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Plusieurs grands médias s’en sont pris à l’étude de chercheurs de Stanford pointant l’inefficacité du confinement. Pour le Dr Louis Fouché, c’est la méthodologie des journalistes du «fact-checking» qui devrait faire l’objet d’une remise en question.

«C’est devenu une secte de fact-checkers qui dit ce qui est vrai ou pas», s’agace le médecin urgentiste Louis Fouché. Libération, Le Parisien, Le Figaro: dans le collimateur de ces médias en ce début de février 2021, une étude scientifique largement relayée par les opposants au confinement. Cette étude, c’est un article publié par plusieurs chercheurs dans le très sérieux European Journal of Clinical Investigation. Signée notamment par le Pr John Ionannidis, professeur de la prestigieuse université de Stanford, la publication démontre le peu d’efficacité des mesures de confinement et de la fermeture des commerces.

​Citée par Didier Raoult, l’étude a de surcroît été relayée par des personnalités «antisystème»: Florian Philippot, François Asselineau ou encore Nicolas Dupont-Aignan. Un buzz qui a incité toutes les équipes de fact-checkers (les vérificateurs de faits) de la presse française à se pencher sur son cas. Une chasse aux fake news qui n’est pas sans rappeler «le statut du ministère de la Vérité dans 1984», riposte le docteur Louis Fouché, cofondateur de Reinfo Covid, exaspéré par ces journalistes qui se seraient arrogé «le droit de dire la vérité officielle.»

Des journalistes impartiaux?

L’étude de Stanford s’intéresse à ce qu’elle nomme les «interventions non pharmaceutiques» (INP) de plusieurs gouvernements au cours de la crise du Covid. Au premier rang de ces mesures, les confinements de population. Les auteurs ont étudié les données de dix pays. Conclusion: si «avantages» il y a pu avoir à appliquer ces lourdes restrictions (comme un conditionnement psychologique à la prudence), celles-ci n’ont pas eu «d'impacts significatifs sur la courbe des cas». Les scientifiques ajoutent que «des réductions similaires de la croissance des cas peuvent être réalisables avec des interventions moins restrictives». À l’appui de leur démonstration, ils citent les cas de la Suède et de la Corée du Sud. Ces deux pays ont privilégié d’autres types de mesures: distanciation sociale, incitation à ne pas voyager, interdiction des grands rassemblements, investissements massifs dans les tests, recherche des cas contacts, isolements ciblés…

Dans son travail de fact-checking, une partie de la presse française a sollicité des épidémiologistes pour passer la publication au crible. Ces médecins ont jugé que l’étude des chercheurs de Stanford présentait des biais méthodologiques. Elle reposerait, par exemple, sur un trop faible échantillonnage de pays. Elle n’évaluerait pas non plus correctement certains critères comme le délai de latence (le temps nécessaire à l’observation de l’impact des mesures restrictives). Des arguments que conteste Louis Fouché, pour qui l’essentiel n’est pas là. Le médecin accuse la démarche de ces médias qui «se veut impartiale». Quand elle serait en elle-même accusatoire.

«Vous avez remarqué que ce sont toujours les mêmes études qui sont dans le viseur de ces journalistes? s’agace Louis Fouché au micro de Sputnik. Ils retoquent toutes les études qui remettent en cause le discours et les mesures du gouvernement!» 

La figure de proue du site Reinfo Covid appelle dans la foulée à élargir l’évaluation des mesures restrictives ou, selon ses mots, à leur «donner du sens». Ainsi le critère coût-bénéfice, qui prend en compte tous les effets collatéraux (dépressions, faillites, suicides, décès par report d’examen ou d’intervention…), devrait-il selon lui être «obligatoirement» intégré. Or, «il ne l’est jamais par ces fact-checkers», regrette Louis Fouché.

​Les méthodes de fact-checking présentent des failles méthodologiques. Par exemple, elles prennent pour parole d’Évangile les moindres propos de l’expert sollicité (un épidémiologiste le plus souvent). Même lorsqu’il s’aventure en dehors de son domaine de compétence. Parfois jusque dans l’évaluation… de la psychologie des peuples!

Des épidémiologistes en dehors de leur champ d’étude

C’est particulièrement le cas dans l’article du Figaro qui donne la parole à un professeur de santé publique de l'université de Genève. Après avoir contredit, scientifiquement, l’étude de Stanford, l’universitaire s’évertue à établir un lien pour le moins aventureux entre la légitimité du «confinement strict» et «l’esprit égalitaire de la culture française». Selon lui, la mentalité des «Gaulois réfractaires» se prêterait bien au fait que tout le monde soit «logé à la même enseigne». De quoi justifier la mise sous l’éteignoir des libertés dans l’Hexagone depuis mars 2020. «Un beau raccourci de la pensée», selon Louis Fouché pour qui le confinement est justement «tout sauf égalitaire».

«Le premier confinement l’a bien montré, rappelle l’urgentiste. Les gens logés dans des appartements cossus parisiens sont partis dans leur résidence secondaire à Cabourg. En profitant pour se relier à la nature, retrouver leur “moi profond”… Les gens pauvres, eux, sont restés dans leur deux pièces du centre-ville à se prendre des amendes dès qu’ils sortaient.»

Au cours de l’épidémie, le physicien et philosophe des sciences Étienne Klein profitait de l’occasion pour publier dans la collection Tracts de crise de Gallimard un fascicule intitulé Je ne suis pas médecin, mais je… Le scientifique pointait du doigt un paradoxe largement répandu parmi le commun des mortels: plus un individu est incompétent sur un sujet, moins il aura de réticences à s’exprimer dessus.

En d’autres termes, il faut être très intelligent et averti pour se rendre compte de ses lacunes. La leçon pourrait-elle s’adresser, à l’inverse, aux épidémiologistes, dont la parole devrait quelquefois s’arrêter, elle aussi, à la frontière de la science? «Sutor, ne supra crepidam», rappelle l’adage antique. «Cordonnier, tiens-t’en à la sandale!»

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Covid-19, médias français, Université Stanford
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