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Emmanuel Macron arrive ce 31 août au Liban avec la complexe mission de proposer «un nouveau pacte» aux dirigeants libanais. Un pari risqué pour le Président de la République, compte tenu de la configuration politique au Liban. Macron a-t-il eu les yeux plus gros que le ventre? Analyse Riad Sidaoui, spécialiste du monde arabe, pour Sputnik.

Emmanuel Macron grand sauveur du peuple libanais? Celui qui était venu en visite au lendemain de la terrible explosion dans le port de Beyrouth avait promis de revenir au Liban début septembre avec des solutions concrètes. Ces propositions devraient prendre la forme d’un «pacte» qui a pour ambition de réformer en profondeur un système politique libanais à bout de souffle et gangréné par la corruption.

Un pari risqué compte tenu de l’histoire du Liban. Le système politique actuel au Liban est fondé sur les accords de Taëf, qui ont mis fin à 14 ans de guerre civile. Ceux-ci garantissent une représentation politique égale des différentes communautés du pays. Le chef du gouvernement doit être sunnite, la présidence allant à un chrétien maronite et la présidence du parlement à un musulman chiite. La récente nomination de Moustapha Adib au poste de Premier ministre s’inscrit d’ailleurs dans cette logique.

Beyrouth
© REUTERS / ALKIS KONSTANTINIDIS
Un système qu’il va être difficile de remplacer, car, comme l’explique au micro de Sputnik France Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (CARAPS), «l’alternative, c’est la guerre civile.»

Vers une laïcité à la libanaise?

Parmi les éventuelles propositions, pourrait se trouver une transition vers un État laïc qui permettrait un égal accès au pouvoir, indépendamment de son appartenance communautaire. C’est en tout cas la proposition que fait le Président Michel Aoun lors d’un discours pour les 100 ans du Grand Liban. Une proposition chimérique, selon Riadh Sidaoui:

«Si ce que Michel Aoun veut dire est "oublions le communautarisme et nos différences au profit d’un nationalisme libanais", ça risque d’être très difficile à mettre en place. Parler au Liban d’un système laïc est très exagéré, pour ne pas dire condamné à l’échec.»

Reste donc à voir ce que contient ce «nouveau pacte» que vient proposer Emmanuel Macron ce 31 août au Liban, car pour le moment, «la formule d’un nouveau pacte utilisée par Macron est floue, ça ne veut rien dire», tacle Riadh Sidaoui.

Néanmoins, malgré la difficulté évidente d’un tel processus, il semble tout de même que les cercles de pouvoir au Liban soient volontaires pour faire évoluer la situation. Les différents chefs de parti ont indiqué qu’ils étaient ouverts à un nouveau pacte. Même le Hezbollah:

«Nous avons entendu l’appel du Président français au cours de sa dernière visite au Liban à un nouveau pacte politique», a déclaré le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dans un discours prononcé ce 30 août.

Le Hezbollah, véritable État dans l’État libanais, est donc prêt à entendre la proposition d’Emmanuel Macron pour une future transition politique au Liban. Le chef du «Parti de Dieu» a tout de même mis le Président français en garde: «Nous sommes ouverts à toute discussion constructive sur le sujet […], mais à la condition qu’il s’agisse d’un dialogue libanais et que ce soit la volonté de toutes les parties libanaises.»

Le Hezbollah, un «parti politique très pragmatique»

Il n’y a là rien de bien surprenant pour ceux qui connaissent les rouages du Hezbollah, explique Riadh Sidaoui:

«Le Hezbollah est connu pour être un parti politique très pragmatique à l’intérieur comme à l’extérieur du Liban. Il sait qu’il est la bête noire d’Israël et des États-Unis, donc il cherche d’autres compromis ailleurs, notamment chez les Européens. Ils ne sont pas dans une logique de jusqu’au-boutisme idéologique.»

Mais au-delà de la prise de position du Hezbollah, le réformisme affiché par la classe politique libanaise semble paradoxal au vu de la nomination de Moustapha Adib au poste de Premier ministre.

​Les différents tenants du pouvoir se disent favorables ou ouverts au changement, tout en désignant un Premier ministre sunnite, pur technocrate, dans le cadre des accords de 1989.

«C’est un point d’inflexion entre les chiites du Hezbollah et d’Amal, les chrétiens de Michel Aoun et les sunnites de Tayyār al-Mustaqbal [courant du futur, ndlr]. C’est un choix consensuel basé sur les accords de Taëf.»

Rien de bien nouveau donc et les Beyrouthins n’en sont pas dupes. Lors de la première visite de Moustapha Adib dans certains quartiers qui avaient été dévastés par l’explosion du 4 août, celui-ci avait été accueilli par des «Thawra, Thawra», ce qui veut dire «révolution» en arabe. Un chant clairement hostile au nouveau Premier ministre que beaucoup de Libanais perçoivent comme une perpétuation du statu quo.

Et ce, malgré la volonté affichée par l’ancien ambassadeur du Liban en Allemagne d’avoir «comme point de départ un accord avec le Fonds monétaire international.» Ce qui suggère nécessairement qu’il est prêt à entreprendre des réformes, en tout cas d’un point de vue économique. Et dans le cas du Liban, ça serait déjà un pas de géant.

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Emmanuel Macron, Liban
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