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Au cinquième anniversaire du pacte migratoire UE-Turquie, négocié alors que le Vieux Continent connaissait le plus important afflux de demandeurs d’asile depuis la Seconde Guerre mondiale, le président du comité des travailleurs migrants de l’Onu fait part de sa déception quant à l’implémentation de l’accord par la partie européenne.

En 2015, quand plus d’un million de demandeurs d'asile sont venus en Europe, l’UE a tenté de remédier au problème en concluant en mars 2016 un pacte migratoire avec la Turquie dont les conditions semblaient favorables pour les deux parties. Aujourd’hui, cinq ans après la signature du document, Can Ünver, président du Comité pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, interrogé par Sputnik, se dit insatisfait de l’implémentation de l’accord.

«Si vous regardez cet accord du point de vue des pays européens, leur but principal était d’à tout prix forcer Ankara à contenir les réfugiés sur son territoire», a-t-il déclaré à Sputnik en ajoutant que la Turquie était considérée par l'Occident comme une sorte de «salle d'attente» pour les migrants et que cette approche était inacceptable.

Et d'estimer qu'au lieu d'agir ensemble en vue de régler le problème, l'Occident a choisi d'imposer ses conditions à Ankara.

Six milliards d’euros et la libéralisation du régime des visas

D’après la déclaration du 18 mars 2016, toujours disponible sur le site du Conseil européen, «tous les nouveaux migrants en situation irrégulière qui partent de la Turquie pour gagner les îles grecques à partir du 20 mars 2016 seront renvoyés en Turquie». En échange, l’Europe a promis à la Turquie la modernisation de l'union douanière et l’accélération du processus d’adhésion à l’Union, qui peine à bouger depuis déjà une trentaine d’années. Cette dernière idée semble assez tôt, surtout après le coup d’État manqué en juillet 2016, avoir passé à la trappe. En 2019, le Parlement européen a voté pour la suspension des négociations avec Ankara au sujet de l’adhésion. 

Mais ce n’est pas tout: dans le cadre du pacte, la libéralisation du régime des visas pour les Turcs  - comme le fait noter M.Ünver, question qui n'a aucun rapport avec la migration -  ainsi qu’un total de six milliards d'euros d’investissements, «alloué au titre de la facilité en faveur des réfugiés en Turquie» était également prévus. Le financement européen, dont la Turquie affirme qu’il en manque une bonne partie, est d’ailleurs le point qui attire le plus les foudres de M.Ünver.

«L'UE insiste sur le transfert de fonds via des organisations non gouvernementales, et ce sont principalement des structures européennes. Cela revient à transférer de l'argent d'une poche à l’autre», a-t-il estimé en parlant des moyens de l'octroi de cette aide. Il rappelle en outre que si un dixième des réfugiés se trouvant en Turquie s'étaient retrouvés sur le Vieux Continent, les Européens auraient eu à dépenser pas moins de 40 à 50 milliards d'euros. «Certes, l'UE ne pense pas débloquer un tel montant pour la Turquie».

L’UE a pour sa part informé en 2019 que les six milliards d'euros, prévus dans le cadre du dispositif qui doit financer différents projets visant à aider les migrants sur le sol turc, avaient été «pleinement mobilisés», dont 4,3 «ont été contractés» et 2,7 «déboursés».

À ce jour, la Turquie demande que le pacte de 2016 soit révisé pour qu’il prenne en compte les changements qui ont eu lieu au cours des cinq années écoulées.

La crise migratoire

La Turquie a en effet été l’acteur clé dans la résolution de la crise des migrants qui s’est avérée un vrai défi pour l’UE. Il est à noter que parmi les trois routes principales qui mènent les migrants en Europe – occidentale depuis le Maroc, centrale depuis la Libye et orientale depuis la Turquie, c’est cette dernière, acheminant en Grèce, qui a porté le fardeau le plus lourd en 2015. D’après les données de Frontex, plus de 880.000 personnes en 2015 et près de 182.000 en 2016 l’avaient empruntée pour venir en Europe.

Cette crise a par ailleurs été une vraie épreuve pour la solidarité européenne. Le règlement de Dublin, le seul mécanisme migratoire de l’UE en fonction à l’époque, prévoyait notamment que le pays où le migrant a pour la première fois mis les pieds doit traiter sa demande d’asile. Ainsi la pression a été mise principalement sur des pays tels que l'Espagne, l'Italie et, bien évidemment, la Grèce. Ce n’est qu’en 2020 que, à l’intention de la nouvelle présidente de la Commission européenne, le règlement de Dublin a été modifié et qu’un «mécanisme de solidarité obligatoire» a été proposé.

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Tags:
Turquie, crise migratoire, migration, UE
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