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    Macron en Australie

    Macron en Australie: le «défenseur des crevettes» face à la Chine?

    © AFP 2018 BRENDAN ESPOSITO / POOL
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    Louis Doutrebente
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    La France veut-elle contenir la puissance chinoise dans la zone indo-pacifique? Après sa visite en Inde en mars, Macron est en Australie pour «renforcer un partenariat stratégique». Durant deux jours, le Président français n’a cessé de plaider pour une alliance privilégiée. Au point de l’inscrire comme une opposition à la Chine? Analyse.

    Après une claque européenne face à Merkel, un faux succès médiatique aux États-Unis et la prévision d'un échec dans le dossier iranien, Emmanuel Macron est en Australie, un terrain de jeu, semble-t-il, plus à sa portée. Mais pour autant, sa visite est loin d'être à déconsidérer. En effet, les échanges entre le Président Macron et le Premier ministre australien Malcolm Turnbull ont été riches en diversité et parfois même en contenu: agriculture, industrie, gastronomie, éducation, écologie, énergie, nouvelles technologies, défense. Si la liste n'est pas exhaustive, ce qui ressort de cette courte visite d'État est le nouveau «partenariat stratégique» comme l'affirme Macron:

    «Nous avons un objectif commun: faire de nos deux pays les axes d'un partenariat nouveau en indo-pacifique. Et je souhaite vraiment faire de la France, le seul pays de l'Union européenne présent dans le Pacifique depuis le Brexit, l'un des tous premiers partenaires de l'Australie dans les 10 ans à venir.»

    Présenté comme «l'homme du moment […] qui a supplanté l'Allemagne et la Grande-Bretagne comme leader de l'Europe» par Malcolm Turnbull, le Président Macron a posé ses jalons en Australie. Si la seconde partie de la déclaration relève de la formule, il est cependant à noter que le quadragénaire remet un coup aux Britanniques et s'approprie le leadership dans l'UE. Mais c'est davantage le partenariat indo-pacifique qui ressort. Après une visite en Inde en mars dernier, Paris veut bâtir avec Canberra et New Delhi un nouvel axe fort. Dans le but de contenir la puissance expansionniste de Pékin?

    La question mérite d'être posée. Si la Chine est le premier partenaire commercial de l'Australie, depuis quelques mois, les relations entre ces deux pays ne sont pas au beau fixe. Tentative d'espionnage, expansion économique, puissance militaire hégémonique, les inquiétudes sont nombreuses et Malcolm Turnbull, tout comme Narendra Modi, Premier minister indien, voient en Emmanuel Macron un partenaire potentiel de premier ordre. Tout d'abord parce que la France est le seul pays de l'UE a posséder, par sa présence territoriale et militaire, les caractéristiques essentielles pour être considéré comme un allié fort, comme l'a déclaré le Premier ministre australien ce 1er mai:

    «La France est un pouvoir du Pacifique, une nation du Pacifique et a une présence très importante dans la région qui ne peut qu'amener des bénéfices pour l'Australie.»

    Acquiesçant au constat fait par le chef du gouvernement australien, le Président Macron, après avoir énuméré les territoires français dans la zone (Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, Polynésie française ainsi que Mayotte et la Réunion), ajoute:

    «Ces territoires sont une chance pour la France, c'est une chance formidable, une présence dans le monde. C'est, dans la zone indo-pacifique, un peu plus d'un million et demi de nos concitoyens qui y vivent, ce sont 8.000 de nos soldats qui sont investis, c'est 85% de notre zone économique exclusive et c'est une large partie de nos biodiversités.»

    Si les États-Unis ont une alliance traditionnelle et une puissance militaire bien supérieure à celle de la France, Turnbull considère Trump comme trop imprévisible. Si le Royaume-Uni est, comme la France, présent aussi dans cette zone, ses capacités sont bien inférieures et le choix du Brexit éloigne un possible appui avec l'UE. Ainsi, la France est nécessaire à l'Australie, bien qu'évidemment elle ne remplace pas ses deux alliés précédemment cites, mais semble en mesure de pouvoir jouer un rôle de soutien. L'exemple du traité de libre-échange en cours de négociation entre Canberra et Bruxelles exprime aussi cette entente entre l'Australie et la France.

