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    Direction Moscou, le revirement confirmé de la Moldavie

    Direction Moscou, le revirement confirmé de la Moldavie

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    Mikhail Gamandiy-Egorov
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    C’est un virage à 180 ° pour la Moldavie. Dirigé pendant sept ans par une équipe résolument pro-européenne et pro-Otan, le pays se tourne désormais vers la Russie. La visite d’Igor Dodon, le président moldave à Moscou, concrétise ce changement stratégique.

    La première visite officielle à l'étranger d'Igor Dodon, le président moldave récemment élu, vient de se clore. Son agenda fut assez chargé. Durant sa visite, le chef d'État moldave a rencontré plusieurs responsables russes de haut niveau, dont Valentina Matvienko — l'actuelle présidente du conseil de la Fédération ( la chambre haute du Parlement russe ) puis Sergei Lavrov, le chef de la diplomatie. Enfin, en soirée Igor Dodon a rencontré Vladimir Poutine. Les deux chefs D'État ont abordé plusieurs sujets.

    Dans le domaine énergétique, ils ont ainsi confirmé leur désir d'avancer sur plusieurs dossiers sensibles, notamment ceux en rapport avec la dette de l'État moldave pour le gaz russe, y compris celui livré en Transnistrie (PMR), qui avait fait sécession avec la Moldavie en 1990. Pour rappel, ce pays dépend à 100 % des livraisons de gaz russe.

    L'autre point important concernait l'élargissement des entreprises moldaves pouvant exporter en Russie leur production, notamment agroalimentaire. En effet et depuis les sept dernières années du pouvoir de la coalition pro-occidentale, puis de la signature de l'accord d'association avec l'UE, la Moldavie n'a cessé de perdre ses parts sur le marché russe. Un marché qui n'a jamais pu être remplacé ailleurs, au vu de ses capacités.

    Les deux hommes ont également abordé la question des migrants moldaves travaillant en Russie, autre source importante de revenus pour le budget du pays. C'est un point que la presse mainstream oublie souvent de mentionner lorsqu'elle aborde le sujet, puisqu'à en croire certains médias, la grande majorité des Moldaves travailleraient dans l'UE, principalement en Italie, où ils sont effectivement environ 150 000. Mais ce sont plus d'un demi-million de Moldaves qui vivent et travaillent en Russie, sur une population totale du pays de 3,5 millions d'habitants. 

    La discussion s'est aussi axée sur le dialogue lancé par Igor Dodon avec Tiraspol, la capitale de la PMR. Un éventuel accord de fédéralisation ne serait pas à exclure, bien que l'on en soit encore loin. Néanmoins, le dialogue positif engagé entre Chisinau et Tiraspol est un signe positif. Enfin, le président moldave a réitéré son engagement d'annuler l'accord d'association avec l'Union européenne, signé en juin 2014, et dans lequel la Moldavie n'a, selon Dodon, rien gagné, tout au contraire. Mieux que cela, le leader moldave a demandé à ce que son pays puisse rejoindre l'Union économique eurasiatique, ne serait-ce qu'à titre d'État observateur dans un premier temps.

    Une approche qui a suscité la réaction des milieux pro-occidentaux à Chisinau, alors que Dodon se trouvait encore à Moscou. Selon leur déclaration officielle, ils ont affirmé « être prêts à tout pour bloquer toute éventuelle annulation de l'accord d'association avec l'UE et tout processus d'intégration en direction de l'Union économique eurasiatique ».

    En effet, le combat s'annonce sérieux puisque le président moldave aura besoin du soutien de son parlement pour mettre en œuvre ses ambitieux projets. Néanmoins, et au vu des sentiments régnant au sein d'une large part de la société moldave, ses chances sont assez importantes. Il convient de rappeler que depuis quelques années, les sentiments pro-UE ont baissé d'une façon aussi drastique qu'augmentaient les sympathies prorusses au sein de la population. Une situation qui a d'ailleurs permis de mettre fin à sept années de pouvoir de la coalition pro-occidentale et de voir arriver la victoire d'Igor Dodon, le chef du Parti des socialistes de Moldavie, en novembre dernier.

