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    Pour Matteo Salvini, «le nouvel ennemi, c’est l’Europe»

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    Le 19 octobre, Matteo Salvini a confronté en meeting sa popularité dans les sondages. Le pari risqué de quitter le gouvernement en août dernier va-t-il se transformer en traversée du désert pour «Il Capitano»? Marie d’Armagnac, qui a consacré un ouvrage à Salvini, dresse un bilan de son action et évalue ses chances de revenir aux affaires.

    Difficile de connaître réellement le personnage Salvini à travers les caricatures de la presse française ou les mots d’Emmanuel Macron le qualifiant de «lèpre populiste». L’ancien ministre de l’Intérieur italien caracole toujours en tête dans les sondages, mais la coalition improbable entre le Mouvement 5 Étoiles (M5S) et le Parti démocrate va-t-elle avoir raison de cette popularité sondagière? Marie d’Armagnac, journaliste indépendante, auteur de Matteo Salvini, l’indiscipliné, aux éditions du Toucan-L’Artilleur, a répondu à nos questions.

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    Huit trains spéciaux et plusieurs centaines d’autocars pour acheminer 200.000 personnes, selon les organisateurs, le meeting de Matteo Salvini a tenu toutes ses promesses ce samedi 19 octobre à Rome, en compagnie de ses alliés, Silvio Berlusconi de Forza Italia et de Giorgia Meloni de Fratelli di Italia. Alors que la Ligue oscille entre 30 et 33% dans les sondages, bien loin devant les intentions de vote de la coalition au pouvoir, le Mouvement 5 Étoiles et le Parti démocrate se situent respectivement entre 18% et 20%. Pourtant, la stratégie du parti souverainiste, initialement conservateur, consiste à dépasser le clivage gauche-droite, selon Marie d’Armagnac:

    «Cette coalition de droite tient très bien aux élections locales, elle tiendrait s’il y avait des élections nationales. En revanche, il veut continuer à absorber cet électorat 5 Étoiles, ce qu’il a déjà commencé à faire depuis un moment. Cet électorat 5 Étoiles sur lequel il s’était retrouvé en particulier sur deux dossiers: contre l’immigration sauvage qui déferle à nouveau sur l’Italie, et contre la mainmise et les diktats de Bruxelles.»

    Alors pourquoi Il Capitano a-t-il tenté ce pari hasardeux de quitter ce gouvernement? Le ministre de l’Intérieur et vice-premier ministre de l’époque se «retrouvait coincé, arrivé à un point d’immobilisme total» au sein de cette première coalition. S’il a été conforté par ses scores aux élections européennes avec 34,4% des voix, avec ses soutiens qui le pressaient de prendre son indépendance, il se retrouvait face à un blocage au sein même du gouvernement:

    «Le Mouvement 5 Étoiles disait non à tous les projets qui étaient proposés par la Ligue, notamment le très gros dossier important pour la Ligue, celui de l’autonomie des régions, ainsi que la Flat Tax, le choc fiscal inspiré par le modèle trumpien, qu’il voulait mettre en place dans l’espoir de relancer la croissance des ménages.»

    La journaliste indépendante estime qu’il est certain qu’à court terme, Matteo Salvini a perdu son pari de provoquer des élections générales, les prochaines étant prévues en 2023. Comment expliquer cet échec? D’abord par la constitution d’une nouvelle coalition: le M5S a été «travaillé de l’intérieur par le Partito Démocratico, le parti de gauche italien depuis le lendemain des élections européennes», alors qu’il s’est construit sur la détestation de cette même formation politique. Puis l’action directe du Président du conseil italien, Sergio Mattarella, «censé être le garant ou le gardien des institutions, dont la carrière politique s’est déroulée à gauche et qui refuse de dissoudre le Parlement pour convoquer de nouvelles élections». Lors de la constitution de la première coalition en 2018, ce dernier avait provoqué une crise institutionnelle, refusant que Claudio Borghi, économiste jugé trop eurosceptique, soit nommé aux affaires européennes. 

    ​Quelques mois après la mise en place de ce nouveau gouvernement, peut-on enfin dresser le bilan de Matteo Salvini aux affaires? La Ligue, parti alors moribond, qu’il a repris en 2013 à l’historique Umberto Bossi, est-elle réellement d’extrême-droite? Elle est très structurée politiquement, mais pas du tout idéologiquement, comme la décrit dans son livre Marie d’Armagnac: Salvini est avant tout un pragmatique. Selon la journaliste, la loi sur l’immigration et la sécurité qui porte son nom, adoptée en août 2019, aurait mis «temporairement un coup d’arrêt à l’immigration clandestine en Italie», mettant en avant la différence entre les chiffres de septembre 2019 et ceux de septembre 2018, «avec la nouvelle coalition, les débarquements sur les côtes italiennes sont multipliés par trois». Sitôt adoptée, sitôt menacée par le nouveau gouvernement, en quoi cette loi a-t-elle été novatrice?

    «Il a mis vraiment un coup d’arrêt avec son projet de loi, passé cet été, de pénaliser financièrement lourdement les bateaux des ONG, à qui il est interdit d’accéder aux ports italiens; c’est avant tout un effet psychologique. Il y a eu aussi la fermeture du plus grand centre de migrants d’Europe en Sicile.»

    La Ligue peut-elle être comparée en ce sens, au Rassemblement national de Marine Le Pen? Les deux partis politiques s’affichent régulièrement ensemble, la dirigeante française avait, en mai 2019, participé à un meeting à Milan organisé par la Ligue. Pour Marie d’Armagnac, deux différences fondamentales les séparent pourtant: la première est que la formation italienne «est un parti de gouvernement», «qui dirige plusieurs villes et plusieurs régions en Italie». Un facteur qui tient tant au système électoral transalpin de coalitions, qu’à une relativement moindre diabolisation, notant ainsi «une plus grande liberté de la presse, une plus grande liberté d’expression qu’en France.» La deuxième raison invoquée par la journaliste, c’est l’entourage du leader de la Ligue, «tout un cercle d’intellectuels et d’économistes de très haut niveau». On peut citer ici le nom d’Alberto Bagnai, économiste initialement à gauche, désormais au Sénat, portant un combat eurosceptique, à l’instar de nombreux Italiens, le M5S et la Ligue. Du parti traditionnellement régionaliste qu’était la Ligue du nord, Matteo Salvini a su transcender les vieux clivages nord-sud:

    «Le nouvel ennemi, ce n’est plus le Sud, comme c’était traditionnellement pour le parti du nord qu’est la Ligue. Le nouvel ennemi, c’est l’Europe. On est en pleine vague migratoire, qui a commencé en 2013. L’Italie est laissée seule sur ce sujet par l’Europe pour affronter cette urgence migratoire. L’ennemi n’est plus au sud, mais au nord, à Bruxelles. Il y a une mutation d’ADN de la Ligue: d’un parti régionaliste, il devient un parti réellement national. Ils emploient plus volontiers le mot de souverainisme. Leur volonté, c’est d’être souverain chez eux.»

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    Tags:
    Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Matteo Salvini
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