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Le sondage réalisé par Gallup International sur 15 pays de l’Union européenne (sondage réalisé du 30 novembre au 3 décembre 2015 sur 14500 personnes *) révèle des changements significatifs quant à la perception de l’Europe et de l’Euro.

2015, année infernale selon Reuter
© AFP 2020 Sakis Mitrolidis
Il montre que l'on est entré dans une période de très grande instabilité en ce qui concerne les institutions européennes, comme on peut le constater avec la décision de l'Autriche de suspendre l'application des accords de Schengen.

La montée d'un sentiment anti-Union européenne

L'étude de l'évolution de l'opinion est particulièrement intéressante quand il s'agit de la proximité, ou de l'éloignement, par rapport à l'Union européenne. On constate ainsi la présence de trois groupes de pays. Une premier groupe est marqué par une forte progression des personnes s'affirmant « plus éloignées » de l'Europe. Ce groupe est emmené par la Grèce, avec un écart de 48 points avec ceux qui se sentent « plus proches » de l'Europe, mais on y retrouve les Britanniques, les Néerlandais, mais aussi les Belges et les Italiens. Ceci traduit la forte montée d'un sentiment eurosceptique.

Un second groupe est constitué des pays dans lesquels le sentiment d'éloignement vis à vis de l'Europe a progressé mais ou l'écart par rapport au sentiment de proximité est faible. Enfin, le troisième groupe est constitué des pays où le sentiment de proximité est plus important que celui d'éloignement par rapport à l'Europe. Le point important ici est que des pays faisant partie du « noyau historique » de l'Union européenne sont désormais sensibles au climat eurosceptique.

Tableau 1

Proximité ou éloignement avec l’Union européenne
Jacques Sapir
Proximité ou éloignement avec l’Union européenne

La perte d'attractivité de l'Euro

Ce sondage révèle aussi la forte perte d'attractivité de l'Euro. On constate ainsi que dans les pays de l'UE non-membre de la zone Euro l'image de ce dernier s'est fortement dégradé et que dans deux pays de la zone Euro, l'Italie et la Grèce, une majorité de personnes sont pour quitter l'Euro.

Tableau 2

Préférez vous l’Euro ou votre monnaie nationale
Jacques Sapir
Préférez vous l’Euro ou votre monnaie nationale

Les opinions contre l'Euro semblent très tranchées en Grande-Bretagne, en Suède, mais aussi au Danemark et en Bulgarie. Cela ne doit pas surprendre, car aucun de ces pays ne fait partie de la zone Euro. De plus, les résultats de différents sondages montrent qu'aujourd'hui il y a une majorité absolue d'électeurs qui, en Grande-Bretagne, sont disposés à quitter l'UE.

Mais, ce qui apparaît aussi dans ce sondage, et ce qui est plus inattendu, est que dans deux pays de la zone Euro, la Grèce et l'Italie, la préférence pour la monnaie nationale l'emporte. Dans le cas de la Grèce, c'est un retournement important par rapport à cet été où la menace du « Grexit » avait pu paraître faire plier le gouvernement face aux menace des institutions européennes. Les opinions des Grecs étaient en effet, jusqu'à présent, largement en faveur de l'Euro. Il semble que désormais la perspective d'un Grexit ne le effraie plus.

Le cas de l'Italie apparaît lui aussi emblématique. L'Italie est un pays du « cœur » historique de l'UE et de la zone Euro. La préférence pour la monnaie nationale y est maintenant clairement majoritaire. On constate, de plus, qu'aux Pays-Bas, l'Euro ne l'emporte que par une très faible majorité. Or, en Italie, deux partis au moins (le M5S de Beppe Grillo et la « Ligue du Nord ») ont exprimé des doutes publics et répétés quant au maintien du pays dans la zone Euro. La présence d'un débat important est aussi à noter au Pays-Bas et l'on peut constater que dans ce pays aussi les partisans de l'Euro ne l'emporte que très faiblement sur les partisans d'une monnaie nationale.

L'une des conclusions que l'on peut tirer de ce sondage, qui reste il faut le souligner un sondage, est que, quand il y a un véritable débat sur la question de l'Euro, ce qui fut le cas en Italie, en Grèce et même aux Pays-Bas, les réticences du public par rapport à une sortie de l'Euro finissent pas tomber. C'est une leçon importante qu'il faut donc avoir à l'esprit. Un débat véritablement démocratique joue contre l'Euro. On a donc bien le sentiment que l'attractivité non seulement de l'Euro mais aussi de l'Union européenne est en train de s'effacer. Il faudra que très rapidement les dirigeants des différents pays en prennent acte et soit trouvent des thèmes susceptibles de refonder cette attractivité soit comprennent que l'on ne peut durablement faire vivre des institutions contre la volonté des peuples.


(*) http://www.gallup-international.bg/en/Publications/2015/255-International-Survey-on-EU-Prospects

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
sondage, accords de Schengen, Union européenne (UE), Autriche, Europe
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