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    Les portraits d’enfants péris et blessés lors du conflit dans l’Est ukrainien

    Anna Tuv, rescapée du Donbass: «Je suis un témoin vivant de ces crimes»

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    Oxana Bobrovitch
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    Le 15 novembre dernier, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a organisé à Genève ce qu’on a appelé «La Journée du Donbass», pour entendre les deux parties du conflit. Anna Tuv a raconté à Sputnik comment elle y a présenté sa tragique histoire personnelle, photos à l’appui.

    Non, l'expression «la vie s'est brisée en deux» ne relève pas du seul cliché journalistique. Pour Anna Tuv, habitante du Donbass, il y a clairement un «avant» et un «après» la perte de son mari et de sa fille aînée dans un bombardement. Malgré tout, elle a su se relever et devenir la porte-parole de toutes les mères qui ont perdu leurs enfants lors des bombardements d'Ilovaïsk par l'armée ukrainienne.

    • La maison d’Anna Tuv ou ont péris les membres de sa famille
      La maison d’Anna Tuv ou ont péris les membres de sa famille
      © Photo. Anna Tuv
    • Anna Tuv témoigne au nom des enfants péris dans le cours du conflit ukrainien
      Anna Tuv témoigne au nom des enfants péris dans le cours du conflit ukrainien
      © Photo. Anna Tuv
    • Anna Tuv, avec les portraits de son mari et sa fille, participe à une manifestation à Donetsk
      Anna Tuv, avec les portraits de son mari et sa fille, participe à une manifestation à Donetsk
      © Photo. Anna Tuv
    • Le monument en mémoire des enfants tués à Donetsk, « L’Allée des anges »
      Le monument en mémoire des enfants tués à Donetsk, « L’Allée des anges »
      © Photo. Anna Tuv
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    © Photo. Anna Tuv
    La maison d’Anna Tuv ou ont péris les membres de sa famille

    «Je suis un témoin vivant de ces crimes, clame Anna. Nous voulons que l'ONU prenne en compte des centaines des dossiers d'indemnisation pour les morts et les blessés. Aucune famille n'a reçu ni compensation pour les blessures ou la mort d'un enfant, ni même d'excuses verbales,» s'indigne Anna Tuv à notre micro.

    Cette victime de guerre a également témoigné lors de «La Journée du Donbass» organisée le 15 novembre dernier à Genève par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme. Le but de ces deux séances était d'entendre les deux parties du conflit ukrainien et de comprendre ce qui continue d'alimenter l'opposition entre Kiev et les républiques autoproclamées de l'est de l'Ukraine. L'intérêt de cette journée résidait non seulement dans la possibilité d'entendre les analyses des politologues et autres experts, mais aussi de laisser les témoins «civils» s'exprimer.

    «Chaque témoin avait 20 minutes pour parler, raconte Anna Tuv. J'ai apporté des photos d'enfants morts dans le Donbass et des images des destructions dans des zones résidentielles de notre ville. J'ai aussi raconté mon histoire personnelle. Je suis citoyenne de l'Ukraine et j'ai souffert de la guerre civile. Aucun article de la Constitution ukrainienne n'autorise l'utilisation d'armes lourdes contre des civils.»

    Anna regrette que les médias européens ne la contactent pas pour recueillir des informations «de première main» et pense que cela est avant tout du à des pressions qu'ils subiraient. «On n'a pas besoin de nous, regrette Anna. La situation géopolitique n'évolue pas dans l'intérêt du peuple.»

    «Nous attendons une décision sur l'évacuation des enfants de la zone "rouge", c'est-à-dire de la zone des tirs sporadiques. Qu'on les évacue n'importe où, quelque part, afin qu'ils puissent continuer à aller à l'école normalement,» plaide-t-elle.

    Anna Tuv s'affiche comme la voix des enfants morts dans la région du Donbass, mais elle parle aussi au nom de leurs mères inconsolables. D'après ses données, dans le Donetsk seul, on dénombrerait plus de 300 enfants handicapés. «Invalide de guerre»: pourrait-on imaginer que cette expression qu'on croyait attachée à l'histoire européenne de la première moitié du XX siècle, referait son apparition aujourd'hui? Et encore moins qu'elle serait utilisée pour un enfant?

    «Je ne serai jamais réconforté par aucune compensation, nous dit Anna Tuv. Je veux juste que les gens qui ont donné l'ordre de bombarder ma famille et les familles des autres victimes soient punis. Une chose est sûre: je ne me m'arrêterai pas tant que ne seront pas punis ceux qui ont donné l'ordre de tirer sur les enfants du Donetsk.»

    Entre-temps, Anna, avec sa mère, sa fille et son fils, qui ont survécu au bombardement en 2015, vivent en Russie avec le soutien de bénévoles. Elle partage une maison dans la région de Moscou avec d'autres familles qui ont fui la zone de conflit ukrainien et attend que le procès pour les opérations militaires menées avec des armes prohibées et pour le meurtre de son mari et de sa fille soit mené à Strasbourg.

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    Tags:
    enfants, guerre, Donbass, Ukraine
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