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L’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF) veut présenter ses candidats aux élections cantonales de mars. Cependant, d’après le correspondant de Kommersant à Paris Alexeï Tarkhanov, cette lutte politique des musulmans pour le pouvoir local sera difficilement une alternative réelle à l'extrémisme.

Le fondateur de l'UDMF, Najib Azergui, regrette que "les écrivains, philosophes et journalistes aient fait de l'islam un problème et travaillent constamment l'opinion publique pour présenter l'islam et la culture islamique comme dangereux et incompatibles avec la démocratie". Pour contrer cette tendance, le parti musulman présentera huit candidats aux élections cantonales des 22 et 29 mars.

Les hommes politiques français ont tous une attitude différente envers l'UDMF. Au Front national (FN), on voit dans les actions des démocrates musulmans "une menace pour les valeurs françaises" et ont rappelle leurs initiatives pour autoriser le port du niqab (un voile couvrant le visage à l'exception des yeux) dans les lieux publics et introduire des menus halal dans les cantines scolaires. Les partisans de Marine Le Pen estiment que les musulmans ont suffisamment d'occasions de participer à la vie politique française en tant que membres et électeurs des partis traditionnels. "Qu'est-ce qui est plus important pour eux? Le fait d'être Français ou musulmans?", se demande-t-on au FN. Les socialistes sont plus bienveillants à l'égard de l'UDMF et considèrent que tout le monde a le droit de constituer des partis politiques.

Les fondateurs du parti, eux, ne voient rien de mal à leurs actions. Pourquoi, demandent-ils, des partis démocrates-chrétiens pourraient-ils exister dans plusieurs pays européens, mais pas des partis démocrates-musulmans?

L'Union des Démocrates Musulmans Français n'est pas le premier parti islamique en France. Des tentatives d'organiser politiquement les musulmans français avaient déjà été entreprises en 1997 et 2009. Les deux avaient échoué. L'UDMF elle-même, qui existe depuis novembre 2012, n'a jamais enregistré de grandes victoires jusqu'à présent. Le parti ne compte que 800 membres actifs et près de 8 000 sympathisants — les non-musulmans sont également admis.

Najib Azergui et le président du parti Emir Megharbi essaient de profiter de la situation politique, aujourd'hui favorable pour eux car les musulmans sont l'objet de l'attention générale. En outre, un conflit similaire est décrit dans le roman le plus à la mode et le plus cité aujourd'hui en France, Soumission de Michel Houellebecq qui, par une coïncidence fatale, est sorti le jour de l'attentat à la rédaction de Charlie Hebdo: dans son livre, pour ne pas laisser le Front National accéder au pouvoir, les Français donnent leurs voix au parti de l'islam modéré, et ainsi la charia atteint la France par la voie légale.

Les attentats islamistes de janvier et la réaction de la société française ont sérieusement aggravé le problème. Jamais encore les caricatures du prophète Mahomet n'avaient été si nombreuses dans les médias, et donc, jamais les sentiments religieux des musulmans français n'avaient été en contradiction si flagrante avec les idéaux républicains et le devoir civique.

En outre, l'attitude envers les musulmans s'est détériorée en France. Il ne s'agit pas spécifiquement d'attaques contre les mosquées, mais d'une croissance de la peur devant l'islam imprévisible. La participation du parti islamique aux élections est une réaction tout à fait logique de la part de la communauté musulmane. Selon Emir Megharbi, le temps est venu de "donner la parole à cette part de la population qui ne trouve pas sa place parmi les partis traditionnels" et d'apprendre aux musulmans à profiter des avantages de la démocratie au lieu de se saisir des Kalachnikov. Mais pour plusieurs habitants des quartiers musulmans, l'un n'exclut pas l'autre.

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Tags:
islam, musulmans, Union des démocrates musulmans français (UDMF), Najib Azergui, France
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