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Alors qu’Ankara n’a toujours pas annoncé ses mesures face à la reconnaissance par Washington du génocide arménien, des voix s’élèvent en Turquie pour interdire les bases militaires du pays aux Américains. Comment l’élite politique réagira-t-elle? Avis d’experts.

Cette semaine, plusieurs villes turques -dont Istanbul, Ankara et Adana- ont été le théâtre d’actions de protestation orientées contre la reconnaissance par Joe Biden du génocide du peuple arménien en 1915. En représailles, les protestataires ont appelé leurs gouvernants à fermer aux États-Unis les bases militaires du pays, dont celle d'Incirlik qui sert de centre de coordination important d’opérations américaines au Proche-Orient. Est-il possible qu’Ankara saute le pas?

Il est temps, juge Ceyhun Bozkurt, observateur politique turc et auteur de plusieurs recherches sur les relations entre les deux États. Commentant la situation, il constate que l’un des piliers de l’indépendance de la Turquie réside dans les démarches entreprises en matière de politique étrangère.

«Dans ce sens, nous avons des problèmes fondamentaux et des tensions dans les relations avec les États-Unis. C’est justement Washington qui adopte une position anti-turque sur plusieurs questions clés, allant d’embargo au soutien prêté lors de coups d’États militaires», explique-t-il au micro de Sputnik.

Et de ponctuer que le temps est venu de bâtir des relations plus indépendantes entre les deux pays. Dans ce contexte, il s’exprime en faveur de l’évolution des rapports entre ces États, qui peuvent aujourd’hui être qualifiés de «chef-subordonné», vers ceux existant entre deux pays indépendants.

«Je suppose, qu’il temps de restituer les bases données en jouissance aux militaires de l’Otan et des États-Unis, notamment celle d’Incirlik et de Kurejik, les nationaliser littéralement», a-t-il insisté.

Aucun changement à attendre?

Beyazit Karatas, général turc à la retraite, estime pour sa part qu’Ankara n’ira pas jusqu’à la fermeture des bases aux Américains.

«Je pense que d’ici juin, où est prévue une rencontre entre les dirigeants turc et américain, aucun changement de l’ordre du jour politique, tel que la fermeture de la base d’Incirlik ou le retrait des accords sur la coopération militaire avec les États-Unis, n’aura lieu. Après, une nouvelle feuille de route est possible, mais tout dépendra des négociations entre Erdogan et Biden», estime-t-il.

Cependant, souligne-t-il à Sputnik, des choses comme l’accusation de génocide ne s’oublient pas et certes, cela aura un impact sur la coopération militaire entre les deux pays.

Reconnaissance officielle US du génocide arménien

Le 24 avril 2021, le jour de la commémoration des victimes du génocide du peuple arménien en 1915, l’actuel occupant de la Maison-Blanche a écrit dans un communiqué que «les Américains honor[ai]ent tous les Arméniens ayant péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd’hui». C’est le premier Président des États-Unis à le reconnaître.

Les États-Unis ont ainsi emboîté le pas à une trentaine de pays, dont la France, la Russie, l’Allemagne, l’Italie, le Canada, mais aussi l’Argentine, le Brésil ou encore le Liban et la Syrie.

Si l’Arménie n’a pas caché se réjouir de cette nouvelle, Ankara a parlé d’une «grave erreur».

Dans la foulée, l’ambassade et les consulats des États-Unis en Turquie ont annoncé leur fermeture en début de semaine par mesure de précaution.

Base d’Incirlik

Ceyhun Bozkurt rappelle que la base en question avait été ouverte pendant la guerre Froide sur fond de l’adhésion de la Turquie à l’Otan. En 1980, Washington et Ankara ont signé un document portant sur la coopération militaire et économique qui sert de base fondamentale à la présence américaine à Incirlik. Elle a été utilisée pour un grand nombre d’opérations aussi bien pendant les années de la guerre Froide que plus tard.

«Il est connu que la base a été utilisée lors d’opération antiterroristes contre Daech* et joue, en outre, un rôle actif dans le cadre de l’accomplissement des tâches de l’Otan».

Actuellement, rappelle l’expert, la base accueille quelque 1.500 militaires américains et des avions, dont les A-10, F-15 et F-16.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Tags:
Incirlik, États-Unis, Turquie
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