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Dans la nuit du 29 au 30 mai 2020, Facebook a décidé de supprimer définitivement les comptes de plusieurs utilisateurs, sans préavis. Des blogueurs, des artistes et même des hommes politiques tunisiens ont été victimes de cette mesure. Certains ont réussi à les récupérer, d’autres non. Facebook n’a donné jusque-là aucune explication.

Il arrive que le réseau social le plus suivi par les Tunisiens –plus de 7 millions de comptes– suspende des comptes d’utilisateurs, après avoir reçu un certain nombre de signalements. Il est très rare, toutefois, qu’il supprime, d’un coup, plus d’une cinquantaine de comptes, sans aucune explication.

C’est ce qui est arrivé, fin mai dernier, à un ensemble d’influenceurs tunisiens qui ont été surpris de ne plus pouvoir accéder à leurs comptes et pages sur Facebook. Ils ont reçu un message leur annonçant «qu’ils n’avaient plus le droit d’utiliser Facebook, que cette décision est finale et que le réseau social mondial ne peut pas leur fournir d’informations supplémentaires sur les raisons de cette désactivation».

La blogueuse Sarah Ben Hamadi, qui fait partie de ces influenceurs dont le compte a été supprimé, s’est interrogée dans un tweet sur les causes d’une telle décision et a publié une copie du message qu’elle a reçu.

​Haythem El Mekki, journaliste et chroniqueur à Radio Mosaïque a, lui aussi, été victime de cette campagne de suppression de comptes. Il a publié un tweet dans lequel il a exprimé son étonnement de la décision de Facebook.

​D’autres personnalités ont été touchées par cette vague de suppression de comptes, comme le député de Qalb Tounes (parti d’opposition), Oussama Khelifi ou encore l’artiste Bayrem Ben Kilani, plus connu sous son nom d’artiste, «Bendir man». Certains ont pensé que la vague a ciblé des personnages influents sur l’opinion publique.

«Mais loin de là, nuance auprès de Sputnik Haythem Mekki. Il y avait des personnes qui ne sont pas connues par le public et d’autres qui sont célèbres, mais qui n’ont pas écrit des posts Facebook depuis des mois».

L’association IWatch, qui est un "partenaire de confiance" de Facebook en Tunisie, a recensé jusque-là, plus de cinquante comptes supprimés. Et s’est retournée vers le réseau social afin d’en savoir plus sur l’affaire, mais elle n’a pas pu obtenir d’explications.

Henda Fellah, d’IWatch, indique à Sputnik qu’elle a envoyé plusieurs mails à Facebook à ce sujet:

On m’a d’abord informée qu’une investigation sera faite, ensuite que tous les comptes ont été restitués, mais sans jamais expliquer les raisons de la suppression. Jusqu’aujourd’hui, je n’ai pas reçu d’explications.

Le pire est qu’en réalité, certains utilisateurs n’ont pas récupéré leur compte. C’est ce qu’affirme Henda Fellah, mais aussi Haythem Mekki, qui dit avoir récupéré son compte Facebook, mais pas sa page.

«D’autres n’ont pas pu accéder aux pages qu’ils géraient comme administrateurs», souligne-t-il.

Nouvelle politique de vérification de Facebook

La campagne de suppression de comptes est loin d’avoir touché uniquement les Tunisiens. À la même période, des personnes d’autres pays ont été ciblées, à l’exemple de la Côte d’Ivoire, comme en témoigne ce tweet qui vient en réponse à celui de la blogueuse tunisienne Sarah Ben Hamadi.

​Reste à comprendre les raisons d’une telle décision de la part de Facebook. Certains parlent d’un bug, d’autres évoquent la nouvelle politique de vérification du réseau mondial pour lutter contre les faux comptes et la propagation des Fake news.

En effet, Facebook a annoncé le 28 mai qu’il allait procéder à une large opération de vérification des identités des personnes gérant des pages avec un large public, ainsi que de certains profils influents aux États-Unis.

«À l’avenir, nous vérifierons l’identité des personnes qui ont un comportement inauthentique sur Facebook et dont les publications commencent à devenir rapidement virales aux États-Unis. Nous voulons que les gens se sentent sûrs de comprendre qui se cache derrière le contenu qu’ils voient sur Facebook et cela est particulièrement important lorsqu’il s’agit de contenu qui atteint un grand nombre de personnes», lit-on sur le site de Facebook.

Et si la personne refuse la vérification de son compte, alors le flux vers ses publications sera réduit. Au cas où la personne est administrateur d’une page, alors elle sera dans l’obligation de fournir «une autorisation de publication de page». Si elle refuse, elle ne pourra plus publier à partir de sa page.

Toutefois, ces mesures qui interviennent à quelques mois des élections américaines, prévues en novembre 2020, et qui visent la lutte contre les faux comptes et les Fake news, semblent ne concerner que les influenceurs aux États-Unis. Or, la campagne de suppression de comptes a touché des personnes en dehors de ce pays. La piste du bug serait-elle plus plausible? Dans tous les cas, il faudra attendre une explication officielle de Facebook pour lever le mystère sur cette affaire.

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