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Les principaux pays exportateurs de pétrole redoutent le retour de l’Iran sur le marché pétrolier dans le cas où l’Administration Biden lèverait les sanctions. Une appréhension justifiée selon Pierre Fabiani, représentant de Total en Iran de 2004 à 2008. Au micro de Sputnik, il affirme que Téhéran souhaite régler certains comptes sur ce marché.

«Notre plus importante discussion porte sur les derniers développements du marché mondial du pétrole, qui se trouve dans une situation délicate», a précisé le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namdar Zangeneh, en marge de sa visite à Moscou ce 21 décembre. En effet, le coronavirus a diminué la demande.

D’où un effondrement des cours. Le baril a même plongé sous les vingt dollars en avril 2020! Or l’année 2021 arrive également avec son lot de risques dans ce domaine. Le Président Joe Biden a longtemps affirmé sa volonté de réintégrer l’accord sur le nucléaire iranien. Cela se traduirait par la levée du régime de sanctions imposé au régime des mollahs. De quoi provoquer un choc pétrolier d’un nouveau genre.

Inquiétude du marché pétrolier

La perspective d’une normalisation des rapports entre Washington et Téhéran inquiète les producteurs et exportateurs du monde entier. La levée des sanctions impliquerait un retour total de l’Iran sur le marché pétrolier. Un retour synonyme de chute potentielle des cours du brut, du fait de l’offre iranienne qui inonderait le marché.

«De l’Arabie saoudite à la Russie, tout le monde est inquiet. Toute l’OPEP [Organisation des pays exportateurs de pétrole, ndlr] est concernée. Le retour de l’Iran sur les marchés, ça veut dire l’effondrement du prix du baril», analyse Pierre Fabiani, délégué Iran d’Evolen, association française des sociétés et des professionnels du pétrole et du gaz, et représentant du groupe Total en Iran de 2004 à 2008.

L’inquiétude est effectivement ressentie jusqu’à Moscou. Cependant, le ministre iranien du Pétrole, en visite chez son allié russe, a tempéré: «Depuis plusieurs années, la Russie joue un rôle très constructif et efficace au sein de l'OPEP+ [branche élargie de l’OPEP, ndlr], aux côtés des membres de OPEP et d'autres alliés.»

​Les discussions qui ont donc lieu ce 21 décembre entre Bijan Namdar Zangeneh et son homologue russe relèvent d’une importance stratégique cruciale pour Moscou, troisième plus important exportateur de pétrole en 2020.

«Au niveau des exportations, l’Iran est au tapis depuis un moment»

Certes, la Russie entretient de bonnes relations avec l’Iran. Mais elle craint la stratégie iranienne, dès la seconde où Téhéran réintégrera totalement le marché pétrolier: l’inondation du marché, explique Pierre Fabiani.

«Les Iraniens jouent un coup –pour le moment politique– en agitant le chiffon rouge et en disant “attention, on revient, on reprend notre place”», analyse l’ancien numéro un de Total en Iran.  

D’après lui, Téhéran joue, à raison d’ailleurs, le coup de force après deux années de privation.

«Au niveau des exportations, l’Iran est au tapis depuis un moment. Téhéran est donc dans la logique de dire: “Vous avez bien profité de l’absence iranienne des marchés, donc maintenant vous réduisez votre production, et nous l’augmentons”», explique Pierre Fabiani au micro de Sputnik.  

En effet, entre la levée des sanctions à la suite de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 et  la remise en place de l’embargo en 2018, la production iranienne de pétrole oscillait entre 3 et 4 millions de barils par jour selon l’OPEP.

© Sputnik
Production iranienne de pétrole de 2011 à 2019.

  

En septembre 2019, à la suite des sanctions américaines, cette production se situait entre 2 et 2,5 millions de barils par jour. Une chute ruineuse pour un pays dont les ventes d’hydrocarbures sont la principale source de revenus.

Lors d'une réunion du Conseil de coordination économique du cabinet iranien, le 6 décembre 2020, le Président Rouhani a assuré que le pays était prêt à reprendre rapidement le rythme de production antérieur: «Avec la mise en œuvre de l'accord et la levée des sanctions, nous avons pu augmenter les ventes de pétrole à plus de deux millions de barils par jour en peu de temps. Et nous sommes toujours prêts aujourd'hui à augmenter rapidement la production de pétrole», a -t-il déclaré.

Téhéran veut la monnaie de sa pièce

Du côté iranien, l’humeur est à la revanche, selon Pierre Fabiani. De nombreux pays ont profité de la chute de la production iranienne. Le recul de l’offre iranienne a soutenu le prix du baril.     

«Les Iraniens ont tout intérêt à agiter le spectre d’un retour à une production pré-sanctions. Les autres membres de l’OPEP savent très bien qu’ils ont profité de la présence limitée de l’Iran sur le marché ces dernières années, sinon le baril serait à des niveaux inférieurs», ajoute le spécialiste des hydrocarbures.

À titre d’exemple, Pierre Fabiani évoque l’exploitation du gaz de schiste américain. Celui-ci n’aurait jamais été rentable «sans l’absence iranienne des marchés.» Et ce, du fait des coûts importants de son extraction. Une variable que l’Administration Biden intégrera donc très certainement lors de la reprise de contact avec Téhéran.   

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Tags:
prix du pétrole, pétrole, JCPOA, Iran
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