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Les attaques au couteau se multiplient dans les rubriques faits divers. Or, les études de ce phénomène inquiétant sont rares et incomplètes. Le député Valérie Boyer (LR) plaide pour une «analyse globale» en vue d’une action publique. Nous l’avons interrogée.

Ils n’ont fait que demander le silence… Le 18 février peu avant minuit, à Elbeuf, en Seine-Maritime, un couple s’est plaint du tapage nocturne de ses voisins. Mais le second couple, bruyant et alcoolisé, était aussi muni d’un couteau. Sans crier gare, l’homme à l’origine du tapage a poignardé son voisin à plusieurs reprises, avant de s’en prendre à la femme avec un tesson de bouteille, lui infligeant une entaille large de 15 cm dans le dos. Heureusement, les secours sont arrivés à temps.

Un fait divers? Sans doute. Mais selon Valérie Boyer, député LR des Bouches-du-Rhône, les drames au couteau s’accumulent, sans pour autant être «analysés de façon globale». Ainsi a-t-elle adressé une question écrite au gouvernement en septembre dernier. Relevant les innombrables faits relayés par la presse, l’élue de Marseille demandait à l’exécutif «davantage d’informations et d’analyses sur ces attaques à l’arme blanche et sur les agresseurs, sous forme d’une cartographie détaillée et précise

Une question de sécurité nationale?

Mais la question est restée sans réponse: «normalement, les parlementaires sont tenus d’avoir une réponse dans les 15 jours» nous explique-t-elle, avant d’ajouter en soupirant: «mais bon dans leur “Nouveau Monde”, on ne répond plus aux parlementaires qui posent des questions»… même quand elles semblent pertinentes.

Pour l’élue marseillaise, le phénomène des attaques au couteau serait une véritable «mise en péril de la sécurité nationale»: «120 attaques au couteau par jour, c’est monstrueux!», s’exclame-t-elle.

120, c’est en effet le chiffre avancé par Le Figaro le 16 février, s’appuyant sur une étude discrète, mais bien officielle de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). 18% des violences physiques sont armées et 37% des violences armées le sont avec un couteau, devant les armes par destination (34%), les matraques et bombes de gaz lacrymogènes (20%) et les armes à feu (9%). Avec près de 44 000 attaques chaque année en moyenne, les chiffres montrent bien que le couteau est l’arme par excellence des prédateurs. Le couteau crée en effet sans peine la disproportion et l’inégalité, mais aussi l’ascendant psychologique qui paralysent les victimes.

Un autre rapport de l’ONDRP, publié en décembre 2019, fait état de 693 000 victimes de violences physiques en 2018, dont 6% d’attaques à l’arme blanche, soit 114 par jour. Des chiffres qui semblent confirmer la hausse des violences et de l'insécurité à travers le pays.

© Sputnik . Edouard Chanot
119 agressions au couteau par jour en France

Quelle politique publique mettre en place?

Mais l’observatoire, qui produit des études sur les questions sécuritaires avec l’Institut national des hautes études de sécurité et de justice (INHESJ) qui l’abrite, sera supprimé à la fin de l’année, 2020, officiellement pour des raisons budgétaires. Les rares renseignements viendront donc à manquer. 

Derrière les chiffres, des visages qui marquent les Français:

«Le meurtre du petit Adrien Pérez m’avait choqué. J’ai un fils qui n’est pas loin d’avoir son âge…», nous confie Valérie Boyer.

Le 29 juillet 2018, à Meylan non loin de Grenoble, ce jeune homme était poignardé par Younes et Yanis El Habbib, lors d’une rixe sur le parking d’une boîte de nuit où il était venu fêter son 26e anniversaire.

«Qu’on me dise que c’est une fausse perception, mais je voudrais l’avoir par une analyse de ces violences!», tempête l’élue.

Car selon elle, pour lutter contre un phénomène de cette ampleur, il faut le connaître avec davantage de précision: «à quoi est-ce dû? Et une fois qu’on connaît les chiffres, quelles actions mettre en place?» à n’en pas douter, entre «djihadisme aux mille entailles» et agressions de petites frappes, le phénomène des attaques au couteau reste difficile à circonscrire.

Ainsi Valérie Boyer voudrait-elle suivre l’exemple de l’action contre les violences faites aux femmes, un sujet qui lui est cher. Et si les chiffres ne diminuent pas –entre 120 à 150 femmes et 30 enfants meurent toujours chaque année sous les coups de leur compagnon– l’élue ne perd pas espoir: «nous pouvons aujourd’hui mieux prendre en charge les victimes».

Bien sûr, les circonstances divergent: «les attaques au couteau concernent un autre type de personnes: en général ce sont de jeunes hommes qui se font attaquer.» Pour autant, selon Valérie Boyer, l’analyse des profils des auteurs, des circonstances devraient permettre une action publique plus efficace, et éventuellement une action de prévention.

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insécurité, attaque au couteau
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