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La grogne des tribus arabes à l’encontre des autorités kurdes à Deir ez-Zor ne cesse de grandir. Raisons: persécutions, assassinats, vol des ressources pétrolières… Les griefs s’accumulent et pourraient bientôt causer de terribles violences. Avec ses contacts sur le terrain, Sputnik revient sur une situation toute proche d’exploser.

Rarement le climat a été aussi tendu dans la région de Deir ez-Zor. Cet ancien bastion de Daech*, aujourd’hui contrôlé sur la rive ouest de l’Euphrate par Damas et sur la rive Est par les Kurdes des Forces démocratiques Syriennes (FDS), est en proie à de vives tensions entre tribus arabes et FDS. Le 4 août, des chefs de tribus arabes ont même fait irruption dans le quartier général du groupe armé kurde «DSS» et y ont capturé des soldats.

Le cheikh de la tribu al-Bakara en Syrie, Naowaf Rageb el-Bashir, a ainsi expliqué la colère des tribus arabes dans un commentaire à Sputnik Arabic:

«Les arrestations constantes, les assassinats, les menaces, le manque de sécurité sont tous le fait des occupants américains et des militants kurdes, qui continuent à voler nos richesses et notre pétrole», s’est plaint au micro de Sputnik, Naowaf Rageb el-Bashir, un cheikh de la tribu Bakkara.

Exaspérés par les dispositifs de sécurité mis en place par les FDS, ces chefs de tribus ont décidé d’agir. Ces derniers sont régulièrement et aléatoirement arrêtés, interrogés et, pour certains d’entre eux, torturés.

Cohabitation difficile entre Kurdes et tribus arabes

Depuis la libération de cette rive par les FDS, le mécontentement grandit parmi les tribus arabes de la région, qui ont du mal à accepter l’autorité des FDS. Cette zone, qui se situe dans une région désertique non loin de Baghouz, dernier bastion de Daech*, grouille de ses cellules plus ou moins dormantes et de celles d’autres groupes djihadistes.

Cette situation rend la surveillance particulièrement compliquée pour les forces des FDS qui assurent la sécurité de la région, au risque d’avoir la main lourde lors de contrôle sur des civils arabes.

​De surcroît, depuis que des émeutes ont commencé pour contester leur présence, les dérapages sont plus nombreux du côté kurde. Lors de ces opérations visant à maîtriser la grogne populaire, des incidents ont eu lieu, à en croire les chefs de tribus arabes: le cheikh Matshar el-Hafal, de l’influente tribu Al Uqaydat, aurait été tué dans le cadre d’une telle répression. Un événement qui ne fait d’ailleurs qu’augmenter la colère populaire et qui pourrait amener à plus de violences.

Présence kurde et américaine… Pour défendre le pétrole?

Ces tensions sont d’ailleurs amenées à se maintenir aussi longtemps qu’il y aura une présence kurde dans la région de Deir ez-Zor. Historiquement, les Kurdes syriens se situent quasi exclusivement au Nord-Est du pays, avec quelques poches au Nord-Ouest, aux alentours d’Alep.

Leur présence et leur autorité dans cette région sont donc difficiles à avaler pour beaucoup de tribus arabes. Ceux-ci ont l’impression de ne plus être souverains chez eux et de devoir répondre d’une autorité qu’ils considèrent comme illégitime.

Au micro de Sputnik Turquie, Abdullah Ağar, ancien membre de l’unité d’opérations spéciales des forces armées turques, expert en sécurité et en lutte contre le terrorisme, participant aux opérations militaires en Syrie, estime que cette présence kurde constitue une réelle menace:

«Les formations kurdes du FDS soutenues par les États-Unis constituent une menace sérieuse pour la souveraineté syrienne.»

D’autant que la présence kurde et américaine à l’Est de l’Euphrate, dans la région de Deir ez-Zor, ne s’explique pas uniquement par le fait que ceux-ci ont chassé Daech* ou veulent exercer un plus grand contrôle territorial.

En effet, le maintien des forces américaines et kurdes dans des zones non peuplées par des Kurdes est avant tout dû à la présence des ressources pétrolifères, qui sont particulièrement abondantes à l’Est de Deir ez-Zor. L’accord récemment signé entre une compagnie pétrolière américaine et les autorités kurdes de Syrie vient encore de le souligner.

​C’est d’ailleurs à cela que fait référence Naowaf Rageb el-Bashir, quand il parle des «occupants américains et des militants kurdes qui continuent à voler nos richesses et notre pétrole.»

Une conjoncture dégradée et qui promet de s’envenimer encore, compte tenu du fait que la sécurité n’est pas garantie dans la région: les attaques de cellules de groupes terroristes sont encore légion. Mais si l’on ajoute à cela le fait que les populations sont particulièrement démunies, qu’elles ne jouissent pas de leurs richesses et qu’elles s’exposent à une possible crise sanitaire, tous les éléments d’une situation explosive sont réunis. Il ne manque plus que l’étincelle.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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