International
URL courte
Par
4310
S'abonner

Emprisonné en Arabie saoudite pour avoir critiqué le régime, Raif Badawi aurait récemment fait l’objet d’une tentative d’assassinat, a annoncé sa femme, Ensaf Haidar. Du Canada –où elle est réfugiée avec leurs trois enfants–, Mme Haidar revient pour Sputnik sur les conditions de détention de son mari et confie être très inquiète.

Malgré les nombreuses démarches pour le faire libérer, les choses ne semblent pas s’améliorer pour le blogueur saoudien Raif Badawi, emprisonné depuis 2012 après avoir été accusé d’apostasie et d’insulte à l’islam.

Devenu une figure de proue de la liberté d’expression dans le monde, il a été condamné à une peine de dix ans d’emprisonnement et à recevoir 1.000 coups de fouet, conformément aux lois islamiques en vigueur. Il en a reçu 50 jusqu’à présent.

Après avoir entamé plusieurs grèves de la faim pour dénoncer sa détention, voilà que Raif Badawi aurait fait l’objet d’une tentative d’assassinat en prison, a annoncé sa femme, Ensaf Haidar, sur Twitter.

«Mon mari, Raif Badawi, a fait l’objet d’une tentative d’assassinat à l’intérieur de la prison par un prisonnier qui avait été arrêté parce qu’il était membre d’un groupe terroriste. L’affaire a été renvoyée au parquet.»

En entrevue avec Sputnik, Mme Haidar précise d’emblée qu’elle ne connaît toujours pas les circonstances exactes de cette tentative de meurtre en raison de ses communications très limitées et surveillées avec son mari. Les événements seraient survenus il y a quelques semaines. Ensaf Haidar est présidente et co-fondatrice, avec Évelyne Abitbol, de la Fondation Raif Badawi pour la liberté, organisation active sur toute la planète.

«Je n’ai pas encore beaucoup de détails jusqu’à présent. Mon mari Raif Badawi est resté pendant six mois dans une cellule isolée avant de retourner il y a deux mois dans une cellule normale, où il y a plusieurs autres prisonniers. Ce sont tous des criminels», souligne Ensaf Haidar au micro de Sputnik.

La présidente de la Fondation Raif Badawi pour la liberté explique que son mari a entamé une nouvelle grève de la faim depuis les événements en question. Même si elle craint la détérioration de l’état de santé de son mari, elle estime qu’il s’agit pour lui de la seule manière de défendre ses droits. «Je ne sais pas si c’est la bonne stratégie, mais c’est la seule stratégie», laisse-t-elle tomber.

Situation aggravée par le coronavirus

Fin 2019, pendant un certain temps, les autorités avaient retiré au célèbre blogueur l’accès à ses médicaments contre l’hypertension, maladie dont il souffre. Raif Badawi aurait également les reins fragiles, confie Ensaf Haidar. Dans ce contexte, le Covid-19 représente un risque supplémentaire pour lui, estime-t-elle:

«Je m’inquiète beaucoup pour lui, d’autant plus qu’il n’a pas une bonne santé. C’est trop grave pour lui. C’est de pire en pire. Avec le coronavirus, je ne sais pas ce qui peut arriver, parce que tous les prisonniers sont mélangés et ils sont nombreux dans chaque cellule […]. Les risques de contamination sont élevés. Dans les salles communes, il y a plus de 80 personnes. C’est trop dangereux pour lui là-bas», poursuit-elle.

Depuis plusieurs années déjà, Ensaf Haidar fait des démarches auprès du gouvernement canadien pour que ce dernier fasse pression sur Riyad en vue de faire libérer son mari et de le rapatrier au Canada, où se trouve toute sa famille proche. Ces démarches n’ont toujours pas abouti. Le temps presse, surtout qu’elle considère qu’il n’y a pas eu «d’amélioration pour les prisonniers d’opinion» en Arabie saoudite depuis l’arrivée au pouvoir du prince hériter Mohammed ben Salmane, en juin 2017.

«Je n’ai toujours aucune réponse du gouvernement canadien concernant mes demandes […] Raif Badawi terminera sa peine de dix ans dans environ un an et demi. Par contre, ensuite, il lui sera interdit de quitter le territoire pour une autre période de dix ans. Je crains que sa sécurité soit encore menacée à sa sortie. Nous, sa famille, nous ne pourrons pas non plus aller lui rendre visite, car ce serait aussi dangereux pour nous», précise Mme Haidar.

Ce développement inattendu survient dans un contexte où les relations entre Ottawa et Riyad sont loin d’être au beau fixe. En 2017, l’arrivée de la nouvelle ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a changé la dynamique diplomatique entre le Canada et l’Arabie saoudite. Mme Freeland avait adopté un ton beaucoup plus ferme que son prédécesseur envers le régime saoudien, ce qui n’a guère plu à ce dernier. Mme Freeland n’occupe toutefois plus le poste de ministre des Affaires étrangères, mais celui de Vice-Première ministre et de ministre des Finances.

Les relations se détériorent entre Ottawa et Riyad

Dans un échange avec la presse canadienne, le ministère des Affaires étrangères du Canada s’est dit «extrêmement préoccupé par le cas de Raif Badawi».

«Nous l’avons soulevé aux plus hauts niveaux et nous avons appelé à plusieurs reprises à ce que la clémence soit accordée», a mentionné Patricia Skinner, porte-parole d’Affaires mondiales Canada.

En janvier 2019, l’accueil par le Canada d’une jeune réfugiée saoudienne qui fuyait sa famille avait poussé Riyad à condamner «les politiques provocantes et immatures» d’Ottawa. Sur Twitter, le porte-parole du Comité des Relations publiques de l’Arabie saoudite aux États-Unis avait écrit que l’attitude d’Ottawa «pourrait conduire les pays arabo-musulmans à revoir leurs relations avec le Canada».

Selon des documents déposés le 6 août dernier devant la justice américaine, l’Arabie saoudite aurait envoyé un «escadron de la mort» au Canada pour y faire assassiner Saad Aljabri, ancien haut responsable du contre-espionnage saoudien. Jusqu’à présent, l’affaire a suscité très peu de réactions du gouvernement canadien.

Lire aussi:

Les États-Unis cherchent à former une coalition contre le Nord Stream 2
Une bagarre entre automobilistes tourne au drame en Seine-Saint-Denis
L’étrange liquide découvert dans une ancienne tombe en Chine identifié
Tags:
Raif Badawi, Mohammed ben Salmane Al-Saoud, Canada, Arabie Saoudite
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook