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    François Legault

    Le Pen et Legault, Premier ministre québécois: «Je t’aime, moi non plus»

    © AFP 2018 Martin Ouellet-Diotte
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    Jérôme Blanchet-Gravel
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    Un nouveau gouvernement vient tout juste d’être élu au Québec. La Coalition Avenir Québec, un parti de droite autonomiste, veut réduire la taille de l’État… et l’immigration. Marine Le Pen voit d’un bon œil ce parti, mais ce n’est pas réciproque. La faute au politiquement correct?

    Ce n'est pas parce que vos adversaires vous rangent dans le même sac «populiste» et «d'extrême-droite» que l'on est forcé de s'entendre. La relation entre Marine Le Pen en France et François Legault, le vainqueur autonomiste et conservateur de l'élection au Québec, le prouve.

    En effet, le 1er octobre dernier, le peuple québécois a tourné la page de 15 ans de pouvoir libéral et multiculturaliste. Les Québécois ont confié le pouvoir à la Coalition Avenir Québec (CAQ), un parti qui propose de réduire significativement l'immigration. Un parti qui suggère aussi de réduire la taille de l'État. Si la CAQ est libérale sur le plan économique, elle est plutôt conservatrice sur le plan identitaire.

    La CAQ propose de réduire le nombre de personnes immigrées reçues chaque année au Québec. Elle propose «d'en prendre moins, mais d'en prendre soin» comme le veut sa ligne de campagne. Durant le mandat de la CAQ (quatre ans), le Québec devrait recevoir entre 40.000 et 48.000 immigrés de moins que prévu.

    La CAQ vient aussi d'annoncer qu'elle allait tenir son engagement en ce qui concerne l'encadrement des religions. Une promesse phare des caquistes: interdire le port de signes religieux ostentatoires pour les juges, les enseignants et les policiers. Une mesure qui vise à contenir la montée de l'intégrisme religieux, et en particulier celle du fondamentalisme islamique.

    Le chef du Rassemblement national, Marine Le Pen, estime que ce programme est compatible avec le sien. Ce qui est cohérent d'un certain point de vue: si le parti de Marine Le Pen est plus interventionniste sur le plan économique, sur le plan identitaire, il présente certaines similitudes avec celui de François Legault, le nouveau Premier ministre du Québec.

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    Logiquement, donc, au lendemain de l'élection provinciale, Marine Le Pen a affirmé sur Twitter que les Québécois avaient voté «pour moins d'immigration» et que «la lucidité et la fermeté face au défi migratoire» étaient nécessaires partout dans le monde. Une manière de donner son appui à François Legault.

    ​L'intervention de Mme Le Pen semble avoir déplu à M. Legault et à son organisation. Rapidement, il a préféré rejeter toute association entre la CAQ et le Rassemblement national. Ses députés ont également été sommés d'en faire de même.

    ​Malgré cette mise au point, plusieurs médias québécois ont continué à annoncer que Marine Le Pen soutenait «officiellement» le parti de François Legault. Dans un article publié par la grande chaîne Radio Canada, on peut notamment lire:

    «Le gouvernement nouvellement élu de la Coalition avenir Québec (CAQ) a reçu des louanges embarrassants (sic) de Marine Le Pen. Celle qui est présidente du parti français d'extrême droite du Rassemblement national a appuyé la position caquiste pour moins d'immigration.»

    Moins de 48 heures après son élection, le Premier ministre a également dû réagir à la diabolisation de son parti dans la presse internationale. Dans plusieurs journaux (dont certains titres français), la CAQ a été associée à divers mouvements «d'extrême droite». Sans trop de nuances, M. Legault a parfois été dépeint comme un politicien aux tendances radicales. Il a souvent été comparé à Donald Trump, ce qui relève carrément du fantasme.

    Ceci étant, ce n'est la première fois que Marine Le Pen prend position sur des enjeux québécois, semant au passage la controverse. En mars 2016, Mme Le Pen avait d'ailleurs entrepris une tournée au Québec. Durant son séjour, plusieurs acteurs politiques l'avaient condamnée au nom de la morale politique. Le nouveau Premier ministre du Québec, qui était à l'époque dans l'opposition, a fait partie des gens qui ont refusé de la recevoir.

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    En mars 2017, l'ex-chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, avait aussi publiquement pris ses distances avec Mme Le Pen pour répondre aux accusations «d'islamophobie» qui pesaient contre lui. Un an auparavant, en mars 2016, Lisée affirmait sur Facebook que le programme de l'ancien FN était «hyper-réactionnaire». Une affirmation qui avait déçu, dans l'ombre, quelques-uns de ses partisans.

    Au printemps 2016, Marine Le Pen avait tout de même réussi à susciter un écho favorable auprès de certains Québécois nationalistes. Et ce, même si son voyage a pu être qualifié de «fiasco» par certains journaux. Lors de son passage au Québec, elle est parvenue à gagner quelques partisans opposés au multiculturalisme. Une réalité que personne ne semble encore prêt à reconnaître. 

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    Tags:
    multiculturalisme, immigration, Québec
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