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La crise du coronavirus risque de perturber durablement l’activité politique. Pourtant, celle-ci continue, notamment la réforme des retraites. Le recours au 49.3 ayant réglé cette question à l’Assemblée nationale, le Sénat peut-il encore bloquer son adoption? Sputnik a interrogé Gérard Filoche, membre de la Gauche démocratique et sociale.

Le ton d’Emmanuel Macron ce 12 mars à la télévision pour annoncer les mesures contre le coronavirus en a étonné plus d’un. Entre glorification de l’État-providence, «atout indispensable quand le destin frappe», du système de santé, «des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché» et un souverainisme relatif, refusant de «déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner» à l’étranger, le Président de la République semble s’être souvenu de ses années de militantisme au Mouvement des citoyens (MDC) de Jean-Pierre Chevènement à la fin des années 90.

Peut-on y voir une contradiction face à son bilan réformiste, depuis trois ans à la tête du pays? Quelques heures avant l’allocution du chef de l’État, Sputnik a interrogé Gérard Filoche, membre de la Gauche démocratique et sociale, qui ne mâche décidément pas ses mots:

«À deux jours des Municipales, Macron parle à la télévision sur le coronavirus. J’aurais la honte à sa place. Il casse les hôpitaux, il bloque les crédits pour la santé, son prochain truc, c’est de casser la Sécu après avoir cassé les retraites. Et le gars pendant neuf mois ne répond pas aux retraites, pas d’intervention […] Il vient parler à deux jours des Municipales sur le coronavirus, mais qu’il se cache! Qu’il se taise. Il n’a aucune autorité pour faire ça. C’est une honte, un gars qui casse les hôpitaux et qui vient parler contre une pandémie

Le sieur est pressé. Enchaînant les réunions politiques à l’occasion des Municipales, notamment avec François Ruffin et Olivier Besancenot, l’ex-inspecteur du travail à la retraite depuis dix ans, ancien membre du bureau national du Parti socialiste, a trouvé le temps pour nous parler justement des retraites et sa stratégie pour contrer Emmanuel Macron. 

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Les grèves s’essoufflent, les Gilets jaunes ne remplissent plus les rues des villes le samedi, mais le militant de gauche estime que les mobilisations sociales sont loin d’être terminées. Bien au contraire.

«Guerre sociale en France»

Sillonnant la France ces derniers mois à l’occasion des élections municipales, il estime que tout le monde est contre la réforme des retraites: les hôpitaux, les avocats, les saisonniers, la Fonction publique, les transports, les étudiants. Selon un sondage réalisé le 4 mars par YouGov pour le HuffPost, 60% des Français y sont désormais opposés. Gérard Filoche utilise ainsi des mots très forts pour cerner le climat social très tendu en France, mais aussi pour estimer la popularité du Président de la République.

«On est dans une situation de guerre sociale en France. Même s’il n’y a pas de grève générale, les braises sont là, partout. […] Je reviens de Lyon, de Perpignan, Coulommiers, Saint-Ouen, Clamart, Argenteuil, Abbeville, Fécamp, Manosque et j’en oublie. J’ai rarement vu, même chez ceux qui militent depuis de longues années, tant de haine, il faut le dire, contre un pouvoir qui n’entend rien.»

Selon un sondage Harris Interactive Epoka pour LCI, publié le 25 février, Emmanuel Macron bénéficierait d’une cote de popularité de 38%. L’institut IPSOS situait la cote du Président plutôt à 30%, alors que le sondage de Kantar-onepoint a calculé le chiffre de 24%. Des cotes très différentes les unes des autres suivant leur méthodologie, mais qui permettent toutefois de discerner une tendance commune, selon le JDD: une popularité stagnante ou à la baisse. 

À l’Assemblée, sur les retraites, «ça devenait très difficile pour eux»

Une popularité qui ne risque pas de grimper avec l’annonce de l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution de la Ve République, afin d’adopter sans débat au Parlement la réforme des retraites. Pourquoi le gouvernement a-t-il décidé de passer en force à l’Assemblée nationale? Un choix uniquement dicté par la stratégie d’obstruction assumée par la France Insoumise, qui a produit 23.000 amendements (et 41.000 par toute l’opposition)? Gérard Filoche exclut cette raison et préfère évoquer deux facteurs supplémentaires:

«Il n’est même pas sûr de sa majorité. Il y a vingt-deux démissions de députés En Marche, il y en a une quarantaine qui cherche à former un autre groupe, donc en fait, ce parti n’est pas un parti. […] Ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont arrêté le débat au moment où ça devenait très difficile pour eux.»

Fonde-t-il des espoirs sur le Sénat? L’ancien membre du bureau national du Parti socialiste n’est pas optimiste quant à la majorité de droite à la chambre haute.

​Pourtant, comme le rappelle un compte anonyme sur Twitter, les sénateurs de gauche, certes en minorité, pourraient avoir la possibilité d’enterrer la réforme des retraites en la paralysant, car il n’existe au Sénat, ni 49.3, ni temps législatif programmé.

«C’est une casse des retraites»

Mais revenons-en au fond de la réforme. Gérard Filoche a le sens de la formule lorsqu’on le questionne sur la pertinence du calcul du point: «un escroc qui ferait ça, on le mettrait en prison avec Madoff.» Il s’insurge ainsi en bloc contre la réforme, il est même le coauteur d’un fascicule intitulé Les fourberies de la retraite à points (Éd. Atlande): «Je ne dis jamais que c’est une réforme des retraites, c’est une casse des retraites.» L’animateur du mouvement la Gauche démocratique et sociale nous explique ainsi ce qu’il souhaiterait idéalement comme réforme des retraites:

«Moi je suis pour la retraite à 60 ans, à taux plein, basée sur le salaire et les prix, pas de retraite inférieure au SMIC et qui soit calée sur les 10 meilleures années […], 55 ans dans le bâtiment, parce que les métiers pénibles, ça existe. Vous savez, les égoutiers, leur espérance de vie est de 58 ans. Il faut des retraites adaptées aux métiers.»

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Jean-Luc Mélenchon, Edouard Philippe, Emmanuel Macron
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