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    Angela Merkel et Emmanuel Macron

    Le traité franco-allemand «est en rupture» avec les traités du général de Gaulle

    © AFP 2019 Tobias SCHWARZ
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    Julia Belyakova
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    Le traité d'Aix-la-Chapelle, signé ce mardi par Macron et Merkel, a provoqué une controverse en France sur les conséquences de sa signature. L’ex-eurodéputé Patrick Louis explique au micro de Sputnik s’il aura des avantages pour la France et pourquoi cette initiative est «une rupture avec les traités qui ont été signés du temps de de Gaulle».

    Alors qu'Emmanuel Macron et Angela Merkel ont signé le traité d'Aix-la-Chapelle ce mardi, certaines personnes se sont montrées méfiantes. Patrick Louis, ancien eurodéputé, explique au micro de Sputnik que ce traité n'a ni été mis en avant préalablement à sa signature, ni ne fait partie du grand débat national d'Emmanuel Macron, qui semble l'avoir préparé dans le dos des Français.

    «On voit arriver le traité de Marrakech et maintenant le traité d'Aix-la-Chapelle dont on n'a jamais parlé en France, c'est quelque chose qui arrive qui est imposée par en haut donc il y a déjà une grande contradiction entre ce qui est dit et ce qui est fait.»

    Tandis que la signature du traité était controversée en France, les discussions sur les avantages que pourrait apporter ce document pour la nation française ne sont pas en manque non plus. Selon Patrick Louis, cet accord ne servira pas la France et pourrait même, au contraire, apporter des effets indésirables.

    «Ce traité aura des répercussions sur la Défense française, si je lis l'article 4, il est énoncé que les pays en principe doivent s'entraider mais là on aboutit à un affaiblissement total de la puissance française qui est diluée dans une coopération, dans un club dominé par l'influence de l'Allemagne qui n'a pas véritablement de stratégie militaire.»

    Selon l'interlocuteur de Sputnik, ce traité pourrait pousser la France à sacrifier ses propres intérêts au profit de ceux de l'Union européenne, notamment, dans le cadre des organisations internationales, mentionnant le fait qu'Emmanuel Macron est partisan d'une souveraineté européenne. De plus, ce traité aurait pour but de servir un «super-État européen» mais pas la France.

    «Et ce qui est très grave pour moi, c'est l'orientation pour la diplomatie française, puisque si je prends l'article 8 paragraphe 2 du traité, il dit, je cite: "L'admission de la République fédérale d'Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies est une priorité pour la diplomatie franco-allemande". C'est-à-dire que le traité a pour but d'inviter l'Allemagne à siéger au Conseil de sécurité de l'Onu, ce qui est un vrai suicide pour la France, parce que vous savez qu'au Conseil de sécurité de l'Onu il y a cinq pays, les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni, donc il y a deux pays européens, ainsi, vouloir à tout prix qu'il y ait un troisième pays l'Allemagne, alors que l'Inde, le Brésil, l'Afrique ne sont pas présentés, c'est dire qu'il faut que la France abandonne son siège au profit non pas de l'Allemagne mais de l'Union européenne», explique Patrick Louis.

    Interrogé sur les liens de ce traité avec celui conclu le 22 février 1963 par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer et qui avait acté la réconciliation franco-allemande, l'ancien eurodéputé doute qu'Emmanuel Macron prévoit de suivre les pas du général de Gaulle. D'après lui, le nouveau traité d'Aix-la-Chapelle est rempli de points qui s'éloignent de la vision du général de Gaulle.

    «La question de ce traité d'Aix-la-Chapelle c'est comme le traité de Marrakech sur la question de l'immigration. Ceux sont des points qui sont posés et alors on dit qu'ils ne sont pas contraignants mais ils créent une tendance qui manifestement s'éloigne totalement de la position du général de Gaulle. C'est des traités qui petit à petit vont servir demain de point d'appui pour aller un cran plus loin. C'est une stratégie de petits pas, et ça c'est un petit pas pour s'éloigner justement d'une Europe de nations solidaires et coopératives au profit d'une sorte de technocratie européenne. Donc pour moi, évidemment, c'est en rupture avec les traités qui ont été signés du temps du général de Gaulle.»

    Commentant les dires d'Angela Merkel qui a déclaré que ce traité était un pas vers une armée européenne, Patrick Louis estime évident que «tout ceci est une grande illusion».

    «Si véritablement il y avait une vraie coopération européenne, il y aurait déjà une industrie de l'armement européenne qui n'existe même pas. Donc, pour avoir une armée européenne, il faut avoir une diplomatie commune», conclut-il.

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    Tags:
    coopération, Emmanuel Macron, Angela Merkel, France, Allemagne
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