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    Une mosquée de Vienne

    Un modèle européen de l’islam ?

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    Le défaut de représentativité semble être vraiment une carence pour l'islam moderne. Il a compris que l'Europe ne le voit qu'en tant qu'ennemi historique ou encore la religion des violents poseurs de bombes semant la terreur et la désolation.

    A mon corps défendant, je constate que de tout temps, l'islam a eu des relations plutôt houleuses, tumultueuses et déréglées avec le Vieux-Continent. Un sentiment d'amour-haine ponctué d'emprunts culturels s'instaura depuis des siècles. S'il est vrai que Charles Martel écrasa l'avancée des troupes musulmanes et qu'il fallut plus de 200 ans pour organiser la Reconquista du territoire français, sans parler de 800 ans sur la Péninsule Ibérique, il est également vrai, néanmoins, que les Européens ont appris la culture au Proche-Orient. Au Moyen-Age, les pays arabes du Croissant d'Or et la Turquie métropolitaine étaient nettement plus avancés par rapport aux Etats d'où vinrent les croisés.

    A mon sens, de nos jours, il est inutile de remettre sur le tapis l'ardoise des griefs respectifs par chaque grande religion, surtout une religion impériale. Le catholicisme et l'islam ont toujours cherché à convertir les territoires tombés sous leur emprise. L'époque des grandes découvertes en Europe ou encore les guerres napoléoniennes le prouvent de façon inébranlable. Et quoi qu'on en dise, le seul moyen d'éviter la guerre est de chercher à tisser une toile de relations entre les anciens belligérants sinon ce sera la langue des canons. Je renvoie dans le Sud-Est ukrainien ceux qui sont désireux d'en contempler les conséquences. Là-bas deux peuples-frères parlant quasiment la même langue et pratiquant la même religion se livrent une guerre sans merci qui, par son âpreté, ferait pâlir d'envie la Seconde Guerre Mondiale.

    Donc si l'islam est bel et bien en Europe, autant essayer de le rendre compréhensible à la plupart d'Européens. Il est vrai que la version dure de la religion à la bannière verte ne tolère aucune cohabitation pacifique avec les mécréants. Mais il est également vrai que la religion est véhiculée par des personnes physiques qui ont tendance à évoluer.

    Les derniers événements liés au drame de Charlie Hebdo n'ont pas été appréhendés de la même façon par les opposants c'est-à-dire ceux qui revendiquent le patrimoine national gaulois et les nouveaux Français musulmans qui sont tout de même métropolitains depuis trois générations au moins. Les musulmans ont compris que leur droit à exercer leur religion n'est pas automatiquement perçu comme tel par une grande partie de leurs concitoyens non-musulma ns. Pour eux, la liberté signifie le respect de leur religion: « Ne vous moquez pas de moi! Ne vous mêlez pas de mes affaires et on vivra en paix! » Or, Charlie Hebdo a prétendu, au nom de la liberté, marcher sur les platebandes d'autrui avec une réaction qui ne s'est pas fait attendre.

    Le seul effet que cela a généré, semble être une subite prise de conscience par un islam pacifique qui, avant, préférait se taire timidement. Ali Dany, rédacteur en chef du Journal de Forkane, en semble être l'un des porte-paroles:

    Ali Dany. Est-ce qu'il existe un modèle européen de l'islam? Compte tenu du fait qu'en Europe l'islam est implanté depuis des décennies: je parle notamment de l'immigration maghrébine en France — Maroc, Algérie, Afrique Subsaharienne… En Angleterre, on a plutôt des musulmans qui arrivent du Moyen-Orient et de l'Inde, peut-être, ou du Bangladesh, etc. En Allemagne, on a des musulmans venus de Turquie, avec aussi une forte communauté kurde. Comme quoi c'est assez hétérogène. Nulle part on a l'islam pratiqué de la même manière.
    Pour parler du modèle musulman européen, il est clair que les musulmans d'Europe sont ici depuis très longtemps. Et l'un des défis auxquels les musulmans doivent faire face en Europe est l'absence de l'autorité qui puisse être entendue et défendre les intérêts des musulmans. Force m'est de constater qu'il y a très peu d'organisations capables de faire entendre la voix des musulmans. En France, il y a la tentative avec le Fameux Conseil Français de Culte Musulman. Mais il faut dire que l'immense partie des musulmans français ne se sentent pas représentés par cette institution créée par le gouvernement précédent de M.Sarkozy!

    Le défaut de représentativité semble être vraiment une carence pour l'islam moderne. Il a compris que l'Europe ne le voit qu'en tant qu'ennemi historique ou encore la religion des violents poseurs de bombes semant la terreur et la désolation. Il est curieux que l'Europe se soit tournée du côté russe pour observer comment les Russes s'en sortent. En même temps, les musulmans européens veulent, eux aussi, avoir un moment de réflexion sur le modèle d'une société russe où les musulmans, quoique minoritaires, représentent une communauté respectée et avec ses propres points de repère, villes et sanctuaires dont Kazan (ensemble avec les Orthodoxes) ou Grozny, en Tchétchénie.

    Il serait à attendre que demain le modèle musulman rédigera son propre code, élaborera des règles et demandera leur reconnaissance au niveau de Bruxelles. Et je ne peux dire que rien ne présageait un tel scénario. Il est clair que l'islam européen se cherche et essaie de créer son biotope qui peut, bien sûr, gêner ses voisins de palier. Mais il faudra vivre avec! Sinon l'Europe risque une opposition ouverte avec ses 25 millions d'Européens musulmans qui, à titre de citoyens européens, ont voix au chapitre. La moindre des choses serait ne pas ignorer leur existence, mais, à l'instar de Sarko, pousser l'initiative de l'ancien Président de la République encore plus loin pour intégrer l'islam pacifique dans la société et, ensuite, demander à la communauté musulmane de mettre un peu d'ordre dans leurs quartiers de résidence.

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