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Quel avenir attend l’Afghanistan au lendemain du retrait des troupes occidentales? L’intervention visait à neutraliser les talibans*. Ceux-ci pourraient-ils recouvrer le pouvoir au terme de vingt ans d’opérations militaires les ciblant? Analyse de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France, au micro de Sputnik.

Chose promise, chose due? Peut-être… Mais certains sont vraiment mécontents que Joe Biden tienne sa promesse électorale et rapatrie les troupes américaines encore présentes en Afghanistan. Le retrait total est prévu pour le 11 septembre 2021. Vingt ans jour pour jour après les attaques terroristes sur le sol américain qui ont servi de justification à cette intervention.

Symboliquement, l’armée américaine vient de céder à l’armée afghane l’aérodrome de Bagrâm. C’était la principale base américaine en Afghanistan. Toutefois, quelque 650 soldats américains resteront dans le pays des Cavaliers. Officiellement, pour protéger la mission diplomatique américaine. La lutte contre les talibans* est laissée à l’armée afghane et Biden n’a promis qu’un «soutien» américain.

Les néo-conservateurs vitupèrent contre la décision de Biden. «Nous sommes en train de sombrer en Afghanistan. Cela peut avoir des conséquences à long terme. Le Président Biden portera la responsabilité de ces images hideuses,» a déclaré sur Fox News le congressiste républicain Michael McCaul avertissant contre le basculement du pays dans le djihad. Dans une chronique publiée dans le journal londonien The Telegraph, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump, le faucon John Bolton, a qualifié le retrait américain de «désastreux». 

Mais de quel «désastre» parle-t-il? Ces deux pro-interventionnistes nourrissent-ils de réelles inquiétudes ou évoquent-ils le deuil de leurs fantasmes bellicistes? 

«Les talibans* sont un mouvement extrémiste. Mais, s’ils ont certaines accointances avec Al-Qaïda*, ils en ont très peu avec l’État islamique* et ont toujours limité leurs intérêts à l’Afghanistan. Ils n’ont jamais expédié de djihadistes ailleurs jusqu’à maintenant. Mais ils sont opposés au gouvernement légal. Et ils sont forts d’une certaine légitimité que leur ont donnée les États-Unis par défaut,» explique l’ex-ambassadeur de France Michel Raimbaud.

L’auteur de «Tempête sur le Grand Moyen-Orient» (Éd. Ellipses) fait remarquer que ces islamistes sont plus puissants que l’armée afghane, étant mieux équipés et mieux armés. «Surtout leur ligne de conduite est plus nette que celle de l’armée afghane et du gouvernement de Kaboul», poursuit-il avant de trancher:

«Les talibans* vont bel et bien revenir au pouvoir et, ça, je pense que les Américains le savent très bien.»

Le retrait américain du pays ne sonnerait pas forcément la fin de l’histoire des États-Unis en Afghanistan. Le diplomate en est presque certain :

«Est-ce que Biden veut se retirer de l’Afghanistan? Moi je ne le crois pas. Il a suffisamment de supplétifs et de partisans. Il en trouvera. Si ce n’est pas parmi les talibans*, ça va être au gouvernement, dans l’armée afghane, parmi les milices, les forces de sécurité diverses. Il peut revenir.»

* Organisation terroriste interdite en Russie

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