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    Emmanuel Macron sera-t-il le dindon de la farce Skripal?

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    Louis Doutrebente
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    Faire de la politique autrement! Macron avait promis de révolutionner la gouvernance, de défendre les intérêts de la France, d’être pragmatique. Pourtant, dans l’affaire Skripal, alors que l’argumentaire britannique se lézarde, il semble avoir fait preuve d’un alignement aveugle sur ses alliés anglo-saxons. Malentendu? Erreur de débutant? Analyse.

    Emmanuel Macron sera-t-il l'une des principales victimes collatérales de l'affaire Skripal? Au vu des derniers développements de l'enquête, la question se pose.

    En effet, un mois seulement après le début de l'affaire, la position de Theresa May, de Boris Johnson et de leurs alliés semble se fissurer. S'il convient de rappeler que l'enquête est toujours en cours, le laboratoire militaire britannique Porton Down en charge de l'analyse de la substance qui a empoisonné l'ex-agent double Skripal et sa fille a reconnu ce 4 avril ne pouvoir apporter aucune preuve tangible que le produit nocif provenait de Russie:

    «Nous avons été capables d'identifier qu'il s'agissait du Novitchok, un agent innervant de type militaire», mais «nous n'avons pas identifié sa source exacte», a déclaré le chef de Porton Down.

    Si le gaz innervant A-232 (selon sa dénomination officielle russe) serait bien la source de l'empoisonnement de l'ex-agent double, sa provenance demeure donc inconnue.

    Alors que cette affaire Skripal ressemble de plus en plus à un mensonge destiné à incriminer la Russie, la position du Président Macron et de Jean-Yves le Drian, le ministre des Affaires étrangères, est pour le moins embarrassante. 48 heures avant la réélection de Vladimir Poutine, le 16 mars, Emmanuel Macron affichait son soutien aux Britanniques et condamnait la Russie:

    ​Le 19 mars, dans un entretien téléphonique pour présenter ses félicitations à Vladimir Poutine, le Président Macron en aurait profité pour demander à son homologue de

    «faire toute la lumière sur les responsabilités liées à l'inacceptable attaque de Salisbury» et de «reprendre en main fermement d'éventuels programmes qui n'auraient pas été déclarés à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques»,

    alimentant la rhétorique de Londres. Deux jours plus tard, le 21, les Présidents Trump et Macron se mettaient d'accord pour demander officiellement des comptes à Moscou. En effet, d'après un résumé de leur appel,

    «Les présidents ont réaffirmé leur solidarité avec le Royaume-Uni après l'utilisation par la Russie d'armes chimiques contre des individus sur le sol britannique et sont tombés d'accord sur la nécessité de prendre des mesures pour que Moscou rende des comptes.»

    Le 23 mars, alors que des sanctions étaient envisagées par Londres, Emmanuel Macron déclarait:

    «Tous ont convenu que conformément à l'évaluation britannique, il n'y a pas d'autre explication plausible que la responsabilité de la Russie.»

    Son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian semble ne pas être en reste dans l'expertise chimique lorsqu'il considéra que:

    «Seuls les Russes savent faire le Novitchok, c'est pour cela qu'il n'y a pas d'autre explication plausible.»

    Mais pourquoi se ranger derrière le Royaume-Uni avant qu'aucune preuve tangible ne soit révélée?

    La réponse est dans le «Tous» de la déclaration précédente. Le «tous» étant les pays de l'Union européenne. En effet, il semblerait que le Président Macron ait fait passer en priorité la solidarité européenne, avant même les intérêts de la France, allant pourtant en contradiction avec sa déclaration au lendemain de sa victoire à la présidentielle française: «je défendrai la France, ses intérêts vitaux, son image, son message, j'en prends l'engagement devant vous.»

    Seulement, malgré une majorité d'États membres de l'UE ayant décidé d'expulser des diplomates russes —à l'exception par exemple de l'Autriche de Sebastian Kurz-, sanction mise en application le 26 mars par Paris, Berlin a déjà retourné sa veste. Si Angela Merkel avait expulsé 4 diplomates russes, devant la pression politique du SPD notamment et de la société allemande, elle a proposé à Moscou d'en renvoyer 4 nouveaux pour remplacer les précédents.

    Le couple franco-allemand, pourtant moteur phare de l'UE vole de nouveau en éclat.

    Mais un autre grand allié des Britanniques et de la France dans cette affaire Skripal fait lui aussi, machine arrière: les États-Unis. En effet, à l'instar de Berlin, Washington a décidé ce 4 avril de remplacer les diplomates expulsés.

    Finalement, cette affaire Skripal présente quelques similitudes avec la Syrie. En 2013, alors que François Hollande pousse Barack Obama à bombarder la Syrie, ce dernier y renonce, isolant la France sur la scène internationale. Et rappelons-le, depuis, Paris n'a plus de levier en Syrie et sera un partenaire de seconde zone dans sa reconstruction.

    Si Emmanuel Macron n'a pas encore réagi à ces nouvelles révélations provenant de Porton Down, il semble déjà avoir perdu une nouvelle occasion de ne pas détériorer plus avant les relations bilatérales entre la France et la Russie.

    Si cette situation diplomatique pourrait perturber la présence du Président au Forum Économique de Saint-Pétersbourg, son attitude lors de l'inauguration du livre le 15 mars dernier semble confirmer qu'Emmanuel Macron doive encore faire des progrès dans les finesses des relations internationales. Alors que l'invité d'honneur était le pavillon russe, le Président a expliqué son choix:

    ​Un amalgame entre le gouvernement russe et les auteurs, dont certains sont opposants à la politique du Kremlin? Cela pourrait véritablement ressembler à une faute politique.

    Ainsi, quelle que soit l'issue de cette affaire Skripal, que la Russie soit condamnée ou blanchie, le Royaume-Uni agressé ou menteur, Emmanuel Macron et l'image de la France risquent d'en sortir perdants.

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    Tags:
    Sergueï Skripal, Emmanuel Macron, France
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