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    Drapeau européen

    «La classe privilégiée à qui tout est permis nommée?»

    © REUTERS / Luke MacGregor
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    Victor Marakhovski
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    Le Service européen pour l'action extérieure (SEAE) a accusé la Russie d'avoir enfreint le droit international. Selon l'UE, la Russie aurait «refusé d'accorder les soins nécessaires» au détenu de la colonie pénitentiaire Beliy medved (Ours blanc) Oleg Sentsov pendant sa grève de la faim de 145 jours.

    Dans les médias, le condamné Oleg Sentsov est obstinément qualifié de «réalisateur» même s'il n'a tourné qu'un film amateur en 2011 — loin de lui avoir apporté la gloire, contrairement au groupuscule sous sa direction qui s'apprêtait à faire exploser la Flamme éternelle avec des bombes artisanales dans un parc de Simféropol le 9 mai.

    Oleg Sentsov
    © Sputnik . Sergey Pivovarov
    Voilà de quoi il s'agit. Le statut de créateur a, pour une raison qu'on ignore, le pouvoir magique de diminuer la responsabilité sociale de ce dernier. En général, il est question de responsabilité morale, mais la communauté artistique se bat pour ne pas être concernée par le cadre de la loi.

    Cela ressemble à de la schizophrénie, mais il n'en est rien.

    Simplement, la communauté artistique en Russie est la seule «minorité persécutée» reconnue. L'unique martyr officiel de l'histoire nationale et Communauté des victimes. C'est pourquoi elle exige de l'État des centaines de concessions et de privilèges — et qu'elle en reçoit beaucoup.

    Selon eux, la minorité créative réunit ceux à qui Catherine la Grande interdisait de s'exprimer. Comme l'ont fait ensuite les autres empereurs, puis Joseph Staline et les secrétaires généraux qui ont suivi. Bref, les créateurs ont souffert pendant des siècles et à présent ils ont hérité du droit aux indemnités et à l'immunité. Et ils protègent ces acquis avec toute la force de leur solidarité «communautaire».

    A noter que la «bataille pour le titre de victimes privilégiées» est un phénomène mondial. Mais paradoxalement, dans les pays où le politiquement correct semble avoir remporté la victoire, l'ardeur de cette bataille est bien plus intense qu'en Russie.

    Par exemple, en ce moment, un débat enflammé a lieu en France autour de deux rappeurs qui représentent à la fois deux minorités à responsabilité sociale réduite.

    1. Le «rappeur islamique» Médine a dû annuler sa prestation dans la salle du Bataclan où avait été commis un attentat de Daech* il y a trois ans, dans lequel plus de cent Français ont trouvé la mort, à cause de l'«opposition de l'extrême-droite». Les médias compatissent activement avec l'artiste. Parmi les «extrémistes de droite» se trouve, d'ailleurs, le père de l'une des victimes du Bataclan: ce «raciste» s'opposait à ce que le créateur, «menaçant les infidèles dans ses textes» participe aux activités de commémoration. Après quoi la classe médiatique a déclaré que le père de la Française défunte s'était engagé sur le «chemin de la haine».

    2. Le rappeur noir Nick Conrad passera devant la justice après la diffusion de son clip aux paroles provocantes, qu'il est risqué de citer si l'on ne veut pas s'attirer d'ennuis avec la loi. En résumé, il appelle à tuer les Blancs par différents moyens «pour divertir les enfants noirs de tout âge […] que ça pue la mort, que ça pisse le sang». L'artiste s'est immédiatement entouré d'une armée d'avocats publics incarnés par les médias et les «militants de gauche». Les premiers justifient ses paroles en mettant en avant qu'il est un artiste («en réalité il fait l'apologie de l'amour, simplement vous n'avez pas compris l'idée artistique»), les autres en soulignant qu'en tant qu'Africain, il a historiquement souffert de la persécution des Blancs. Les chances que Conrad soit condamné à une peine sérieuse sont pratiquement nulles.

    Question: pourquoi plus la société est tolérante, plus l'ardeur de la lutte est grande?

    Deux versions permettent d'expliquer ce phénomène. La première est progressiste: sous la persécution de la majorité, tous les opprimés étaient contraints de souffrir en silence, et à présent ils parlent à voix haute. Par conséquent, l'augmentation du nombre de scandales, de conflits et de haine ouverte envers la majorité est une très bonne chose. Cela signifie que la société devient plus saine puisque chaque opprimé à la possibilité d'exprimer sa douleur et de se battre pour lui-même.

    La seconde version est plus simple. La lutte se poursuit et s'élargit tout simplement parce que c'est devenu bénéfique. Parce que l'idéologie de la lutte dans les pays avancés est déjà officieuse, et que si vous y correspondez, vous pourrez facilement en tirer un profit. En quelque sorte, vous brisez la réalité récalcitrante.

    Le monde a été bouleversé récemment par le prank de trois chercheurs américains qui écrivaient sous pseudonyme des aberrations dans les revues scientifiques. Les journalistes relayaient ces stupidités parce que dans chaque cas concret, elles «démystifiaient la domination de l'homme blanc».

    D'ailleurs, cela illustre clairement une vérité très simple. Quand un groupe social commence à recevoir des privilèges simplement parce qu'il existe, il est condamné à la dégradation. Si dans la science le génie et le travail peuvent être remplacés par l'appartenance aux «opprimés», c'est que la science va très mal. Si le génie et le travail peuvent être remplacés par l'appartenance à la «caste qui a souffert» dans l'art, ça va très mal pour l'art. La même chose concerne l'élite publique, les affaires, le sport et ainsi de suite.

    C'est pourquoi, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, ceux qui se battent pour recevoir des préférences officielles pour «leur» caste la condamnent à un triste sort. Voire à une fin sinistre.

    *Organisation terroriste interdite en Russie

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    accusations, SEAE, Union européenne (UE), Oleg Sentsov, Europe, Russie
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