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Téhéran accuse Israël d’être derrière la récente attaque d’un navire iranien en Méditerranée. Est-ce crédible? Ce qui est sûr, c’est que Saoudiens et Israéliens voudraient faire échouer l’accord sur le nucléaire et agitent la menace iranienne pour contraindre les Américains à rester dans la région, estime Marc Martinez, consultant en géopolitique.

Les tensions entre l’Iran et Israël ne sont plus uniquement terrestres, elles sont aussi maritimes. Vendredi 12 mars, Téhéran a accusé son ennemi d’avoir commis «un acte terroriste» contre l’un de ses cargos, l’Iran Shahr-e-Kord, en mer Méditerranée.

Cette attaque a provoqué un incendie à bord, mais n’a fait aucune victime. Selon le Wall Street Journal, il ne s’agirait pas du premier sabotage maritime israélien. Le journal américain recense une dizaine d’attaques contre des navires iraniens au cours de ces deux dernières années. Généralement, l’armée israélienne cible les vaisseaux iraniens à destination de la Syrie livrant du pétrole ou des armes. Dernièrement, un autre bateau iranien aurait été pris pour cible alors qu’il mouillait à proximité des côtes libanaises. Ces attaques supposées s’inscrivent dans un contexte d’escalade et de représailles militaires. En effet, le mois dernier, un bâtiment israélien a été endommagé par une mine ventouse non loin du détroit d’Ormuz, une action que Tel-Aviv impute à Téhéran. Aujourd’hui, «l’Iran et Israël se renvoient la balle», souligne Marc Martinez, consultant géopolitique pour de grands groupes internationaux.

«On est dans le flou. C’est déclaration contre déclaration, parole contre parole. Chacun s’accuse mutuellement et essaye de montrer ses muscles.»

L’Iran est dans un conflit asymétrique. Il n’a pas la capacité militaire de s’opposer frontalement à Israël, militairement et financièrement soutenu par Washington. Aussi Téhéran agit-il avec «prudence et mesure», estime Marc Martinez, qui est aussi l’ancien responsable du bureau Iran au sein de l’institut Delma. Or, ses ennemis israéliens, émiratis et saoudiens veulent coûte que coûte «pousser l’Iran à la faute», avance-t-il.

«La hantise» de l’accord sur le nucléaire iranien

Depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, Washington veut négocier avec l’Iran en vue d’un retour dans l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015. Ce scénario inquiète profondément ses alliés traditionnels, Riyad et Tel-Aviv en tête, qui souhaitent pour des raisons géopolitiques et économiques contenir l’influence iranienne.

«On est au plus haut niveau de tensions israélo-iraniennes. Israël et les pays du Golfe cherchent à placer des pièges sur la route des Iraniens pour empêcher les Américains de revenir dans l’accord [de Vienne, ndlr]. Les Iraniens ne veulent pas prendre de risque inutile. Ils savent très bien la ligne rouge à ne pas dépasser.»

Depuis l’assassinat du scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh en décembre 2020, imputé à Israël, les tensions sont à leur comble entre les deux rivaux régionaux. Or, l’Iran n’a aucun intérêt à répondre aux «provocations» de Tel-Aviv, plaide notre interlocuteur. Pour preuve, «lorsque les milices chiites inféodées à Téhéran ciblent les intérêts américains en Irak, ils font en sorte de ne pas faire de victime», affirme Marc Martinez. Le principal objectif de l’Iran est clair: le retour des Occidentaux dans l’accord sur le nucléaire et la levée totale des sanctions. Pour l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Israël: c’est «une hantise».

«Un retour à l’accord inquiète les Saoudiens de voir un concurrent économique avec un marché nettement plus diversifié que le leur. Pour les Israéliens, c’est la crainte de voir un Iran capable de développer son pays et d’être plus influent dans la région. C’est également un argument de campagne pour le Premier ministre israélien Netanyahou.»

Chacun y va donc de sa provocation. De plus, par l’entremise des pressions diplomatiques, ils tentent de convaincre Washington de ne pas revenir dans le Plan d’action global commun (PAGC) sur le nucléaire iranien. Les autorités israéliennes ainsi que celles du Golfe alertent les dirigeants occidentaux sur l’enrichissement en uranium de l’Iran et la probabilité qu’il obtienne l’arme nucléaire. En agitant la menace iranienne, les pays sunnites du Golfe et Tel-Aviv «font du chantage affectif» sur la nouvelle Administration américaine, estime le spécialiste des questions iraniennes.

Israël et le Golfe ne veulent pas d’un désengagement américain

En filigrane, leurs pressions et provocations contre l’Iran ne cherchent pas uniquement à faire «capoter» les futures négociations, mais aussi à persuader «les Américains de rester dans la région», affirme Marc Martinez. Cette alliance tripartite entre les monarchies du Golfe, Israël et les États-Unis n’aurait de justification que si l’Iran s’avérerait menaçant.

«Téhéran a répété à maintes reprises que les pays du Golfe sont des voisins et non des ennemis, contrairement à Israël», soulignait à notre micro Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (CARAPS). Malgré tout, Benny Gantz, ministre israélien de la Défense, cherche à rallier les pays du golfe dans une alliance militaire pour stopper l’Iran, lequel est finalement «une sorte de croquemitaine pour créer une alliance multiforme», estime le consultant en géopolitique.

«Les pays du Golfe, jouent la surenchère. L’Iran a une politique perturbatrice dans la région, mais on en a besoin pour faire une alliance contre nature, c’est un facteur liant, un pays qui arrive à fédérer une alliance hétérogène [avec Israël et les États-Unis, ndlr].»

Les accords d’Abraham, signés en septembre 2020 et normalisant les relations entre les Émirats, Bahreïn et Israël, visaient à pacifier les relations entre les pays du Golfe et l’État hébreu. Une telle désescalade permettait à Washington de se désengager du Moyen-Orient pour se tourner vers l’Est… Or, ni les pays du Golfe ni l’État ne semblent résolus à «être orphelins» de Washington: selon Marc Martinez, ceux-ci redouteraient le fameux «pivot asiatique» entamé sous l’ère Obama.

Ainsi l’Iran aurait-il, en définitive, permis une véritable alliance entre certains pays arabes et Israël. En surestimant ses capacités militaires, Téhéran servirait de prétexte à une montée des tensions et donc au maintien des forces américaines dans la région, accuse notre interlocuteur. Une escalade qui devrait toutefois rester maîtrisée, estime Marc Morales, en citant le philosophe Nietzsche:

«Qui vit à combattre un ennemi à tout intérêt à le laisser en vie.»

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Arabie Saoudite, Israël, Iran
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