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Escalade des tensions en Méditerranée orientale (août 2020) (65)
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La Grèce a publiquement décliné l’invitation de l’Otan à rejoindre la table des négociations avec la Turquie. En marge de tensions de plus en plus intenses en Méditerranée orientale, l’amiral Alain Coldefy, ancien inspecteur général des armées, dénonce au micro de Sputnik la partialité de l’Alliance atlantique.

Le torchon brûle entre la Turquie et la Grèce. De manœuvre militaire en manœuvre militaire, la tension grimpe un peu plus chaque jour. Pourtant, les deux pays sont alliés au sein de l’Otan. Quel rôle peut donc jouer l’alliance atlantique dans l’escalade de tensions entre deux de ses membres?

​«À la suite de mes discussions avec les dirigeants grecs et turcs, les deux Alliés ont convenu d’entamer des pourparlers techniques à l’Otan afin d’établir des mécanismes de désescalade pour réduire le risque d’incidents et d’accidents en Méditerranée orientale», annonçait Jen Stoltenberg, secrétaire général de l’Otan, jeudi 3 septembre.

L’Otan impuissante?

Un fait aussitôt démenti par les autorités grecques: «Les informations qui ont été révélées sur des discussions techniques présumées à l’Otan ne correspondent pas à la réalité», a affirmé jeudi soir le ministère des Affaires étrangères grec dans un communiqué. Que peut donc faire l’Otan face à cette crise? Sputnik France a posé la question à l’amiral Alain Coldefy, ancien inspecteur général des armées:

«Le rôle de l’Otan est de défendre collectivement chacun de ses membres contre une agression extérieure. Elle n’est faite ni pour intervenir à l’extérieur, comme ça a été le cas dans les Balkans, ni pour régler [militairement, ndlr] des différends entre les membres de l’alliance.»

Dans cette affaire, «le rôle de l’alliance est d’apaiser les tensions et se poser en facilitateur de discussion pour désamorcer la situation», nuance toutefois l’amiral Coldefy. Jen Stoltenberg serait donc dans son rôle quand il invite les deux protagonistes à la table des discussions. Et selon l’amiral Coldefy, le refus public de la Grèce de négocier avec la Turquie tant que celle-ci n’aura pas quitté son plateau continental servirait en effet les tractations qui se déroulent en coulisses. «Comme c’est très souvent le cas», précise-t-il.

Derrière la Turquie, les États-Unis?

Mais selon l’ancien inspecteur général des armées, c’est surtout du côté de Washington qu’il convient de porter le regard: «politiquement, sauf pour la France, l’Otan obéit aux États-Unis.» Alors pourquoi l’Administration Trump soutient-elle les Turcs en Méditerranée orientale, comme en attestent les manœuvres navales conjointes entre la Turquie et les États-Unis de ces dernières semaines? L’hypothèse de l’amiral en surprendra plus d’un:

«Quel est l’adversaire autoproclamé des Américains? C’est la Chine. Quelles sont certaines des ambitions de l’Empire du Milieu? Le continent africain. Et qui aide à contenir la Chine sur ce continent? La Turquie.»

Difficile donc pour l’Alliance atlantique de rester neutre entre deux de ses membres.

​Voir l’Oruç Reis cesser ses explorations et quitter le plateau continental grec accompagné de son escorte de navires de guerre semblerait donc pour l’heure peu probable. À n’en pas douter, le soutien américain ne manquera pas de renforcer le sentiment d’impunité d’Erdogan.

Dossier:
Escalade des tensions en Méditerranée orientale (août 2020) (65)

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OTAN, Turquie, Recep Tayyip Erdogan
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