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    La Chine met le cap sur l'Arctique - avec la Russie

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    Les autorités chinoises ont inclus l'Arctique dans leur mégaprojet de «Nouvelle route de la soie» (ou «La Ceinture et la Route»), Moscou a signé avec Pékin plusieurs accords pour l'exploitation de la région arctique, et la Chine construit son deuxième grand brise-glace Xuelong 2 - ou Dragon des neiges.

    Mais qu'est-ce qui attire tellement la Chine en Arctique? Quelles sont les perspectives de coopération russo-chinoise pour l'exploitation de la région?

    Voyage au-delà du cercle polaire

    En juin, le Comité national pour le développement et la réforme et la Direction nationale de l'océanographie de la Chine ont désigné l'Arctique comme l'un des secteurs du projet «La ceinture et la route». Le Concept de coopération en mer dans le cadre de l'initiative chinoise évoque la nécessité de faire appel aux compagnies chinoises et d'utiliser commercialement les itinéraires de transport arctiques.

    La Russie a signé avec la Direction de l'océanographie chinoise un mémorandum d'entente mutuelle pour élargir la coopération internationale dans le domaine des recherches arctiques et antarctiques. La Chine a également signé un tel document avec la Norvège, les USA, l'Allemagne, le Chili et l'Argentine. En juillet, à l'issue de la visite du président chinois Xi Jinping en Russie, une déclaration conjointe a souligné l'importance particulière de la coopération dans le développement de la Route maritime du nord.

    L'accroissement de la flotte chinoise de brise-glaces témoigne également de l'intérêt grandissant de la Chine pour l'Arctique.

    Jusqu'à récemment, elle était constituée de deux brise-glaces de recherche, dont le plus puissant était le Xuelong, ou Dragon des neiges, qui était en fait un simple brise-glace de transport. La Chine l'avait acheté à l'Ukraine en 1993. Il s'agit d'un ancien navire soviétique Ivan Papanine, que la Chine a modernisé plusieurs fois par la suite. Depuis deux ans, deux autres brise-glaces ont rejoint la flotte arctique chinoise.

    A présent, avec la participation de la compagnie finlandaise Aker Arctic Technology, la Chine construit son premier brise-glace puissant de fabrication nationale. Le Xuelong 2 devrait être capable de franchir une couche de glace jusqu'à 1,5 m d'épaisseur en naviguant à 3 nœuds et pourra également se déplacer en arrière, même s'il affichera un moindre déplacement d'eau que son prédécesseur. Selon l'expert militaire russe Vassili Kachine du Centre d'études complexes européennes et internationales, il s'agira pratiquement du premier brise-glace polaire à part entière mis à disposition des chercheurs chinois. Sa mise à l'eau est prévue pour 2019.

    Pékin développe ses recherches en Arctique et, à ce titre, une flotte de brise-glaces fiable lui est indispensable.

    «La Chine est relativement active dans ce secteur et dispose de quatre stations de recherche en Antarctique, dont deux travaillant toute l'année. Cette activité de recherche est difficile sans un brise-glace arctique», affirme Vassili Kachine.

    Plus court et plus sûr

    Pourquoi la Chine est-elle attirée par l'Arctique? A première vue, la réponse est évidente: pour les ressources minières. Cette région abrite un cinquième de toutes les ressources naturelles de la Terre. Mais l'intérêt de la Chine pour les ressources arctique est aussi à long terme. Le fait est que pour l'instant, pour ce qui est du forage offshore, la Chine dépend des technologies étrangères — même dans les mers chaudes frontalières. Les technologies d'exploitation des ressources naturelles dans les eaux arctiques sont bien plus complexes et la Chine n'a pas d'expérience en la matière.

    A court terme, Pékin perçoit l'Arctique comme un itinéraire plus court et plus sûr afin de relier la Chine à l'Europe. D'après le directeur exécutif de l'Institut du droit polaire et de la politique à l'université chinoise d'océanologie Guo Peiqing, les itinéraires arctiques — la Route maritime du nord et le passage maritime du nord-ouest — pourraient devenir un important supplément stratégique du projet «La Ceinture et la route».

