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«Sofagate»: un incident protocolaire UE-Turquie (9)
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La Turquie ne cherchait pas à lancer une pique à l’UE ni à se montrer sexiste lorsqu’Ursula von der Leyen a dû s’asseoir sur un canapé alors qu’Erdogan et Charles Michel avaient pris place dans des fauteuils, disent des diplomates à Libération. Ankara affirme avoir appliqué le protocole, Bruxelles n’est pas tout à fait d’accord.

En donnant une place sur le canapé à Ursula von der Leyen au lieu de lui proposer un fauteuil à côté de Charles Michel et Recep Tayyip Erdogan, Ankara n’avait aucune intention de mettre le feu aux relations turco-européennes ni de faire preuve de sexisme, mais a simplement appliqué les règles protocolaires «à la lettre», explique un diplomate auprès de Libération.

Comme l’UE et la Turquie s’efforcent d’améliorer leurs relations, «on ne voit pas très bien quel aurait été l’intérêt d’Erdogan d’humilier la présidente de la Commission alors que, en tant qu’Allemande proche d’Angela Merkel, elle est sa meilleure alliée», détaille l’un de ses collègues, toujours auprès du quotidien.

«S’il avait voulu faire passer un message, Michel, considéré comme un homme de paille de la France, aurait été plus indiqué», conclut-il.

Selon les dires d’un témoin, le Président turc a de l’intérêt à se rapprocher des Européens «au moment où les États-Unis ne sont plus prêts à accepter son expansionnisme agressif, que son économie périclite et qu’il est en difficulté sur la scène politique intérieure».

Manifestation de sexisme?

De même, il n’est pas question de l’humiliation d’une femme, «c’est mal au contraire», car «il a montré qu’il n’avait aucun problème à traiter avec des Occidentales». En plus de cela, «Erdogan s’est montré tout à fait charmant et prévenant tout au long de cette visite», poursuit un témoin.

Explication possible

Libération se réfère à «un accord interinstitutionnel» du 1er mars 2011 portant sur un ordre protocolaire identique à celui de la République française. En conformité avec cette règle, le président du Parlement européen vient en premier, suivi du président du Conseil européen, de la présidence tournante du Conseil des ministres et, enfin, du président de la Commission.

En cas de mission des présidents du Conseil européen et de la Commission dans des pays tiers, c’est le premier qui est le chef de la délégation, pas le second, explique le quotidien.

Position turque

Mevlut Cavusoglu, le ministre des Affaires étrangères qui était assis mardi sur un autre canapé en face d’Ursula von der Leyen, a déclaré ce 8 avril aux journalistes que la disposition des sièges était conforme au protocole international et que la Turquie faisait l'objet «d'accusations injustes».

«La Turquie est un État profondément enraciné, ce n'est pas la première fois qu'elle accueille un invité. Le protocole suivi pour les réunions en Turquie s'inscrit dans le cadre du protocole international. La même chose a été faite ici aussi», lance-t-il.

«Le protocole de la présidence a répondu aux demandes de la partie européenne. En d'autres termes, la disposition des sièges a été conçue pour répondre à leurs demandes et suggestions», a ajouté le chef de la diplomatie turque.
Point de vue de Bruxelles

L’application du même rang protocolaire est requise pour les présidents des deux institutions, a fait savoir le porte-parole de Mme von der Leyen, Éric Mamer. «Surprise» par cet incident, elle a néanmoins décidé «de passer outre et de donner la priorité à la substance», poursuit-il. Tout en attendant «d'être traitée selon les règles protocolaires».

Dans le même temps, le Conseil européen, l'organe représentant les États membres, a indiqué que son président avait la préséance sur la Commission pour le protocole international, souligne l’AFP.

La situation a été commentée par Charles Michel au lendemain des faits.

«L'interprétation stricte par les services turcs des règles protocolaires a produit une situation désolante: le traitement différencié, voire diminué, de la présidente de la Commission européenne», écrit-il sur son compte Facebook.

Accusé par certains de ne pas avoir réagi sur place, le président du Conseil européen s’est expliqué:

«Les quelques images qui en ont été diffusées ont donné l'impression que j'aurais été insensible à cette situation. Rien n'est plus éloigné ni de la réalité, ni de mes sentiments profonds. Ni enfin des principes de respect qui me paraissent essentiels».

Les deux présidents ont tout de même choisi de ne pas déclencher «un incident public», ajoute-t-il.

Dossier:
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Ursula von der Leyen, Recep Tayyip Erdogan, Charles Michel, Ankara, Turquie
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