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Le long feuilleton du Brexit n’en finit plus d’exacerber les tensions au Royaume-Uni. Celui-ci est prévu le 31 janvier si le gouvernement de Boris Johnson parvient à remporter les élections législatives organisées le 12 décembre. Le représentant du parti conservateur à Paris, Jeremy Stubbs, a répondu à nos questions.

Les élections législatives de la dernière chance pour le Brexit? Un nouveau scrutin s’annonce pour les Britanniques ce 12 décembre et le Premier ministre sortant, le conservateur Boris Johnson, est crédité de la majorité par les sondages. Pourtant, le résultat pourrait s’avérer serré dans de nombreuses circonscriptions, le gouvernement étant contesté pour ses politiques austéritaires massives depuis quelques années. 

Si la droite n’obtenait pas la majorité absolue, le parti travailliste, dirigé par Jeremy Corbyn, pourrait en profiter pour passer alliance avec notamment les indépendantistes écossais du SNP, et ainsi atteindre le 10, Downing Street. Un parti qui est lui aussi plutôt mal en point, entre son ambiguïté sur le Brexit, les divisions sur la stratégie très à gauche de son leader très porté sur les nationalisations et des accusations d’antisémitisme à son encontre.

Depuis juin 2016 et la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne, la crise politique n’en finit pas de durer, au point d’avoir épuisé la précédente dirigeante tory, Theresay May. Celle-ci avait déjà convoqué des élections en 2017 pour asseoir sa légitimité et pouvoir mettre en œuvre le Brexit. En vain. La formation politique conservatrice abat-elle sa dernière carte?

Après trois reports du Brexit, celui-ci est finalement prévu le 31 janvier. Sputnik a interrogé le chef du parti conservateur à Paris, Jeremy Stubbs, qui estime la situation politique très incertaine, jugeant en outre que ces élections symbolisent finalement un second référendum sur le Brexit.

Sputnik France: Boris Johnson est donné largement en tête des sondages. Pensez-vous qu’il est en mesure de remporter la majorité absolue?

Jeremy Stubbs: «Il est en mesure, c’est sûr. Est-ce qu’il le fera? C’est autre chose. C’est parfaitement concevable et possible. Les sondages donnent des réponses différentes, donc pour le moment, nous ne savons pas s’il aura une majorité absolue ou si ce sera très serré. S’il a 10-12 % d’avance sur les travaillistes, c’est très prometteur. Mais tous les sondages ne lui donnent pas autant de points d’avance. Et comme vous le savez, le grand problème au Royaume-Uni, c’est qu’il y a une élection à un seul tour. Comme il y a le système first past the vote [scrutin majoritaire uninominal à un tour, ndlr], tout dépend de la distribution des votes. C’est là où ça reste très incertain. Il y a beaucoup de suspense.»

Sputnik France: Si les Conservateurs l’emportent, quel serait le calendrier du Brexit?

Jeremy Stubbs: «Ça, c’est très clair. L’accord de retrait sera promulgué avant le 31 janvier. Sur le papier, le Royaume-Uni quittera l’Union européenne à cette date. Mais en même temps, ce sera le début des négociations pour les relations futures.»

Sputnik France: Quels sont les rapports de forces politiques sur le Brexit?

Jeremy Stubbs: «C’est très difficile de savoir pour les travaillistes, parce qu’ils sont contradictoires. Nous savons que dans tous les partis, il y a des députés qui sont individuellement pour ou contre. Mais ce qui compte évidemment, c’est la politique officielle du parti. Pour les travaillistes, M. Corbyn lui-même veut rester officiellement neutre. Comme ils se présentent comme le parti d’un deuxième référendum, tout porte à croire que c’est un parti du Remain, donc ils auront tout loisir, si l’occasion se présente, de faire une coalition avec les Lib-Dems et avec les nationalistes écossais.» 

Sputnik France: Ces élections représentent-elles finalement un nouveau référendum sur le Brexit?

Jeremy Stubbs: «Oui. Ces élections sont à la fois des élections qui portent sur des questions importantes, notamment le système de santé, mais c’est aussi un deuxième référendum sur le Brexit. Et à mon avis, c’est le seul second référendum qui soit possible.»

Sputnik France: La seconde thématique de cette campagne électorale, c’est le social. Quel est le bilan économique des Conservateurs au pouvoir depuis neuf ans?

Jeremy Stubbs: «On peut toujours se plaindre de quelque chose, mais les conservateurs sont au pouvoir depuis 2010. Il n’y a pas de critique dévastatrice de notre gestion de l’économie. Sinon, les travaillistes auraient fait plus de progrès. M. Johnson a déjà commencé à mettre fin à cette politique austéritaire.»  

Sputnik France: Comment expliquer le positionnement très à gauche du Labour? Que pensez-vous des accusations d’antisémitisme à l’encontre de Jeremy Corbyn?

Jeremy Stubbs: «Je sais que ça fait peur à beaucoup d’électeurs modérés. Il avait réussi un peu à maintenir une image de “vieux papi sympa”, mais tout le monde sait qu’au fond, ses politiques sont très extrémistes, que les promesses qu’il fait nécessiteraient des fonds et des crédits que nous n’avons pas. Donc je pense qu’il a un problème de crédibilité.

Au sujet de l’antisémitisme, ce qui est sûr, c’est que son attitude a encouragé ces actes antisémites et je crois que cette fois, la plupart des gens ont compris comment il est. Des commentateurs au Royaume-Uni reconnaissent qu’il est responsable, en quelque sorte, de ce climat antijuif dans son parti, mais en même temps, s’il peut mettre fin au Brexit, ce serait un moindre mal. C’est un argument que l’on entend parfois. Je ne le trouve pas du tout convaincant.»

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Theresa May, Jeremy Corbyn, Boris Johnson
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