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    Exercices de l'Otan, image d'illustration

    Qui seront les victimes de l’empressement de l’UE à créer son armée?

    © AFP 2018 Michal Cizek
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    La nécessité d’une défense européenne qui ne soit pas dépendante des USA est de plus en plus souvent évoquée ces derniers temps par des personnalités politiques du Vieux Continent. Or, comme l’estime dans une tribune un politologue russe, tous les pays de l’UE ne seront pas en mesure d’y participer ou prêts à se détourner de Washington.

    Au cours de ces derniers jours, de hauts responsables européens, dont Angela Merkel et Federica Mogherini, ont fait toute une série de déclarations portant sur la défense commune de l’UE. Leur message principal consiste à dire que l’Europe doit être prête à se protéger elle-même, sans compter sur l’aide des États-Unis, estime dans un éditorial pour Sputnik le politologue Gevorg Mirzayan, professeur à l'Université des finances du gouvernement russe.

    «En fait, le concept d’armée européenne est évoqué depuis les années 1950. Et la politique commune dans le domaine de la défense est définie par l’accord de Lisbonne. Toutefois, pendant des décennies, ces projets sont restés sur le papier et ce avec une Otan vivante et opérationnelle et dans le contexte d’une incontestable hégémonie américaine», écrit-il.

    Or, souligne l’expert, après l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, la situation a commencé à évoluer. Ainsi, en novembre 2017, les pays de l’Union européenne — à l’exception du Royaume-Uni qui s’apprête à quitter l’UE, le Danemark et Malte — ont élaboré un plan d’action concernant la coopération structurée permanente (CSP). Comme le rappelle l’auteur de la publication, ce projet prévoit une coopération d’envergure entre ces pays dans le domaine militaire, notamment l’unification et l’harmonisation de leurs stratégies de défense. 

    «Parallèlement, le thème de "l’armée européenne" n’est plus mis en sourdine dans les discours de leaders du continent. Les chefs d’États et les responsables européens le plus haut placés, même Jean-Claude Juncker [président de la Commission européenne, ndlr], ont commencé à évoquer la "souveraineté de la défense" de l’Europe non comme un objectif qu’il serait souhaitable d’atteindre, mais comme une perspective inévitable», constate M.Mirzayan.

    Or, fait-il remarquer, le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran n’a fait que donner un nouvel élan à ce processus.
    En conséquence, Angela Merkel dit ouvertement que l’Europe ne peut plus compter sur le parapluie militaire des États-Unis, rappelle l’auteur, soulignant que la chancelière allemande attire l’attention sur la présence de plusieurs conflits en périphérie de l’Europe qui présentent une menace pour la sécurité de l’UE. «Cela étant dit, il s’agit de menaces immédiates et les États-Unis ont déjà prouvé leur incompétence à protéger contre eux leurs alliés», écrit-il.

    Gevorg Mirzayan rappelle que c’est justement sur le continent européen qu’ont afflué les réfugiés, c’est toujours le Vieux Continent qui a été secoué au cours de ces dernières années par les attaques terroristes perpétrées par Daech*.

    Il rappelle en outre qu’il ne faut pas oublier par ailleurs l’Ukraine, pays en proie au chaos, la Turquie qui devient de moins en moins pro-européenne, et le conflit irano-israélien qui risque d’exploser à tout moment. Or, ce sont les États-Unis qui sont liés à l’aggravation de la situation dans tous ces pays, note-il.

    «Pour des raisons bien claires, le cap mis par les Européens sur leur indépendance en matière de défense ne réjouit pas les Américains», juge M.Mirzayan. En outre, selon l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’Otan, Kay Bailey Hutchison, Washington ne veut pas que le CSP devienne «une machine protectionniste de l’UE». En effet, la mise en place de ce projet risque de déboucher sur la baisse des livraisons d’armes américaines en Europe ou à des pertes pour les entreprises de défense américaines.

    L’auteur de la publication relève pourtant qu’un certain nombre de questions clés de la construction de la défense reste encore opaque. «Par exemple, l'Allemagne souhaite une participation active du nombre maximum d'États membres. Toutefois, certains membres de l'UE ne sont tout simplement pas prêts pour l'intégration de la défense et, dans les faits, la saboteront. Il s'agit principalement des Républiques d'Europe de l'Est  qui, tout en bénéficiant d’une part importante des financements provenant des fonds généraux, restent politiquement orientés sur les États-Unis. Prenez, à titre d’exemple, la Pologne qui est en conflit direct aussi bien avec Bruxelles et qu’avec Berlin», écrit-il.

    Lorsque le processus sera finalisé, écrit-il, ce sont ces États qui misaient sur l’ordre mondial américain qui seront perdants, «soit des pays de l’Europe de l’Est pro-américains, telle que la Pologne, soit des Républiques anciennement soviétiques comme la Géorgie et l’Ukraine, qui cherchent à obtenir une place sous le parapluie de l’Otan». Lorsqu’ils pourront y adhérer, ce parapluie pourrait tout simplement se fermer, conclut-il.

    *Organisation terroriste interdite en Russie.

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    Tags:
    défense, Union européenne (UE), Daech, OTAN, Jean-Claude Juncker, Donald Trump, Federica Mogherini, Angela Merkel, Malte, Danemark, Géorgie, Israël, Iran, Turquie, Ukraine, Allemagne, Pologne, Europe, États-Unis
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