    «L'itinéraire de transport du projet de Ceinture économique de la Route de la soie traverse le continent eurasiatique exactement au milieu, celui du projet Route maritime du XXIe siècle passe au sud. L'itinéraire maritime du nord est encore absent. La principale valeur d'un itinéraire maritime arctique est que les régions qu'il traverse sont relativement calmes. Jugez vous-mêmes: la Ceinture économique traverse plusieurs pays où les situations sont conflictuelles. La Route maritime du XXIe siècle traverse la mer de Chine méridionale, l'Asie du Sud-Est, l'océan Indien — où les problèmes sont les mêmes. Ce qui n'est pas le cas de la route du nord, qui pourrait donc selon moi constituer une importante stimulation contribuant à l'intégration économique eurasiatique», a expliqué Guo Peiqing à l'agence Sputnik China.

    La composante économique des projets de transport arctiques est tout aussi importante. L'expert chinois rappelle que le Passage du nord-ouest et la Route maritime du nord permettent d'économiser aux compagnies chinoises du temps et de l'argent pour relier les pays occidentaux. Compte tenu de la fonte des glaces dans l'océan Arctique, la Route maritime du nord pourrait devenir une alternative au principal itinéraire transcontinental passant par les mers du sud de l'Eurasie pour rejoindre l'Afrique via le canal de Suez. Ainsi, le voyage d'un cargo de Shanghai à Hambourg par la Route maritime du nord serait plus court de 2.800 milles par rapport au trajet empruntant le canal de Suez.

    En 2010, le cargo de Hong Kong MV Nordic Barents a livré du fer de la ville norvégienne de Kirkenes à Shanghai par la Route du nord, ce qui a permis de réduire les frais de transport de 180.000 dollars. En 2013, le cargo danois Nordic Orion a transporté du charbon du Canada en Finlande par le Passage du nord-ouest, réduisant le temps de livraison de 4 jours et économisant 200.000 dollars.

    Les projets conjoints

    De plus, la Route maritime du nord passe par une zone de réalisation du projet russo-chinois conjoint Yamal LNG qui prévoit la production de gaz naturel et la construction d'une usine pour sa liquéfaction d'une capacité de 16,5 millions de tonnes de GNL et de 1,2 million de tonnes de condensat de gaz livré sur les marchés de la région Asie-Pacifique et d'Europe.

    «La coopération avec la Russie est prioritaire pour la Chine. Nous assistons au développement actif du projet conjoint de production de gaz à Yamal, et la coopération sur le projet de voie ferroviaire Belkomour d'Arkhanguelsk par la mer Blanche en république de Komi, puis en Oural, est très prometteuse. Les plus grandes compagnies publiques chinoises ont l'intention d'investir dans ce projet. Il ne fait aucun doute qu'à terme, Arkhanguelsk et Mourmansk deviendront les principaux hubs de transport en Europe, qui relieront la route maritime arctique, le nord de l'Europe et les régions intérieures de la Russie», estime Guo Peiqing.

    La Chine devrait recevoir chaque année à Yamal une vingtaine de cargos fournissant 3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié.

    Des ambitions sous contrôle

    La Chine cherche à s'affirmer sur les itinéraires maritimes du nord, y compris en réalisant son objectif ambitieux global de réduire l'influence stratégique des USA dans différentes régions du monde. C'est à cela que correspond également l'union des efforts avec la Russie pour l'exploitation conjointe de l'Arctique, qui se transforme en autre point de la «percée stratégique» de la Chine.

    Dans ce sens, les étendues arctiques pourraient également être utilisées par la Chine pour remplir des tâches militaires. Vassili Kachine rappelle que par le passé, non seulement la Russie et les USA mais également le Royaume-Uni et probablement la France ont envoyé leurs sous-marins nucléaires dans l'océan Arctique pour des opérations sous la glace, entre autres.

    «Les glaces arctiques, qui se frottent constamment, créent un fond sonore permanent rendant difficile la détection de sous-marins au sonar. Et l'usage de l'aviation anti-sous-marine est impossible à cause de la glace. C'est pourquoi les sous-marins nucléaires opérant en Arctique ont un sérieux avantage en termes de furtivité», explique l'expert.

    Dans le même temps, le passage furtif d'un sous-marin nucléaire chinois dans les eaux arctiques par le détroit de Béring serait difficile si ni la Russie ni les USA ne souhaitaient sa présence dans ces eaux.

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    Tags:
    exploitation, Russie, Arctique, Chine
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