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Alors qu’il ne reste que quelques jours à l’Administration Trump, la diplomatie américaine vient de replacer Cuba sur la liste noire des «États soutenant le terrorisme». Pour Christophe Ventura, spécialiste de l’Amérique latine à l’IRIS, cette décision est principalement fondée sur des raisons de politique intérieure.

L’axe du Mal retrouve l’un de ses membres historiques. Mike Pompeo a annoncé ce 11 janvier la réinscription de Cuba sur la liste noire des «États soutenant le terrorisme», plus de cinq ans après l’avoir quitté.

Le chef de la diplomatie américaine a justifié cette décision, lourde de conséquences, en accusant La Havane d’avoir «apporté son soutien de manière répétée à des actes de terrorisme international en donnant refuge à des terroristes.» Rejoignant l’Iran, la Corée du Nord et la Syrie, Cuba a réagi par la voix de Bruno Rodriguez, son ministre des Affaires étrangères, qui a dénoncé l’«opportunisme politique» de l’Administration Trump, neuf jours avant la fin de mandat de l’exécutif Républicain.

Cuba, désormais une «patate chaude» pour Biden

Alors que le mandat de Donald Trump s’achève dans un climat de fortes tensions, le Président sortant «laisse derrière lui un champ de mines pour son successeur», constate Christophe Ventura, spécialiste de l’Amérique latine à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Une décision qui obligera Joe Biden «à se dépêtrer d’une patate chaude» en rouvrant «des discussions complexes au niveau du Congrès».

Le Président élu Démocrate, qui devrait prendre officiellement ses fonctions le 20 janvier, affirmait durant la campagne électorale qu’il procéderait rapidement à «l’élimination des restrictions de Trump sur les transferts d’argent et les voyages» qui nuisent aux Cubains. Ils vont devoir patienter. Le département d’État devra engager tous ses moyens d’analyse afin de pouvoir déclarer que le pays n’a pas eu de liens terroristes au cours des six derniers mois.

«Sur Cuba, Biden était l’homme –avec Obama– qui a accompagné et mis en place la fameuse normalisation des relations avec Cuba. Biden était vraiment l’architecte de cette normalisation, donc lui faire ce coup maintenant, c’est vraiment personnel vis-à-vis de Biden», estime le spécialiste.

Le sujet reste «sensible» chez les Républicains, mais également chez les Démocrates, où perdure «une aile dure des Démocrates, très anti-Cuba». Si le Sénat et la Chambre des Représentants sont tous deux Démocrates, Joe Biden aura «du mal à revenir sur ce retrait de la liste», qui ne fait même «pas l’unanimité» dans son propre camp. «Trump lui laisse ses boules puantes pour commencer son mandat», réitère Christophe Ventura.

Trump «respecte sa parole jusqu’au bout»

Mais il s’agit également pour le faucon Mike Pompeo et pour Donald Trump de montrer qu’ils n’auront «rien cédé à Cuba». Au contraire, le Président américain sortant est «sur une ligne dure» pour des raisons de politique intérieure, notamment vis-à-vis de la Floride, remportée «au grand dam de Biden». Adopter une posture agressive à l’encontre de Cuba et du Venezuela de Nicolas Maduro lui a permis d’«attirer vers lui» le vote des Cubains et des Vénézuéliens anticastristes et anti-Maduro sur place. En se montrant «intraitable», Donald Trump aura ainsi «rempli ses objectifs, respecté sa parole jusqu’au bout.»

«Trump se prépare déjà avec ça à la prochaine bataille politique intérieure, conserver ses forces pour être un Président extra-institutionnel. Dans cette optique, il se prépare déjà aux élections “midterm”, dans deux ans» prévoit Christophe Ventura.

«Il va continuer à pourrir le mandat de Biden», poursuit-il. Le spécialiste note tout de même que la «radicalisation sur Cuba et le Venezuela» est plutôt tardive dans le mandat Trump. Durant sa campagne en 2016, le candidat Républicain n’a jamais dit «un mot de Cuba ou un mot du Venezuela». Ce n’était pas un sujet à l’époque.

Mais très rapidement, coincé dans des impasses en Syrie et en Corée du Nord, Donald Trump a eu besoin de «victoires en matière de politique étrangère» et de se différencier des huit années du mandat Obama, qui auraient «dilapidé le leadership américain». C’est ainsi que «Cuba et le Venezuela ont servi à Trump de têtes de Turc faciles» en reprenant à son compte la méthode américaine du changement de régime.

Terrorisme et Narco-État

Mais sur le fond, est-ce réellement une annonce fondée sur des faits? Le chef de la diplomatie américaine accuse ainsi le gouvernement cubain d’avoir «nourri, logé et soigné pendant des années des meurtriers, des artificiers, des pirates de l’air.» Mike Pompeo a ainsi invoqué le refus de La Havane d’extrader vers la Colombie dix chefs de l’Armée de libération nationale (ELN). Pour Christophe Ventura, non seulement cette décision n’a «aucune pertinence», mais elle est «loufoque». Son rôle de médiation entre les guérillas marxistes et le gouvernement colombien a été souligné ainsi que sa proximité avec le Venezuela considéré par Trump comme un narco-État. Qu’est-ce qu’être terroriste?

«Narcotrafic, terrorisme, c’est la même matrice pour Trump. Ça doit lui suffire pour justifier cette réinscription à la liste, qui est assez ridicule sur le fond. Les liens entre Cuba, les guérillas latino-américaines, les liens de Cuba avec des mouvements de lutte armée pour l’indépendance nationale dans le monde entier lui ont valu d’être assimilé à un État soutenant le terrorisme. C’est la perception américaine du sujet», conclut le spécialiste de l’Amérique latine à l’IRIS.

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Tags:
terrorisme, sanctions, Fidel Castro, Joe Biden, Donald Trump, Nicolas Maduro, États-Unis, Cuba
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