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    La liberté d’expression. Image d'illustration

    Canada: des politiciens veulent combattre la censure dans les universités

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    Jérôme Blanchet-Gravel
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    La liberté d’expression est-elle menacée dans les universités canadiennes? Du moins, c’est ce que croient des politiciens au Canada. Il y a quelques jours, le nouveau Premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, annonçait qu’il s’attaquerait à la censure sur les campus universitaires.

    La question de la liberté d'expression dans les universités est de plus en plus souvent abordée dans les médias canadiens. Ces derniers mois, plusieurs reportages ont été consacrés à cette question. Il faut dire que le climat est de plus en plus tendu depuis la montée de certains mouvements d'extrême gauche et néo-révisionnistes.

    En Ontario, le nouveau chef du Parti progressiste-conservateur, Doug Ford, a annoncé que les collèges et universités auraient jusqu'au 1er janvier 2019 pour concevoir et faire appliquer des politiques de liberté d'expression. Sans quoi, des sanctions pourraient être appliquées. M.Ford a chargé de cette mission le Conseil ontarien de la qualité de l'enseignement supérieur.

    «Les collèges et les universités devraient être des lieux où les étudiants échangent des idées et des opinions différentes lors de débats ouverts et respectueux», a déclaré M.Ford dans le communiqué de presse envoyé aux médias. «Notre gouvernement s'est engagé envers la population de l'Ontario à protéger la liberté d'expression sur les campus. Promesse faite, promesse tenue», a ajouté le Premier ministre ontarien.

    Des experts estiment que cette mesure vise à satisfaire un pan de l'électorat conservateur que M.Ford représente depuis son arrivée au pouvoir fin juin. Certains pensent même que cette mesure vise à satisfaire des partisans de l'ultra-droite.

    Par exemple, Emmett Macfarlane, un professeur de science politique de l'Université de Waterloo, croit que la question en elle-même est «d'extrême droite». En flattant un électorat conservateur, Doug Ford nourrirait l'intolérance.

    Cette vision est loin d'être partagée par tous, car plusieurs autres personnalités sont récemment intervenues pour dénoncer la censure dans les universités canadiennes. L'an dernier, le chef du Parti conservateur canadien, Andrew Scheer, avait lui-aussi promis de s'attaquer au problème, ce qui n'est pas anodin.

    Liberté académique: le chef du Parti conservateur s'en mêle

    Au Canada, l'éducation supérieure relève d'abord des compétences provinciales. Il fallait donc que le problème soit jugé très sérieux pour qu'un chef de parti fédéral en fasse l'une de ses priorités. Dans un courriel envoyé aux membres de son parti en juin 2017, le chef de l'opposition officielle à la Chambre des communes tenait des propos dont semble s'être inspiré Doug Ford:

    «Une fois élu, je vais suspendre les subventions fédérales aux universités qui ne respecteront pas la diversité d'opinions. Nous croyons que les universités devraient être un lieu pour l'enseignement — un endroit où les jeunes adultes peuvent apprendre à penser par eux-mêmes, en leur présentant d'autres idées et une diversité d'opinions», écrivait le cher du Parti conservateur, Andrew Scheer, aux membres de son parti.

    Andrew Scheer a d'ailleurs félicité son homologue provincial sur Twitter pour son récent engagement.

    ​Suite à l'annonce de Doug Ford, le Conseil des universités ontariennes s'est également rangé derrière lui:

    «Les universités de l'Ontario partagent l'intérêt du gouvernement de l'Ontario concernant la protection de la liberté d'expression, et s'engagent à travailler avec toutes les parties prenantes, y compris les professeurs, les étudiants et le gouvernement provincial, afin de favoriser la discussion et le débat sur nos campus.»

    L'enjeu n'est pas sans rappeler l'histoire de Lindsay Shepherd, une étudiante à la maîtrise de l'Université Laurier, en Ontario. En novembre 2017, l'étudiante et assistante d'enseignement avait été réprimandée par des membres du corps professoral pour avoir présenté, lors d'un cours qu'elle donnait, un débat auquel prenait part Jordan Peterson.

    Lindsay Shepherd, symbole de la liberté d'expression au Canada

    Canadien, Jordan Peterson est professeur de psychologie à l'Université de Toronto. Mais il est maintenant connu un peu partout dans le monde pour sa critique du politiquement correct et de certains mouvements de gauche.

    Dans les dernières années, Peterson est devenu malgré lui un symbole de la liberté d'expression. Dorénavant, il participe régulièrement à des grandes émissions de télévision dans le monde anglophone.

    Pour prouver que l'intimidation qu'elle subissait à l'université était réelle, Lindsay Shepherd a enregistré à leur insu deux professeurs et un membre du personnel de son université lors d'une rencontre qu'elle a eue avec eux. Ces derniers lui ont reproché d'avoir fait la promotion d'un courant de pensée haineux et d'un auteur dont les idées n'étaient pas acceptées par la communauté académique.

    Jordan Peterson, un penseur canadien controversé

    Mme Shepherd réclame désormais 3,6 millions de dollars canadiens (2,3 M EUR) à l'Université Laurier. La poursuite vise l'établissement d'enseignement comme tel, les deux professeurs impliqués et le comité chargé de promouvoir l'égalité et la diversité au sein de l'établissement.

    Jordan Peterson a également intenté une poursuite contre les deux mêmes personnes et le comité en question. Il réclame quant à lui 1,5 millions de dollars canadiens (un million d'euros). M.Peterson veut obtenir réparation pour avoir été dépeint comme un raciste et un misogyne par le personnel de l'Université Laurier. Il juge avoir été victime de diffamation.

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    Tags:
    université, liberté d'expression, censure, Canada
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