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    Premier ministre de l'Ukraine Arseni Iatseniouk. Archive photo

    Ukraine: le changement, ce n’est pas maintenant

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    Victoria Issaïeva
    Règlement de la situation en Ukraine (2014) (2149)
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    La vie de la Rada Suprême (parlement ukrainien) ne manque pas de scandales. Une nouvelle crise politique parmi tant d’autres a éclaté en Ukraine deux ans après le coup d’Etat du 22 février 2014.

    La coalition au pouvoir "Ukraine européenne" formée en novembre 2014 a perdu sa majorité suite à des événements assez paradoxales mais habituels pour le "pays de merveilles". Les députés ukrainiens qui ont reconnu le travail du cabinet d'Arseni Iatseniouk comme insatisfaisant, n'ont pas pu quelques minutes plus tard destituer le premier ministre. En réponse, les députés du parti Batkivchtchyna et ceux du parti Samopomitch ont quitté l'alliance jeudi. Il n'est resté donc que 217 élus, soit 9 de moins que le nombre requis pour la majorité. Il est à rappeler que le 16 février, le président Porochenko a appelé Iatseniouk à présenter sa démission ce qui a été soutenu à l'unanimité par le parti du chef de l'Etat ukrainien "Bloc Piotr Porochenko".

    Pour Fabrice Béaur, administrateur de l'Observatoire eurasienne pour la démocratie et les élections, il n'est question ici que des rapports de force chez les oligarques ukrainiens.

    "Porochenko est un oligarque… Iatseniouk est le représentant de certains autres oligarques. Vu que la plupart des oligarques sont avec lui, évidement il se sent fort. Il peut tenir ce langage parce qu'il a gagné la partie au moins pour six mois. On ne peut pas renouveler cette motion de censure pour l'instant. Selon moi, l'appel à la démission d'Iatseniouk fait par Porochenko n'est pas sincère. C'est juste une relation de rapports de force entre oligarques qui se déchirent, se battent, s'allient entre eux pour s'accaparer d'une telle ou telle partie de l'économie qui n'a pas encore été privatisée".

    Selon Arseni Iatseniouk, la crise politique actuelle, qui, rappelons-le, a été provoquée en partie par lui-même, est "un pas vers une vie nouvelle". Le premier ministre ukrainien promet de ne pas démissionner et qualifie ceux qui sont partis de la coalition d'irresponsables. Mais selon les sondages, les Ukrainiens ne veulent plus voir ni Iatseniouk ni son gouvernement diriger le pays. Fabrice Béaur revient sur les résultats des derniers sondages.

    "L'équipe gouvernementale actuelle subit des défections sur défections, elle est ultra-impopulaire. Si j'ai bien cru comprendre l'institut de sondage ukrainien, on dit que Iatseniouk a été supporté par 8 pour cent de la population. Donc tous les partis politiques retirent leurs billes du gouvernement actuel".

    Il est tout de même étonnant que malgré vents et marées, malgré les cotes de popularité du premier ministre mais aussi du président ukrainiens très basses, ils continuent à être à la barre. En janvier 2016, la popularité de Porochenko a été en baisse de 10 pour cent par rapport au mois de juin 2015. D'ailleurs, il est devenu 7 fois plus riche durant sa présidence.

    En parlant de l'éclatement de la coalition au pouvoir et de la personne de M. Iatseniouk, l'ancien député européen et écrivain Paul-Marie Coûteaux indique que c'est ailleurs, hors du pays qu'il faut chercher les clefs de compréhension de ce qui se passe en Ukraine, y compris dans sa vie politique.

    "Sa cote de popularité est très basse, sa légitimité populaire est très faible. Dans les cas où le pouvoir est très peu légitime parce que le pays est divisé contre lui-même, il y aura toujours un pouvoir illégitime. Ce pouvoir sera entre des mains extérieures, il sera sans l'autonomie d'action. Etant donné la situation intérieure assez schizophrénique de l'Ukraine, tout pouvoir à Kiev sera faible surtout s'il veut se braquer contre la Russie qui est son interlocuteur naturel. Il y a des rapports de force obscurs, non-dits qui expliquent le comportement quelquefois irrationnels de quelques acteurs".

    Les oligarques ukrainiens ont "remporté la victoire la plus retentissante depuis l'EuroMaïdan et ont démontré qu'ils étaient la force politique majeure d'Ukraine". C'est la conclusion que tire le magazine américain Foreign Policy constatant que le conflit ouvert de cette semaine au sein du pouvoir ukrainien a révélé que le pays restait sous la houlette des oligarques… Arseni Iatseniouk garde son poste malgré les accusations de corruption et de retard des réformes à son encontre. Le Parlement peut être dissout si dans un mois le duo Porochenko-Iatseniouk ne propose pas de nouvelle coalition viable… Mais tout porte à croire que le changement à Kiev, ce n'est pas maintenant.

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    Dossier:
    Règlement de la situation en Ukraine (2014) (2149)

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    Tags:
    scandale, oligarques, Batkivchtchina, Rada suprême, Arseni Iatseniouk, Petro Porochenko, Ukraine
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