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En raison de la pandémie de coronavirus, Emmanuel Macron a décidé de retirer les troupes françaises présentes en Irak. Quelles conséquences aura ce retrait sur la situation du pays? Téhéran peut-il en profiter pour renforcer sa présence? Sputnik a demandé son analyse à Thierry Coville, spécialiste de l’Iran à l’IRIS.

Le coronavirus fait des ravages à travers le monde, dont 1.331 victimes dans les hôpitaux au 26 mars en France. Il provoque également de graves crises économiques, nécessitant d’immenses plans de sauvetage comme aux États-Unis, qui ont injecté la somme de 2.000 milliards de dollars dans les circuits financiers.

Autant d’éléments qui éclipsent les perturbations géopolitiques aux conséquences encore inconnues que provoque aussi le Covid-19. C’est le cas notamment de l’Irak, où la coalition occidentale contre Daech* a fortement réduit ses effectifs. Alors que le pays fait actuellement état de 20 morts et 233 contaminés, la France a décidé de «rapatrier jusqu’à nouvel ordre le personnel de l’opération Chammal», soit près de 200 militaires, formateurs ou appartenant à l’état-major de la coalition. Une annonce qui intervient après le retrait partiel des troupes américaines, britanniques, australiennes, espagnoles et tchèques, ce qui représente le départ de 2.500 instructeurs, soit un tiers des forces de la coalition.

​À Mulhouse, le 25 mars, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place de l’Opération Résilience: des effectifs militaires qui seront «entièrement consacrés à l’aide et au soutien aux populations». Ainsi, plusieurs facteurs ont déterminé ce retrait précipité des troupes occidentales engagées contre Daech* en Irak. Le premier, la suspension des entraînements militaires et le couvre-feu total qui ont été décrétés sur l’ensemble du territoire irakien. Le second, c’est l’aggravation de l’épidémie en Occident, qui a incité les États présents à rapatrier leurs forces sur leur propre sol. L’association SOS Chrétiens d’Orient a elle-même rapatrié la majorité de son personnel, tandis que quatre de ses humanitaires, trois Français et un Irakien, sont toujours portés disparus depuis le 20 janvier à Bagdad.

«Assurer la défaite durable de Daech*»

Il y a moins de trois mois, le 5 janvier 2020, le Parlement irakien, à majorité chiite, a demandé le départ des 5.200 soldats américains, en raison de l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani par le Pentagone. Alors que de nouvelles roquettes ont été lancées ce 26 mars sur la Zone verte, enclave ultra-protégée, soit la 26e attaque contre les intérêts américains depuis six mois, ce retrait partiel des troupes occidentales représente-t-il du pain béni pour la résurgence de Daech, mais également pour le renforcement de l’influence iranienne? Si le ministère français de la Défense assure rester «résolument engagé auprès de ses partenaires de la Coalition pour assurer la défaite durable de Daech*», la conjoncture pandémique sonne-t-elle le coup de grâce de l’influence occidentale au Moyen-Orient?

Dans sa volonté de remodeler le «Grand Moyen-Orient», c’est Washington qui a paradoxalement renforcé la position iranienne, avec l’invasion de l’Irak en 2003. Joint par Sputnik, Thierry Coville, spécialiste de l’Iran à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) confirme le caractère stratégique que revêt l’Irak aux yeux de Téhéran.

«Depuis la chute de Saddam Hussein, l’objectif très important de l’Iran, c’est d’avoir un pouvoir chiite établi en Irak. C’est un objectif stratégique de long terme, donc ça ne change pas. Le deuxième objectif martelé par les autorités iraniennes est le fait que les troupes américaines quittent la région. Même si l’influence de l’Iran a été contestée en Irak, notamment par la population, les autorités iraniennes veulent maintenir une influence en Irak. Eux visent le long terme.»

On l’a vu tout au long de la guerre contre Daech* en Irak et en Syrie, l’Iran était omniprésent au sol contre les groupes djihadistes sunnites. Mais comment expliquer cette importance vitale de l’Irak pour l’Iran?

«Ils considèrent que le danger est venu plusieurs fois de cette zone, que ce soit l’attaque de Saddam Hussein et les attaques de Daech en Syrie et en Irak. Donc ils considèrent que c’est une zone dans laquelle ils doivent avoir de l’influence.»

Le chercheur appelle toutefois à ne pas tirer de conclusions hâtives, car les États-Unis maintiennent une présence armée en Irak, mais également dans la région tout entière. Rappelons qu’en 2019, face aux tensions irano-américaines dans le détroit d’Ormuz, Donald Trump avait décidé d’envoyer des troupes supplémentaires dans le Golfe.

«L’instabilité, il est sûr que Daech* en profite»

Téhéran reste la bête noire de la Maison-Blanche et les actions des milices irakiennes pro-Iran contre les intérêts américains ne semblent pas le démentir. À tel point que certains hauts cadres de la coalition ont confié à l’AFP que ces factions représentaient un danger plus important pour leurs hommes que Daech*. Thierry Coville ne partage pas cet avis, bien au contraire:

«Si l’Iran n’avait pas été là, notamment quand ils ont aidé l’Irak à l’été 2014 à lutter contre l’invasion de Daech*, je me demande où on en serait aujourd’hui. S’il y a de l’instabilité dans la région, il est sûr que Daech* en profite. La stratégie américaine est de diaboliser et d’affaiblir l’Iran alors que c’est à mon avis le seul pays qui ait véritablement lutté contre Daech*. Très clairement, ce n’est pas très cohérent avec l’objectif affiché de la coalition de lutter contre Daech* et de ne pas créer les conditions pour que Daech* revienne.»

Pour le moment, la priorité de Téhéran n’est pourtant pas à la politique étrangère: le pays est touché de plein fouet par le Covid-19, le bilan s’élevant au 26 mars à 2.234 décès et 29.406 infectés. Selon Thierry Coville, l’épidémie aura des conséquences catastrophiques sur l’économie du pays, d’autant plus qu’il ressort tout juste d’une année de récession en 2019, avec une contraction de -9% du PIB. L’impact sera ainsi davantage ressenti en Iran du fait des sanctions économiques imposées par les États-Unis. Contrairement aux économies occidentales, le spécialiste déclare que «le gouvernement iranien n’a pas les moyens de protéger les secteurs touchés et il n’a pas les moyens de relancer l’économie juste après.»

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Qassem Soleimani, Donald Trump, Florence Parly, Emmanuel Macron
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