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    La loi du plus fort? Les USA voudraient briser l'OMC

    © AFP 2018 Fabrice COFFRINI
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    Un nouveau sommet de l'UE s'ouvre aujourd'hui à Bruxelles. Même s'il sera officiellement consacré aux problèmes migratoires, ce thème ne sera certainement pas le plus débattu par les dirigeants européens: le sauvetage de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), que les USA tentent de détruire, est tout aussi pertinent.

    Le protectionnisme viendra-t-il à bout du libre-échange? Et l'Europe pourra-t-elle résister à la pression des USA? Éléments de réponse.

    Le libre-échange? Jamais entendu parler

    L'OMC est basée sur le principe de libre-échange. Quand l'organisation a été créée, on supposait que la politique ne pouvait pas s'ingérer dans l'économie: les pays ayant reconnu la transparence économique de la société commerceraient et coopéreraient entre eux, et l'OMC leur expliquerait comment procéder aux bonnes réformes. Et tout cela a commencé par par la réduction des taxes sur les importations.

    Mais les États-Unis ne jugent pas utile de respecter les règles. Washington est passé au protectionnisme non dissimulé et a enfreint grossièrement les règles du libre-échange en déclenchant une guerre commerciale avec la Chine.

    Il n'est pas seulement question aujourd'hui d'une confrontation commerciale entre les deux plus grandes économies du monde — la guerre commerciale compte de plus en plus de protagonistes. Ainsi, un trait a été tiré sur les accords de l'Amérique avec le Mexique et le Canada. Depuis que Washington a décrété de nouvelles taxes d'importation sur l'acier et l'aluminium, Mexico et Ottawa ont annoncé des contremesures.

    L'Europe a instauré des taxes de 25% sur les marchandises importée des USA pour un montant de 2,8 milliards d'euros à compter du 25 juin, en réaction aux agissements de la Maison blanche qui prélève depuis le 1er juin des taxes sur les importations d'acier et d'aluminium depuis l'UE à hauteur de 25% et de 10% respectivement.

    Le président américain Donald Trump n'a pas l'intention de s'arrêter et sort l'artillerie lourde: il a menacé d'adopter une taxe de 20% sur les voitures en provenance de l'UE, qui représentent un dixième des échanges UE-USA. Bruxelles, terrifié, a immédiatement promis de riposter.

    L'OMC se désintègre

    Tous les pays touchés se tournent avec espoir vers l'Organisation mondiale du commerce. En avril, la Chine a initié un procès à l'OMC à cause des taxes américaines sur l'aluminium et l'acier. En juin, l'UE s'est jointe à Pékin. Plus tôt, une plainte identique avait été déposée à l'OMC par la Russie.

    Mais l'étau se resserre et l'OMC-même pourrait être victime des guerres commerciales: dans ces circonstances, elle connaîtrait alors des dysfonctionnements.

    Les experts n'excluent pas que si les structures de l'OMC, en grande partie contrôlées par Washington, penchaient en faveur des USA, un effondrement total de l'organisation serait envisageable, parallèlement à la formation d'une alternative — éventuellement sur la base des Brics — où les Américains ne seront tout simplement pas admis.

    Dans le mémorandum diffusé par la Commission européenne auprès de la direction de l'UE en prévision du sommet, le régulateur indique que la politique de Donald Trump constitue une «atteinte directe» à l'OMC, qui réduira à néant les progrès accomplis dans les relations commerciales internationales ces dernières décennies et poussera les États à revenir au machiavélisme, avec son culte de l'usage de la force brutale.

    «Le système du commerce international basé sur certaines règles traverse la plus profonde crise depuis sa formation», indique notamment le mémorandum de la Commission européenne. Économiquement, cela pourrait nous rejeter 20 ans en arrière. Le monde reviendrait alors dans un milieu commercial où les règles sont respectées seulement par ceux que cela arrange et où les forts dictent leur volonté aux faibles.

    «Donald Trump cherche à tout prix à réduire le déficit de la balance commerciale des USA et enfreint les normes internationales», précisent les experts de la Commission européenne.

    Vers la récession mondiale

    Les économistes avertissent que la politique de Washington risque de provoquer une «apocalypse commerciale» qui pourrait servir de déclencheur à une nouvelle récession mondiale. Le protectionnisme se reflétera négativement sur les prix et l'accessibilité des produits dans les chaînes de distribution des compagnies de différents pays. Cela engendrera un déclin commercial et impactera fortement l'économie mondiale.

    A partir du 6 juillet, les États-Unis prélèveront des taxes de 25% sur les marchandises chinoises pour 34 milliards de dollars, et Donald Trump menace déjà Pékin de nouvelles taxes — cette fois pour 200 milliards de dollars. Si cette menace était mise à exécution, la Chine perdrait jusqu'à 0,5 point de croissance économique, mais c'est l'économie américaine qui subirait le premier coup.

    «Étant donné que nous commençons une guerre commerciale avec la Chine, nous ferions mieux de la gagner. Malheureusement, ces chances paraissent dérisoires: le plan d'attaque de Trump va conduire à ce que nous perdions tous, eux et nous», constate l'économiste américain Peter Navarro, directeur du Conseil national au commerce auprès de la Maison blanche.

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    Tags:
    libre-échange, Union européenne (UE), OMC, États-Unis
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