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    Militaires américains

    L'incohérente cohérence de la lutte de la coalition contre Daech en Syrie

    © Photo. US Marine Corps
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    Ekaterina Yanson
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    Le Président de la République n'est pas resté muet face aux accusations de Bachar el-Assad contre la France et les pays occidentaux pour leur soutien au terrorisme. Selon M.Macron, seule la coalition internationale, dont les actions ont été «cohérentes depuis le début», est capable de défaire Daech. Mais de quelle cohérence parle-t-il?

    Tandis que les États-Unis volent ouvertement la victoire contre les terroristes aux armées syrienne et russe, la France se limite à prédire la victoire de la coalition au mois de février. «Si quelqu'un a combattu et peut gagner d'ici fin février c'est la coalition internationale», affirme Emmanuel Macron en réponse aux critiques de son homologue syrien selon lesquelles les mains de la France «sont trempées dans le sang syrien».

    La certitude du dirigeant français s'explique facilement: «nous avons été cohérents depuis le début», précise-t-il, à l'issue d'un rendez-vous avec le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg. Pour lui, «tous les autres ont des ambiguïtés» et leur priorité est de «frapper les opposants» au gouvernement d'Assad.

    Voici un bref aperçu de la «cohérence» et de la «non-ambiguïté» des démarches de la coalition dirigée par les États-Unis, dans une longue quête de son véritable ennemi.

    Le départ d'Assad, oui ou non?

    Bachar al-Assad
    © Sputnik. Press-service of Syrian President Bashar al-Assad
    Sur le sol syrien, la France s'est engagée dans la lutte anti-terroriste à l'automne 2015, abandonnant ainsi sa tactique d'éviter d'intervenir en Syrie afin de ne favoriser ni le gouvernement syrien de Bachar el-Assad ni les terroristes de Daech. Et par la suite la rhétorique française (et américaine) s'avère avoir changé à maintes reprises.

    En mars 2017, le départ d'Assad a été supprimé de la liste des priorités des États-Unis sous la présidence de Donald Trump. Selon le secrétaire d'État américain Rex Tillerson, «le sort du Président Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien». Après son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a revu la ligne de Paris sur le dossier syrien, écartant lui aussi le départ d'Assad, la condition nécessaire pour le règlement syrien de son prédécesseur, au second plan.

    «Je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m'a présenté son successeur légitime!». C'est là qu'il a considéré la «lutte absolue» contre les djihadistes comme le principal objectif de la France.

    En juillet, le chef d'État a confirmé en fait l'incohérence de la politique française affirmant que «Nous avons en effet changé la doctrine française à l'égard de la Syrie». Ce quelque cinq mois avant de se féliciter, dernièrement, pour la cohérence de la lutte anti-terroriste. En outre, le Président rappelle de nouveau que «le peuple syrien a un ennemi, il s'appelle Bachar. C'est une réalité».

    Opposition de la discorde

    Des incohérences se dessinent également dans l'attitude de la coalition internationale envers ses ennemis extrémistes. Si, en 2012, les États-Unis ont considéré le Front al-Nosra comme terroristes, l'année 2016 apporte des surprises.

    Dans la liste des groupes de l'opposition syrienne fournie par Washington, deux se sont avérés se battre aux côtés de Daech et huit aux côtés du Front al-Nosra, rebaptisé Fatah al-Cham, avait annoncé Anatoli Antonov, vice-ministre russe de la Défense à l'époque. Ainsi, les États-Unis ne parviennent toujours pas à faire le distinguo entre l'opposition qu'ils soutiennent et les extrémistes, tout en poursuivant pourtant leur campagne militaire. Et le Front al-Nosra, groupe terroriste qui ne veut ni la paix en Syrie ni rendre les armes, semble être alimenté par des radicaux de l'opposition armée.

    Bilan de l'opération

    Ce manque de compréhension de son véritable objectif, n'est-il pas la cause des 801 morts civils reconnus par la coalition internationale? Alors que 695 cas signalés restaient à traiter. Le chiffre concerne les frappes contre Daech des États-Unis et de leurs alliés, qui les réalisent sans l'accord des autorités syriennes, depuis août 2014 en Syrie en Irak.

    Ce alors que le nombre total des raids aériens de la coalition en Syrie, en un mois, est «inférieur au nombre des frappes russes contre Daech par jour», d'après le ministère russe de la Défense.

    En trois ans, les États-Unis et leurs alliés ont réalisé 28.198 raids aériens en Syrie, selon les données de l'Operation Inherent Resolve pour le 30 novembre 2017. La Russie quant à elle, qui est entrée dans le jeu en septembre 2015, comme la France, a porté plus de 92.000 frappes aériennes lors d'environ 30.000 sorties.

    «Plus de 67.000 kilomètres carrés du territoire syrien, près d'une millier de localités et 78 gisements de pétrole et de gaz ont été libérés», selon Sergueï Sourovikine, commandant des Forces aériennes russes.

    Plans du règlement: quelles parties à la table des négociations?

    En novembre 2016, Emmanuel Macron, alors candidat à la présidentielle, a affirmé ne pas être naïf sur Bachar el-Assad et par conséquent ne proposait pas «de trouver une solution avec lui», bien qu'actuellement il invite les représentants de ce dernier à la table des négociations:

    «Si nous voulons construire un processus de paix qui conduira à la stabilité, nous nous devons de mettre les parties autour de la table et construire une transition», explique-t-il. «C'est un processus où les représentants de Bachar el-Assad seront là car il est aujourd'hui à la tête du pays […] mais il est indispensable que l'ensemble des oppositions soient présentes et que nous ayons un processus politique et électoral qui permette à l'ensemble des Syriens de pouvoir s'exprimer.»

    Dans ce contexte, qu'en est-il de la Russie qui vient de retirer ses troupes du territoire syrien, ayant accompli sa mission? À en juger par les propos d'Emmanuel Macron, il se montre plutôt intéressé par ce type de coopération.

    «Aujourd'hui, il y a une puissance, la Russie, qui s'est inscrite de façon déterminante dans la situation syrienne. La France ne peut pas laisser dans un dialogue singulier les États-Unis et la Russie, qui sont par ailleurs profondément opposés, décider du sort de la Syrie», avait-il mis en valeur en 2016.

    Sa position n'a pas trop changé après son arrivée au pouvoir. En juin, déjà aux commandes du pays, il a affirmé avoir besoin de la coopération de tous, «en particulier de la Russie», pour éradiquer les terroristes. En juillet, il a confié que les relations avec la Russie étaient très importantes, malgré les désaccords.

    «Dans l'environnement actuel, en particulier au Moyen-Orient, c'est une nécessité de travailler ensemble, d'échanger les informations, de partager nos désaccords et d'essayer d'y concevoir des solutions», a déclaré M.Macron lors d'une conférence de presse à l'Élysée avec Donald Trump, en déplacement en France.

    La cohérence n'est donc observée ni au niveau des paroles, ni des chiffres, ni des actions des membres de la coalition. La seule tendance cohérente à traquer se cache-t-elle plutôt dans leurs incohérences?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    extrémistes, lutte anti-EI, propos, lutte anti-extrémiste, actions, statistique, opposition, terrorisme, Daech, coalition anti-Daech, Front al-Nosra, France, États-Unis
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