International
URL courte
Par
Nouvelle escalade dans le Haut-Karabakh (88)
295720
S'abonner

Quelles sont les raisons qui poussent la Turquie à soutenir aussi vigoureusement l’Azerbaïdjan dans son conflit contre l’Arménie au Haut-Karabakh? Sputnik a posé la question à Ara Toranian, journaliste et directeur du magazine Les Nouvelles d’Arménie. Et selon lui, ce n’est pas qu’une simple question d’intégrité territoriale.

Qu’importent les appels de la communauté internationale, pas de désescalade en vue dans le conflit qui oppose l’Azerbaïdjan et l’Arménie dans le Haut-Karabakh. Les combats ont même gagné en intensité ce 29 septembre, alors qu’un chasseur F-16 turc a abattu un Su-25 arménien, selon Erevan. Une accusation aussitôt démentie par Ankara, mais qui donne une idée du niveau de tension entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

La Turquie, alliée de l’Azerbaïdjan –turcophone et musulman –, a fait savoir ce 29 septembre par la voix de Mevlut Cavusoglu, son chef de la diplomatie, que l’Arménie– chrétienne –devait «quitter le territoire azerbaïdjanais.» Une condition sine qua non: «tant que cela ne se produira pas, le problème ne sera pas résolu.» Elle a même insisté dimanche sur le fait qu’elle était prête à soutenir Bakou par «tous les moyens possibles.»

Variable ethnique et historique

Une détermination turque étonnante dans un conflit qui ne la concerne pas directement et qui soulève donc des interrogations. Si les relations économiques qu’entretiennent les deux pays sont évoquées pour expliquer le soutien turc, d’autres y voient également des motivations ethniques et historiques. C’est le cas d’Ara Toranian, journaliste, directeur du magazine mensuel Les Nouvelles d’Arménie et fervent militant de la reconnaissance du génocide arménien, qui s’exprime au micro de Sputnik:

«Les velléités du panturquisme d’en finir avec l’entité arménienne n’ont pas bougé depuis la fin du XIXe siècle. Au moment de la dissolution de l’Empire ottoman, il y avait deux tendances chez les Jeunes Turcs: l’une libérale, qui prônait l’égalité des droits et qui voulait intégrer les minorités, et l’autre qui voulait le repli et la victoire d’un nationalisme turc, et c’est cette dernière tendance qui l’a emporté.»

Et si, «après le massacre des Arméniens de 1915, ces conflits ont été gelés avec l’Union soviétique, quand elle s’est effondrée, cette problématique a resurgi en l’état. Et Erdogan est l’incarnation de cette idéologie nationaliste

La variable ethnico-nationaliste est donc pour Ara Toranian la principale raison qui motive le soutien turc à Bakou, bien au-delà des échanges d’hydrocarbures et de gazoducs qui relient la Turquie et l’Azerbaïdjan:

«L’historien turc Taner Akçam a expliqué dans l’une de ses œuvres que la Turquie était un état structurellement négationniste, accuse Ara Toranian, avant d’ajouter: l’ultranationalisme turc qui en découle continue de faire des dégâts. Quand la Turquie et l’Azerbaïdjan disent “nous formons deux États pour une seule nation et un même peuple”, ça veut dire ce que ça veut dire».

Le journaliste va d’ailleurs plus loin: le Haut-Karabakh ne serait que le début d’un projet à très long terme qui viserait la jonction de l’État turc et de l’État azéri.

«Entre ces deux États existe une petite bande de territoire qu’est l’Arménie, et qui empêche la jonction entre la Turquie et l’Azerbaïdjan, et les nationalistes de part et d’autre ne rêvent que de faire sauter le verrou arménien entre les deux pays», explique le directeur du magazine Les Nouvelles d’Arménie.   

Il rappelle d’ailleurs qu’il y a «près de trente ans, le Président turc Süleyman Demirel parlait d’un monde turc de la mer Adriatique à la muraille de Chine.» Il n’est donc pas surpris qu’Ankara soutienne aussi résolument Bakou.

«Le Haut-Karabakh et l’Arménie n’ont pas besoin de supplétifs»

Sans craindre d’ailleurs d’utiliser certains moyens militaires peu conventionnels…

«C’est la dernière trouvaille d’Erdogan. Il envoie les supplétifs syriens qu’il a utilisés pour déstabiliser le régime syrien, pour soutenir son camp en Libye, et maintenant il les emploie en Azerbaïdjan pour combattre les Arméniens au Haut-Karabakh. C’est une arme parmi d’autres par laquelle il s’implique dans le conflit», indique Ara Toranian.   

Des accusations similaires proviennent de Turquie sur le fait que des miliciens de la branche armée du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) ont été envoyés de Syrie pour soutenir l’Arménie. Des accusations sans fondement pour notre interlocuteur:

«Je n’ai jamais entendu parler, sauf à titre de rumeurs, de supplétifs kurdes du PKK qui soutiendraient les combattants arméniens au Haut-Karabakh. Ils sont déjà bien assez occupés en Turquie et ailleurs face à Erdogan.
De plus, le Haut-Karabakh et l’Arménie n’ont pas besoin de supplétifs: tous les jours, des gens viennent se porter volontaires pour aller au front. Tout le peuple arménien est vent debout, car il sait qu’il est dos au mur. Par contre, je conçois très bien que cela peut être utilisé par Erdogan pour faire miroiter des théories du complot.» 

Ara Toranian estime en définitive que ce conflit est piloté depuis Ankara:

«Ils ont fait des déclarations sans ambiguïté sur le fait qu’ils soutiendraient de tout leur cœur et avec tous leurs moyens l’État azerbaïdjanais. On voit bien là le marionnettiste turc et de l’autre côté sa marionnette azerbaïdjanaise.»
Dossier:
Nouvelle escalade dans le Haut-Karabakh (88)

Lire aussi:

Une enseignante menacée par ses élèves à Toulouse pour avoir abordé le port du voile en France
Vitres brisées, tags, menaces: des mosquées ciblées à Bordeaux et Béziers - images
Comment éviter l’«effondrement» de la France qui vient? Laurent Obertone donne ses 10 lois «pour vaincre» – vidéo
Au Canada, «une professeur jetée en pâture à des militants agressifs» au nom de l’antiracisme
Tags:
Azerbaïdjan, Haut-Karabakh, Arménie
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook