutir à un vote.

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Tags:
ventes d'armes, interdiction, Didier Reynders, Arabie Saoudite, Belgique
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