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    La Russie en Ukraine. Mythes et réalités

    © Sputnik . Andrei Stenin
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    Situation dans le Donbass (2015) (227)
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    Il s’en est fallu de peu que l’on ne retrouve Poutine dans un char sillonnant le Donbass, kalachnikov à l’épaule. Analyse de Françoise Compoint.

    Après tout, si on a pu supposer que Vladimir le Terrible a fait exécuter l'opposant Nemtsov sous les remparts du Kremlin pour s'assurer de visu de son décès, comment ne pas imaginer ses tours de force sur un territoire en voie d'annexion. Christophe Gomart, directeur du DRM, a coupé court aux fantasmes sur l'implication militaire russe dans les Républiques autoproclamées. Il n'y a pas d'armée russe en Ukraine et basta!

    Cet homme renfermé qui s'exprime si peu dans les médias n'a pas mâché ses mots. Selon ses propres dires, « la vraie difficulté de l'OTAN, c'est que le renseignement américain y est prépondérant, tandis que le renseignement français y est plus ou moins pris en compte (…). L'OTAN avait annoncé que les Russes allaient envahir l'Ukraine alors que, selon les renseignements de la DRM, rien ne venait étayer cette hypothèse — nous avions en effet constaté que les Russes n'avaient pas déployé de commandement ni de moyens logistiques, notamment d'hôpitaux de campagne, permettant d'envisager une invasion militaire et les unités de deuxième échelon n'avaient effectué aucun mouvement. La suite a montré que nous avions raison car, si des soldats russes ont effectivement été vus en Ukraine, il s'agissait plus d'une manoeuvre destinée à faire pression sur le président ukrainien Porochenko que d'une tentative d'invasion » (…).

    On s'en doutait, aucun grand journal français n'a repris cette déclaration qui s'inscrit d'ailleurs dans la continuité des constats antérieurement formulés par Philip Breedlove fin novembre 14 et par Victor Moujenko, chef d'Etat-major général ukrainien, en janvier. L'un avait admis qu'il n'y avait pas d'armée régulière russe dans le Donbass, l'autre l'avait clairement certifié. Encore un mensonge par omission? Du reste, rien de surprenant quand on voit le traitement d'abord profondément partial, ensuite sciemment falsificateur du dossier MH-17, de Volnovakha et des passeports de militaires russes soi-disant en exercice en Ukraine. Toutes les preuves confirmant la non-implication de la partie russes avaient été passées sous silence, les dossiers clos ou en tout cas gelés. CQFD: Minsk-2 était plutôt perçu par l'acteur américain comme un temps de répit qui lui permet — on le voit aujourd'hui — d'entraîner les FAU, Pravy Sector et bataillons répressifs y compris. Le couple franco-allemand avait lui aussi besoin d'un répit pour revoir ses relations avec la Russie et d'essayer d'influencer ceux qui sont aux commandes. En aucun cas il n'était question de ramener Porochenko à la raison en le faisant « lâcher » le Donbass. Dans le cas inverse, il aurait été judicieux d'enquêter sur les dossiers mentionnés et de faire pression sur Kiev en le confrontant à ses balivernes. Bien au contraire, on s'aperçoit que les tirs d'artillerie ont repris de plus belle et que l'Allemagne rejoue la partition qui lui est chère: Frank-Walter Steinmeir a déjà signalé que la Russie n'avait pas sa place au sein du G-8 tant qu'elle ne « changerait pas d'attitude ». Comme quoi, la langue de bois genre conseil disciplinaire qui est celle des technocrates occidentaux fait bon ménage avec le mensonge. Quelle tristesse.

    Le tableau est d'autant plus tragi-comique que Forbes a publié la semaine dernière un article laissant sous-entendre que Poutine aurait cyniquement renoncé au Donbass alors que Porochenko lui aurait proposé de le récupérer. Cette proposition aurait été faite aux alentours du 6 avril dans le cadre d'une réunion des membres du bureau exécutif de l'UIER. D'un côté, on accuse donc Poutine d'envahir le Donbass, de l'autre, à supposer que le rapport soit conforme à la réalité, il semblerait qu'on lui reproche sa prise de distance. Voici ce qu'en pense M. Alain Benajam, directeur du Réseau Voltaire et représentant de la Novorossia en France.

