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De nombreux politiciens ukrainiens - y compris le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk - prônent la vente des terres agricoles publiques.

L'idée semble logique: les paysans de l'ex-république soviétique socialiste d'Ukraine utilisent déjà ces terrains dans les faits, mais illégalement de jure. On doute pourtant que la vente soit juste.

Arseni Iatseniouk a proposé de vendre des millions d'hectares de terres ukrainiennes publiques, qu'il associe à la lutte contre la corruption — terme à la mode dans le pays.

"Je pense qu'il faut vendre, lors d'enchères transparentes et ouvertes, les millions d'hectares de terrains publics qui font aujourd'hui l'objet d'une circulation clandestine et corrompue", a déclaré Iatseniouk sans préciser de quels terrains il s'agirait ni quand commencerait la vente.

Il avait déjà été question de privatiser des terres agricoles à partir du 1er janvier 2016 mais en novembre 2015, le parlement ukrainien avait reporté cette question d'un an. En décembre, le président ukrainien avait même prolongé le moratoire sur leur vente jusqu'en 2017.

Alors quels terrains le premier ministre compte-t-il vendre? Les réserves publiques de l'Ukraine comptent actuellement 3,2 millions d'hectares de terrains, qui appartiennent essentiellement aux académies de science, instituts de recherche et autres coopératives agricoles. "C'est cette dernière ressource de terrain, aujourd'hui propriété publique, que Iatseniouk prévoit de vendre. Plus exactement les louer pour 49 ans", écrit la revue ukrainienne Depo.Dengui. "C'est essentiellement de la terre aride. Elle est bonne mais il faut restaurer le système d'irrigation. Cela représente des millions voire des milliards d'investissements", indique un économiste ukrainien.

L'État ne s'occupe pas de ces terrains et n'a manifestement aucune intention de le faire — par manque de ressources financières principalement. Et les fonds empruntés par l'Ukraine au FMI (qui ne crédite plus le pays depuis septembre 2015) ne sont pas destinés au secteur économique réel: l'argent du FMI sert à régler les questions courantes pour survivre dans un pays globalement détruit, c'est-à-dire à remplir les réserves de change, à rembourser les dettes du FMI et à acheter du gaz (si le FMI l'autorise). Grâce aux manipulations du ministère ukrainien des Finances et de la Banque centrale, cet argent est utilisé périodiquement pour soutenir la hryvnia (la monnaie ukrainienne) et le système financier dans l'ensemble. Compte tenu de l'ampleur de la corruption dans le pays, l'argent du FMI pourrait facilement se retrouver entre les mains d'entrepreneurs privés ou être dépensé pour le soutien de la mission "antiterroriste" conte les séparatistes du Donbass.

La location d'un hectare de terrain est estimée par le Registre géodésique ukrainien à environ 90 dollars. Sur 30 ans, un hectare rapporterait donc près de 2 700 dollars. Pour la location de 1 million d'hectares pendant 30 ans, le budget ukrainien pourrait ainsi obtenir 2,7 milliards de dollars ou 4,4 milliards de dollars sur 49 ans. A titre de comparaison: l'Ukraine doit aujourd'hui 3 milliards de dollars à la Russie dans le cadre des obligations européennes rachetées par Moscou en décembre 2013.

Ne reste qu'à savoir comment cette vente sera réalisée en pratique.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

 

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Tags:
corruption, agriculture, Fonds monétaire international (FMI), Arseni Iatseniouk, Ukraine
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