    L'autre aspect important est que Turnbull et Macron partagent tous deux les mêmes valeurs, comme l'exprime le Premier ministre australien: «des valeurs partagées […] la démocratie et la liberté». Le Président ira même plus loin en déclarant que «nous avons des visions stratégiques très alignées»: les armes chimiques en Syrie et les bombardements, lutte contre le terrorisme, lutte contre la prolifération nucléaire, coopération en matière de cybersécurité et accord de soutien logistique mutuel entre les forces armées. De plus, le Président Macron a ajouté: «Nous avons également la même préoccupation pour les risques et les menaces qui traversent la région.» S'il évoquera les risques climatiques et ceux liés au terrorisme, le locataire de l'Élysée parla aussi des «rivalités entre puissances.»

    «Notre priorité partagée c'est de construire cet axe indo-pacifique fort, pour garantir à la fois nos intérêts économiques et de sécurité et pour promouvoir, dans une région-clé, pour les équilibres mondiaux, la paix et la stabilité.»

    Cette paix et cette stabilité font largement référence au contrat signé entre Paris et Canberra en 2016 de 12 sous-marins d'attaque pour la marine australienne. Cet achat s'inscrivait dans un contexte de course aux armements dans cette zone et surtout de la montée de la puissance chinoise. Après le Vietnam, les Philippines et tous les pays limitrophes de la mer de Chine méridionale, après Taïwan, la Corée du Sud et le Japon plus au nord, la Chine inquiète particulièrement l'Australie. Alors que Pékin renforce ses aides aux îles du Pacifique, augmentant ainsi son influence dans la région, le Sydney Morning Herald avait révélé début avril que la Chine était en contact avec le Vanuatu dans le but d'ouvrir une base militaire. Si l'information a rapidement été démentie par l'archipel océanien, par Pékin et également par les autorités australiennes, le Premier ministre Turnbull a tout de même profité de cette actualité pour déclarer: «Nous considérerions avec une grande inquiétude l'établissement de bases militaires étrangères dans ces pays insulaires du Pacifique et dans les pays voisins». Questionné sur cette expansion chinoise ce 1er mai, Turnbull a rétorqué très simplement:

    «Nous sommes favorables à des investissements plus poussés de la Chine dans notre région. Nous accueillons favorablement la croissance de la Chine, mais bien entendu nous voulons maintenir les règles qui sont fonction d'un ordre international, d'une bonne gouvernance, de normes puissantes.»

    Reprenant un proverbe chinois — «les gros poissons mangent les petits poissons et les petits poissons mangent les crevettes» — le Premier ministre Turnbull a dénoncé la puissance chinoise qui ne cesse de s'étendre en manquant aux règles du droit, et selon lui, au détriment d'États plus faibles.

    Si, dans le fond, le Président Macron est sur la même ligne que le chef du gouvernement australien, il a commencé sa réponse de manière rassurante en indiquant que «rien n'est fait contre la Chine». Mais il ajoute:

    «Ce qui est important, c'est de préserver un développement de la région qui repose sur des règles et en particulier dans la région indo-pacifique et de préserver les équilibres dans la région. Ce qui est important dans le contexte actuel, c'est de ne pas avoir d'hégémonie dans la région.»

    S'il refuse que les observateurs considèrent ce nouveau partenariat stratégique avec l'Australie comme «une initiative qui est prise contre ou en réaction à la Chine», Emmanuel Macron ajoute:

    Ce partenaire «veut dire que nous avons quelque chose en commun. C'est une initiative positive pour dire que nous voulons soutenir la liberté de mouvement dans la région indo-pacifique, nous voulons préserver notre souveraineté commune et défendre nos intérêts.»

    Ainsi, au-delà des échanges et nouveaux accords ou contrats passés entre Paris et Canberra, la visite d'Emmanuel Macron aura permis à la France de se souvenir de son espace maritime, le deuxième plus vaste au monde.

    Incontestablement, les capacités chinoises se développent dans la région et la Chine continuera à étendre sa puissance. Et donc, pour préserver cet équilibre multipolaire, trop souvent oublié dans d'autres régions du monde, la France devra consolider sa présence et ses forces. Cependant, ses déclarations laissent quelque peu songeur quant au sort de la Nouvelle-Calédonie, où le Président se rend à la suite de son voyage australien.
    D'autant plus que plus de 50% du trafic maritime mondial transite dans la zone indo-pacifique et, d'ici une dizaine d'années, elle devrait accueillir plus de la moitié des bâtiments de guerre.

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    Tags:
    diplomatie, Emmanuel Macron, Australie
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