    Alain Benajam. « Il est difficile de savoir, notamment vu les conditionnels employés, si l'on peut oui ou non prêter foi à ce qui est rapporté par Forbes. De toute façon, Porochenko est une marionnette qui obéit aux USA. Si cette proposition s'avère réelle, elle aura été faite par les USA et dans le cadre d'une volonté de sortie de crise. Concernant l'attitude de Poutine vis-à-vis du Donbass, les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Je n'aimerais pas être à sa place! Il est pris entre deux feux. D'une part, la souffrance indicible des populations du Donbass qui ne peut laisser le Président russe indifférent, d'autre part, l'éventualité d'une aggravation d'un conflit qui risquerait de dégénérer. Ceci dit, les USA cherchent à faire basculer la Russie dans une situation de déstabilisation et de guerre en essayant ispso facto de reproduire le scénario afghan. C'est loin d'être évident car, d'un côté, la tentative d'organiser un Maïdan à Moscou a fait long feu, de l'autre, la population du Donbass accueillerait les troupes russes, si finalement elles étaient introduites, comme des libérateurs, sachant qu'à l'heure actuelle, celle-ci réclame un rattachement à la Russie. Faute de pouvoir intégrer la Russie, la position secondaire consiste à obtenir l'indépendance. En aucun cas, qui que ce soit dans le Donbass aspirerait à retourner en Ukraine ».

    A titre personnel, je ne crois pas à ce fabuleux revirement (supposé) de Washington qui serait prêt à concéder les RPD et RPL à la Russie pourvu que les effusions de sang prennent fin et que le dossier ukrainien soit classé une bonne fois pour toutes. Si le rapport présenté par Forbes ne relève pas du fake, j'y verrais plutôt une provocation grossière visant à vérifier si le Kremlin mordrait à l'hameçon. J'en veux pour preuve le renforcement du soutien militaire accordé par l'OTAN aux forces loyalistes. Une exacerbation sans précédent des hostilités d'ici mai-juin, serait-elle à prévoir?

    Alain Benajam. « Oui, c'est ce à quoi s'attend la population locale. Elle attend une reprise des hostilités. Ils constatent une réorganisation des FAU. On a vu que les pays occidentaux avaient fourni du matériel… enfin, du matériel assez risible! Les camions plus ou moins blindés britanniques sont certainement des pièces de musée! On est plus dans l'entreprise de la déstabilisation que dans autre chose une troisième offensive, si elle advient, ne restant pas sans conséquence pour la Russie que l'on voudrait coûte que coûte faire réagir. Soyons raisonnables! En aucun cas les forces ukrainiennes ne sont capables de vaincre la population du Donbass ».

    Aussi bien les déclarations de Steinmeir que les révélations de Christophe Gomart reflètent l'état de désintégration lancinant qui est celui de l'UE à l'heure qu'il est. Si Minsk-2 est en passe d'être définitivement violé, c'est bien parce qu'il relevait d'un accord européen et non pas américain les USA n'acceptant aucun autre consensus que celui qui reposerait sur leurs propres conditions. La France l'a compris, l'Allemagne, pour sa part, préfère renforcer son alliance historique avec le monde anglo-saxon. Souvenons-nous des alliances ratées (de peu) entre Roosvelt et le Reich peu avant la guerre et Churchill avec ce qui restait du Reich à la sortie de cette guerre. Cette dichotomie au sein de l'UE ne pourra perdurer bien longtemps. Elle devra être dissoute dans les mois qui suivront. Mais à quel prix?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    République populaire autoproclamée de Donetsk (RPD), RPL, Forbes, Secteur droit, OTAN, Union européenne (UE), Alain Benajam, Victor Moujenko, Christophe Gomart, Frank-Walter Steinmeier, Philip Breedlove, Winston Churchill, Franklin Roosevelt, Petro Porochenko, Vladimir Poutine, Novorossia, Donbass, France, Ukraine, Allemagne, États-Unis, Russie
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