    Dernier point, au moment où l'Otan cherche de nouveau à attiser les tensions aux frontières de la Russie, le président moldave n'a pas caché son intention de s'éloigner du dialogue engagé par la précédente administration avec l'organisation nord-atlantique. D'ailleurs, le choix même de Moscou comme première visite officielle à l'étranger conserve toute sa symbolique : ce fut Bruxelles qui était la priorité tout au long des années précédentes de Chisinau. Une page vraisemblablement tournée, du moins pour le moment.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    politique, Igor Dodon, Vladimir Poutine, Moldavie, Russie
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    Tous les commentaires

    • avatar
      louisjulia220
      Très bonne nouvelle, et une brèche de plus dans l'influence de l'UE et de l'OTAN.
    • normandieniemen
      tres bonne chose . l'armée et les forces de maintien de l'ordre moldaves doivent etre pretes a toutes eventualités colorées
    • avatar
      KR
      La Moldavie a compris ou était son intérêt
    • glassov
      Retourner a la maison , sur les berges de l'UE l'herbe n'est pas plus verte
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      sergei Belyevich
      L'UE est vouée a L'ÉCHEC, ça n'est plus qu'une question de temps, c'est une organisation mafieuse ou juste quelques uns s’enrichisse, les autres soit la majorité s’appauvrisse.
    • Glacebleue
      Parfaite car nous ne vous souhaitons pas de vivre sous l'influence de l'OTAN et de l'UE qui ne fait que nous mentir .
    • OAK
      La Moldavie voit bien que l'occident vend beaucoup d'illusions mais, ne construit rien de concret et de stable.
      L'Ukraine est dans une situation désastreuse depuis son "euro-maïdan". La Turquie négocie depuis 50 ans avec l'UE sans résultat. Le Moyen-Orient est devenu chaotique depuis que l'occident veut y bombarder la "démocratie". Bref, que des échecs et des illusions perdues.
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      as1568082
      Si la Moldavie se debrouille bien,elle peut etre dans les premieres a profiter,a tout points de vue , du pont qui se dessine entre les futurs etats de l'ex UE et la Russie,..A n'en pas douter,dans quelques temps ça va se bousculer au portillon,les premirs arrivés seront les mieux servis.....
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      Parousnik
      C est avec les petits rivieres que se forment les grands fleuves...
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      mc4
      Pas mal joué ...; et beau pied de nez à Porochenko ? non?
    • avatar
      CocoChannel
      D'autres vont suivre, et certains qui sont déjà dans l'UE, et ont compris dans quelle caricature de l'URSS, ils s'étaient fourvoyés en y adhérant.
      Les manœuvres tapageuses et ostentatoires de l'OTAN, l'année dernière n'y sont pas pour rien, mais l'attitude de la CE envers ces pays aussi.
      Le Ministre Lavrov en a donné un petit aperçu récemment :
      "Dans mon allocution je parlais de la diversité de la mentalité en politique étrangère qui s'explique par un tel messianisme et la tâche de promouvoir les valeurs telles que nos partenaires européens les voient. Les accusations que la Russie tente d'"arracher" les pays voisins des valeurs européennes sont littéralement prononcées non seulement par certains journalistes, mais également par des représentants officiels. Zbigniew Brzezinski a écrit le libre Le grand échiquier. Il me semble que certains hommes politiques continuent de se référer à son credo vis-à-vis de l'Eurasie. Dans son livre sur l'Eurasie il a écrit: "Il ne faut pas permettre aux barbares de s'unir". C'est ainsi qu'il nous caractérise. Ce n'est peut-être pas avec le même niveau d'arrogance et de grossièreté, mais certains hommes politiques actuels ne veulent pas que le projet économique eurasiatique d'intégration réussisse. Je vais prendre l'exemple de la Serbie. Elle mène et veut mener des négociations avec l'UEE sur une zone de libre-échange, mais l'UE envoie des signaux que je viens de décrire. La Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Federica Mogherini a une conseillère, Nathalie Tocci, qui a déclaré que les relations de la Serbie avec la Russie sont le principal défi pour la Serbie du point de vue de la correspondance de ce pays à la politique étrangère de l'UE. Cela n'a pas été déclaré concernant les relations de Belgrade avec l'UEE, mais par rapport aux négociations de la Serbie sur son adhésion à l'UE. Cela montre que rien n'a changé depuis 12 ans ou plus quand tout partenaire en Europe devait faire un choix, selon Bruxelles, - soit avec l'Europe, soit avec la Russie. A mon plus grand regret c'est une logique vicieuse, à courte vue et contreproductive qui domine toujours. Comme je l'ai dit, la Commission économique eurasiatique a envoyé une proposition de coopération à la Commission européenne. J'espère qu'à un certain moment la politesse élémentaire, qui faisait toujours partie des valeurs européennes, fera surface et nous obtiendrons une réponse."
      Encore un pays que la Russie a "arraché" !
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