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Le réseau social chinois TikTok est pris dans une guerre diplomatique. Soupçonné par Washington de transmettre les données personnelles de ses utilisateurs à Pékin, il pourrait être banni des USA, à moins que ByteDance, sa maison-mère, ne le vende à une entreprise américaine. Une aubaine pour les géants du numérique… bien aidés par le VRP Trump.

À la fin, ce sont toujours les GAFAM qui gagnent? Après les déclarations tonitruantes de Trump sur un possible bannissement du réseau social vidéo TikTok, accusé par Washington de collecter et transmettre les données personnelles de ses utilisateurs américains aux services de renseignements de Pékin, le locataire de la Maison-Blanche a posé un ultimatum. D’ici le 15 septembre, soit ByteDance, sa maison-mère chinoise, cède sa branche outre-Atlantique à Microsoft, ou à une autre entreprise américaine, soit l’application sera interdite sur le territoire étasunien.

Après une discussion avec le PDG de Microsoft, Satya Nadella, Trump a donné plus de détails sur la teneur de ses échanges, lundi 3 août: «J’ai dit: voyez, cela ne peut pas être contrôlé par la Chine pour des raisons de sécurité. Voilà l’accord, cela ne me gêne pas que ce soit Microsoft ou quelqu’un d’autre, une grosse entreprise, une entreprise sûre, une entreprise très américaine peut l’acheter», a-t-il déclaré à la presse.

​Volte-face de Trump

Pourtant, vendredi 31 juillet, la position de Donald Trump semblait encore inflexible: TikTok devait être interdit aux États-Unis. Il avait notamment brandi la possibilité de signer un décret pour entériner sa menace. De plus, le Président américain excluait la possibilité d’un achat du réseau social. Comment expliquer ce revirement?

Il est «possible que l’échange avec Microsoft ait joué un rôle, la raison principale est qu’il n’avait probablement pas de plan pour interdire TikTok au début, il voulait juste augmenter son influence», estime dans un entretien avec Sputnik Gong Honglie, expert de l’Institut d’étude des relations internationales l’Université de Nankin.

En effet, Washington s’est pour le moment contenté de brandir des menaces: il n’a donné aucun détail quant à la mise en œuvre du bannissement de la plateforme chinoise d’un point de vue juridique, mais surtout technique, ce dernier posant beaucoup de questions dans un monde numérique globalisé.

Simple affaire politico-commerciale?

Depuis quelques mois, l’agence américaine chargée de s’assurer que les investissements étrangers ne présentent pas de risque pour la sécurité nationale (CFIUS) mène une enquête sur TikTok. Malgré ce climat de suspicion, le réseau social a toujours nié avoir partagé des données avec les autorités chinoises et a assuré ne pas avoir l’intention d’accepter de requêtes en ce sens.

«Nous ne sommes pas politiques, nous n’acceptons pas de publicité politique et nous n’avons pas d’agenda. Notre seul objectif est de rester une plateforme animée et dynamique appréciée de tous», déclarait dans une note de blog Kevin Mayer, le grand patron de TikTok.

James Lewis, chef du programme de politique des technologies au Center for Strategic and International Studies, un think tank américain, estimait d’ailleurs que le risque de sécurité encouru en utilisant TikTok était «proche de zéro». Néanmoins, «il semble que ByteDance pourrait être mis sous pression par Pékin», a précisé James Lewis.

Gong Honglie avance donc que la menace de Trump est avant tout une manœuvre visant à assoir l’hégémonie américaine en limitant «le développement des entreprises chinoises aux États-Unis».

«L’utilisation généralisée de l’application de vidéos courtes TikTok dans le monde entier a commencé à menacer la domination des entreprises américaines sur l’Internet. Par conséquent, les actions des politiciens américains, notamment ceux de la droite, visent à maintenir les entreprises américaines à l’avant-garde d’Internet et des réseaux sociaux», argue Gong Honglie, qui avance une autre raison de l’acharnement actuel: les élections présidentielles à venir. «Trump pourrait considérer que s’il attire l’attention publique à la question chinoise, ça pourrait lui profiter lors des élections», indique l’expert chinois.

Le projet d’acquisition de TikTok, qui compte 800 millions d’utilisateurs actifs dans le monde, dont 100 millions d’utilisateurs américains, permettrait à Microsoft de faire un très gros coup. Et pour cause, l’application est extrêmement en vogue aux États-Unis. Signe de sa popularité grandissante: selon l’étude «The State of Mobile 2020», les Américains auraient passé 85 millions d’heures sur le réseau social, contre 15 millions l’année précédente. Depuis son lancement en 2016, l’application a enregistré un nouveau record, avec plus de deux milliards de téléchargements dans le monde.

Les GAFAM, grands gagnants?

Si la transaction, supervisée par le Comité américain pour l’investissement étranger (CFIUS) était validée, le groupe posséderait et dirigerait le réseau social aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Suite à l’annonce de ces tractations, l’action de Microsoft a gagné plus de 5,5% à la bourse.

Reste qu’en cas d’échec, Snap inc. et le groupe Facebook sont en embuscade et pourrait profiter de la situation. Snap a annoncé lundi 3 août que Snapchat travaillait avec plusieurs maisons de disques pour offrir une nouvelle fonctionnalité permettant aux utilisateurs d’ajouter de la musique à leurs courtes vidéos, un service qui a rendu célèbre TikTok.

De son côté, le groupe Facebook teste actuellement la fonctionnalité «Reels» sur son réseau social Instagram, sur le même modèle que l’application chinoise, qui accuse –ironie de l’histoire– le groupe de Mark Zuckerberg de plagiat.

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Tags:
Donald Trump, GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), États-Unis, TikTok
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