Interviews
URL courte
Par
241648
S'abonner

Après son échec face à Hillary Clinton, Bernie Sanders peut-il, cette fois-ci, remporter la primaire démocrate? Le cas échéant, pourrait-il barrer la route à Donald Trump? Jeune bénévole français de la campagne de Sanders en 2016, Clément Pairot, auteur de «Démocrazies» répondait à nos questions.

Rares sont les témoignages de Français participant à des campagnes électorales à l’étranger. C’est pourtant le cas de Clément Pairot, auteur d’un ouvrage sur les élections américaines, Démocrazies, un frenchie dans la campagne de Bernie Sanders, édité conjointement par Max Milo et Qui mal y pense. Le jeune homme a participé de l’intérieur à l’ensemble des primaires démocrates en 2016, qui ont finalement consacré Hillary Clinton. Bénévole en Iowa, au Nevada ou encore en Californie, le militant pro-Sanders a pu retranscrire ces mois de campagne acharnée, entre un traitement médiatique défavorable et un système démocratique interne qui laisse à désirer. Néanmoins, celui-ci estime que Bernie Sanders a remporté la bataille idéologique, au sein du Parti démocrate, ce qui porte ses fruits pour le scrutin de cette année. Après avoir gagné le New Hampshire et perdu d’un cheveu l’Iowa, le candidat de l’aile gauche fait figure de favori pour l’investiture démocrate.

Retrouvez cet entretien sur notre page YouTube Sputnik France

Qu’est-ce qui a changé depuis 2016 au sein du Parti démocrate? Les Clinton ne sont plus aux commandes et les modes de scrutin ont été modifiés afin de plus privilégier tel ou tel candidat soutenu par le Parti. Clément Pairot ne se montre pas tendre avec la candidate démocrate qui a perdu, le 9 novembre 2016, contre toute attente, face à Donald Trump.

Il pourfend sa «personnalité clivante», «imbue d’elle-même» et «prétentieuse», auteur d’une «campagne médiocre», «structurellement faible dans les swing states». «Ils [les Clinton, ndlr] ont amené un déni de démocratie en 2016 au sein du Parti démocrate».

L’auteur de Démocrazies dénonce la différence de traitement du Parti démocrate, vis-à-vis des deux candidats. Il évoque même «un système qui est corrompu», les cartes étant jouées d’avance. D’abord le problème des délégués: «Hillary Clinton partait avec 200-400 délégués d’avance». Puis aussi un exemple très frappant de ce déséquilibre dont Donna Brazile, ancienne dirigeante du Parti, a longuement parlé:

«Pour les débats en face à face avec Bernie Sanders, Hillary Clinton avait les questions qui lui étaient envoyées en avance par les journalistes. Bernie Sanders n’avait évidemment pas ce privilège. Donna Brazile a décrit un accord financier avantageux. Quand Hillary Clinton faisait des levées de fonds, il y avait une répartition de la somme finale avec le Parti. En contrepartie, elle avait le droit de valider ou pas les embauches à certains postes clés.»

Ensuite, la focalisation sur Donald Trump et ses outrances n’a pas aidé à produire un message rassembleur. Clément Pairot se remémore ainsi la campagne démocrate de 2016 fascinée par le candidat investi par les Républicains: «Attention à Trump», «Trump est méchant», «Trump est raciste» ou encore «Trump est sexiste». Le temps de parole médiatique qui lui a été consacré durant la campagne présidentielle, par rapport aux autres prétendants, est saisissant:

«Bernie Sanders a quatre fois moins de temps d’antenne qu’Hillary Clinton, et Hillary Clinton a quatre fois moins de temps d’antenne que Donald Trump. Est-ce que c’est une démocratie quand l’un des candidats à l’élection présidentielle a 16 fois plus de temps d’antenne qu’un autre?»

Le jeune bénévole dénonçait initialement les médias mainstream d’abord américains puis français qui adoptaient un ton critique envers Bernie Sanders. Le correspondant de Libération aux États-Unis, Frédéric Autran, qui préface l’ouvrage, en prend initialement pour son grade. Reconnaissant pour sa part, quelques années plus tard, un biais militant, Clément Pairot insiste toutefois sur ce «biais médiatique qui existe aussi» en France.

«Bernie Sanders a été immédiatement marginalisé, considéré comme quelqu’un qui ne pouvait pas gagner, quelqu’un qui ne pouvait pas rassembler autour de lui […]. Aujourd’hui, on peut considérer en partie que Bernie Sanders a déjà gagné puisque le salaire minimum à 15 dollars, le Green New Deal, la réflexion sur la couverture de santé, sont au cœur du débat politique. [...]Bernie Sanders rappelle qu’une majorité d’Américains vivent "live from paycheck to paycheck", c’est-à-dire n’ont pas un seul dollar […]. Est-ce que c’est ça une économie florissante où trois personnes possèdent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population américaine?»

Le livre, véritable carnet de bord d’un militant, nous fait découvrir une expérience mémorable en termes de pratiques politiques. Dans chaque campagne électorale américaine, tout est rationalisé, de l’utilisation d’une base de données «où on peut suivre réellement les électeurs un par un», aux conférences téléphoniques, jusqu’aux recrutements de bénévoles, pour réaliser du porte-à-porte ou du phoning: «la discussion que l’on mène avec quelqu’un au téléphone est particulière. Elle est conçue pour amener une personne que vous ne connaissez pas à parler politique avec vous sans gêne». Parti aux États-Unis sur un coup de tête, Clément Pairot est revenu en France avec l’idée d’utiliser ses compétences au service d’une nouvelle cause, la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.

«J’ai effectivement aidé ponctuellement à mettre en place des vidéos de formation de bénévoles, mais la campagne avait déjà été très finement pensée depuis un an.»

Lire aussi:

Le Président Aoun évoque l'hypothèse d'un «missile» ou d'une «bombe» dans la double explosion à Beyrouth
Une pétition demande un placement du Liban sous mandat français pendant dix ans
Perdu en mer, un jeune garçon survit en se rappelant les conseils d’un documentaire
«Tu finiras comme ton collègue de Bayonne»: nouvelle agression d’un chauffeur de bus au Pays basque
Tags:
Jean-Luc Mélenchon, Donald Trump, Barack Obama, Hillary Clinton, Bernie Sanders
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook