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La défense de l’informaticien Alexandre Vinnik, condamné par la justice française à cinq ans de prison et 100.000 euros d'amende pour blanchiment en bande organisée, pourrait faire appel de la décision du tribunal. Dans cette affaire de fraude au Bitcoin, la cour aurait, selon son avocat, pris une décision sur des «éléments sans preuves».

Une décision «très grave» basée sur des «éléments pour lesquels le tribunal n’a aucune preuve»: Maître Frédéric Belot ne mâche pas ses mots et compte faire appel du verdict. Son client, l’informaticien russe Alexandre Vinnik, est condamné ce lundi 7 décembre à cinq ans de prison et 100.000 euros d’amende par la 13e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, qui le juge coupable d'avoir blanchi des milliards de dollars via un échange de cryptomonnaie BTC-e sans licence des autorités américaines.

​Lors des audiences en octobre dernier, ces éléments «transférés par les autorités américaines via Europol», au centre de l’accusation, ne figuraient que sous forme de copies. «Il s'agit d'une décision contre laquelle nous devons faire appel. J'attends une décision de mon client, que je verrai en prison», a déclaré l’avocat aux journalistes à la sortie de l'audience.

Selon le parquet français, Vinnik était le «cerveau» du rançongiciel Locky, qui chiffrait les données des systèmes informatiques auxquels il s’attaquait. Les victimes n’avaient d’autre choix que de verser une rançon en cryptomonnaie pour obtenir la clé de déchiffrement. Selon l'enquête, environ 200 entreprises et particuliers en France ont été victimes de ce ver informatique entre 2016 à 2018. Les dommages causés aux victimes, parmi lesquels figurent des mairies de villes françaises, l'Agence France-Presse ou encore le théâtre Gérard-Philippe, sont estimés à 135 millions d'euros.

Les États-Unis et la Russie demandent son extradition

Deux autres pays, la Russie et les États-Unis, demandent l’extradition du programmeur. Mais du procès en France, le Russe pourrait aussi être renvoyé en Grèce. Une affaire dont l’issue est ainsi difficile à prédire pour l’heure.

«Pour l’instant, Alexandre Vinnik est en France. On ne sait pas encore si le parquet fera appel. En fonction de ce qui sera décidé par le parquet et par Alexandre Vinnik, nous  verrons plus clair la suite de cette affaire», souligne Frédéric Belot au micro de Sputnik.

«S'il est extradé vers les États-Unis, il ne pourra guère retourner en Russie depuis là-bas», juge quant à lui Alexeï Popov, consul de Russie en France. «En même temps, tout le monde comprend que s'il se retrouve en Russie, il est peu probable qu'il soit extradé vers les États-Unis», ajoute le diplomate.

En prison depuis près de trois ans et demi, Alexandre Vinnik a été arrêté le 25 juillet 2017 à la demande des États-Unis alors qu'il était en vacances avec sa femme et ses enfants en Grèce.

«On a demandé à plusieurs reprises son extradition vers la Russie, et nous continuons d’y insister. Alexandre Vinnik est citoyen russe, il n’a aucune autre citoyenneté. Il serait logique de mener des enquêtes en Russie, d'autant plus qu'il ne travaillait que depuis la Russie», souligne Alexeï Popov.

Tatiana Moskalkova, la médiatrice des droits de l'homme de la Fédération de Russie, est également déçue par la décision du tribunal français. Aussi espère-t-elle qu’il sera transféré «en Russie à la demande de la partie russe».

Une tragédie humaine

La situation humaine dans laquelle se trouve actuellement la famille Vinnik est particulièrement difficile: la femme d'Alexandre est décédée à la suite d’une longue maladie le 11 novembre dernier, et c’est désormais la grand-mère qui s’occupe de leurs enfants.  L’informaticien russe est détenu dans une cellule individuelle, et seuls ses avocats et un prêtre orthodoxe peuvent lui rendre visite. «Les enfants ont été laissés sans mère et sans père, qu'ils ne verront probablement pas avant plusieurs années. C'est un coup dur pour eux», a déclaré l'avocat.

«Ils n’ont de contact que par téléphone, nous verrons comment faire pour que ce contact soit plus rapproché», conclut Frédéric Belot.

 

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Tags:
procès, fraude, Alexandre Vinnik, Bitcoin
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