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    La France et l'Allemagne remettent-elles en question l'espace Schengen?

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    Alors que la France, l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark et la Norvège demandent à l'UE de durcir les contrôles aux frontières sur fond de menace terroriste et d’immigration illégale, le spécialiste des questions européennes Patrick Martin-Genier explique à Sputnik que cette mesure remettra en question l’existence même de l'espace Schengen.

    L'appel de la France et de l'Allemagne à adopter des règles plus souples pour rétablir les contrôles frontaliers à l'intérieur de l'espace Schengen modifie la nature même de l'accord de Schengen, estime Patrick Martin-Genier, juriste, enseignant à Sciences Po et spécialiste des questions européennes.

    «Lutter contre le terrorisme est tout à fait légitime, c'est important de faire en sorte que les terroristes puissent être appréhendés rapidement, mais […] il y a un risque de remise en cause de la liberté de circulation», a déclaré à Sputnik Patrick Martin-Genier.

    En plus de l'aspect antiterroriste, c'est l'aspect migratoire qui est particulièrement mis en avant par certains pays européens. Pour Patrick Martin-Genier, ceci est lié à des motifs politiques, car les gouvernements au pouvoir souhaitent donner des gages aux mouvements anti-immigration:

    «Dans le cas de l'Autriche, du Danemark et de la Norvège, je crois que c'est un signe qui est envoyé à l'électorat, dans des pays où il y a une montée du populisme et de l'extrême-droite. En Autriche par exemple, il y aura des élections l'année prochaine, et le gouvernement veut montrer qu'il s'attache à la sécurité des citoyens, pour éviter une surenchère sur le plan politique intérieur», a indiqué l'analyste.

    Quant à la France, Patrick Martin-Genier estime que le durcissement de Schengen s'inscrit dans le même cadre que la pérennisation des mesures, au départ provisoires, de l'état d'urgence.

    «Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur français, l'a lui-même reconnu à Bruxelles la semaine dernière. Il a rappelé que cette proposition allait de pair avec le projet de loi antiterroriste qui va être débattu à la fin du mois à l'Assemblée nationale. […] Le fait de pouvoir plus facilement rétablir les contrôles aux frontières est lié au fait d'intégrer dans le droit commun l'état d'urgence, qui au départ devait rester une situation exceptionnelle», conclut Patrick Martin-Genier.

    La France et l'Allemagne, soutenues par trois autres pays de l'espace Schengen (l'Autriche, le Danemark et la Norvège), souhaitent durcir les règles et rétablir des contrôles aux frontières. Si Paris et Berlin mettent en avant la lutte antiterroriste, Vienne, Copenhague et Oslo semblent surtout sensibles à l'afflux migratoire. Ces cinq États souhaitent soumettre une proposition de législation à la Commission européenne pour «amender les dispositions de l'article 25 des accords Schengen qui fixe les conditions d'un rétablissement temporaire des contrôles frontaliers quand il existe une "menace grave" en termes de sécurité».

    Ces pays exigent notamment que la période de réintroduction de contrôles frontaliers, limitée à six mois (et à deux ans dans un cas exceptionnel), soit prolongée à deux ans (et à quatre ans dans un cas exceptionnel).

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    Tags:
    immigration clandestine, terrorisme, frontière, contrôle, Espace Schengen, Norvège, Danemark, Autriche, Allemagne, France
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