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L'homme politique le plus populaire du pays pourrait devenir président.

Frank-Walter Steinmeier, actuellement ministre allemand des Affaires étrangères, pourrait être le nouveau président du pays, soulignait l'hebdomadaire Der Spiegel début octobre. Ce déménagement éventuel de Steinmeier au palais présidentiel serait avantageux pour la chancelière Angela Merkel, qui se débarrasserait ainsi de son rival principal avant les élections législatives de l'automne 2017. Lenta.ru analyse la probabilité d'un tel événement et son influence possible sur la situation politique dans le pays.

Un candidat presque idéal

« Nous avons besoin d'un homme capable de prendre part à des débats sérieux et de représenter les intérêts de toutes les couches de la société, d'un poids-lourd politique »: c'est ainsi que Volker Kauder, président du groupe CDU/CSU au Bundestag, a décrit à Der Spiegel les critères que devait remplir, selon lui, le candidat idéal à la présidence du pays. Personne n'a encore avancé de nom concret mais les journalistes de l'hebdomadaire pensent à Frank-Walter Steinmeier, actuel ministre des Affaires étrangères.

Le chef de la diplomatie allemande possède en effet toutes ces qualités et pourrait être un bon successeur à Joachim Gauck, 76 ans, qui a refusé de se représenter à cause de son âge. « Contrairement à de nombreux hommes politiques, Steinmeier a une approche mesurée des problèmes internationaux. A mon avis, il se laisse guider par le bon sens, fait remarquer Alexandre Kamkine, directeur de recherches au Centre d'études allemandes de l'Institut de l'Europe affilié à l'Académie des sciences de Russie. Sa candidature serait convenable pour l'Allemagne, qui a traditionnellement une politique étrangère prudente. Son message principal dans le cadre des relations russo-allemandes est la volonté de dialoguer avec Moscou. Joachim Gauck était assez neutre mais Frank-Walter Steinmeier est un homme charismatique qui ferait ses preuves à ce poste — bien que ce dernier soit strictement représentatif ».

La nomination éventuelle de Frank-Walter Steinmeier serait renforcée par son expérience politique de 20 ans qui l'a vu passer aux postes de directeur de la chancellerie de Basse-Saxe, directeur de la chancellerie fédérale de Gerhard Schröder, ministre des Affaires étrangères de deux grandes coalitions sous Angela Merkel et chef du SPD (septembre-octobre 2008).

Selon les sondages de ARD-Deutschlandtrend commandés par Deutsche Welle, il est également considéré comme l'homme politique le plus populaire du pays avec 75 % de réponses positives. Il est suivi par Wolfgang Schaeuble (63%), ministre des Finances, et la chancelière Angela Merkel qui a réussi à faire remonter sa popularité de 45% à 54% le mois dernier.

Suite à la publication de ces données, certains médias allemands l'ont déjà présenté comme le futur chef de gouvernement — même si Frank-Walter Steinmeier n'est pas le leader de son parti malgré sa popularité dans le camp social-démocrate. « A mon avis, tout cela n'est que des spéculations de la presse, estime Stefan Meister de la Société allemande de politique étrangère. Comme il est populaire, les médias font des pronostics fantaisistes sur ce qui pourrait arriver en cas de nouvelle grande coalition incluant le SPD. Mais les sociaux-démocrates sont actuellement contre cette coalition. Steinmeier est un homme de compromis mais ne sera pas le candidat du SPD aux législatives. Comme il a déjà échoué en 2009 en tant que candidat des sociaux-démocrates, il n'a plus vraiment envie d'être chef de gouvernement. Actuellement il est tellement aimé parce qu'il occupe le poste de ministre des Affaires étrangères. Mais sa popularité pourrait considérablement souffrir s'il se présentait comme candidat du SPD pour la chancellerie. D'après moi, il est plus faible que Merkel et perdrait certainement les élections en 2017 ».

Pas du bon parti?

Mais la candidature de Steinmeier à la présidence allemande n'est pas non plus totalement évidente. Son appartenance au SPD pourrait être un obstacle majeur: il est peu probable que le bloc CDU/CSU d'Angela Merkel accepte un social-démocrate à ce poste. Selon Vladislav Belov, chef du Centre d'études allemandes de l'Institut de l'Europe affilié à l'Académie des sciences de Russie, le parti dominant a ses propres candidats même s'ils sont moins populaires que Steinmeier: « Aujourd'hui il est le candidat le plus probable à ce poste et les délégués pourraient voter pour lui dès le premier tour. Il serait cependant difficile, pour Angela Merkel qui se laisse guider par des raisons politiques et les intérêts de son parti, de faire un tel choix et de soutenir sa candidature ».

Parmi les candidats possibles de la CDU on cite notamment Wolfgang Schaeuble, ministre des Finances, Norbert Lammert, président du parlement, Ursula von der Leyen, ministre de la Défense et Gerda Hasselfeldt, présidente du groupement régional de la CSU au Bundestag. Leur nomination pourrait cependant se heurter à un manque de voix: le bloc CDU/CSU, le groupe le plus important au sein du parlement, pourrait s'avérer incapable de promouvoir son candidat au premier tour. Les chrétiens-démocrates n'obtiendraient la victoire que lors d'un potentiel troisième tour où une majorité relative sera suffisante. Mais si le SPD, Die Linke et les Verts s'accordaient sur un candidat uni convenable à tous les partis, ils pourraient gagner dès le premier tour.

Un casse-tête pour la chancelière

Le président actuel, Joachim Gauck, a annoncé en juin dernier son refus de se présenter pour un nouveau mandat. « A quatre mois de la convocation de l'Assemblée fédérale (l'organe constitutionnel qui élit le président allemand, ndlr) prévue le 12 février 2017, la chancelière Angela Merkel n'a pas encore soutenu officiellement de candidat », écrit Der Spiegel. D'après l'hebdomadaire, la chancelière fait traîner le temps mais s'est entendue il y a quelques jours avec Horst Seehofer, leader de la CSU, et Sigmar Gabriel, président du SPD, pour lancer un examen commun des candidats possibles.

« Merkel devrait peser tous les avantages et les inconvénients. Il serait sans doute difficile de persuader les membres de son parti de soutenir Steinmeier, notamment compte tenu de l'affaiblissement considérable des positions de la chancelière à cause de la crise migratoire. Mais si elle arrivait à le faire elle obtiendrait des avantages politiques importants », conclut Der Spiegel.

Tout d'abord, si Frank-Walter Steinmeier déménageait au printemps au château de Bellevue, résidence du président fédéral, le SPD perdrait son homme politique le plus populaire avant les législatives de l'automne 2017 — ce qui serait avantageux pour la direction du bloc CDU/CSU. Même si le ministre actuel des Affaires étrangères ne posait pas sa candidature à la chancellerie de la part des sociaux-démocrates, sa présence sur la liste du parti pourrait renforcer considérablement les positions du SPD.

Ensuite, si le bloc CDU/CSU ne pouvait pas obtenir la majorité et était obligé de former une large coalition avec les sociaux-démocrates, l'arrivée de Frank-Walter Steinmeier au poste de président montrerait sa capacité à trouver des compromis. Enfin, en soutenant la candidature de Steinmeier, Angela Merkel pourrait montrer qu'elle se laisse guider par les intérêts de l'État au lieu de ceux de son parti.

Quoi qu'il en soit, on ne sait pas encore si le chef de la diplomatie allemande lui-même veut s'installer au château de Bellevue. « Une telle proposition serait évidemment flatteuse pour lui, écrit Der Spiegel. Dans ce contexte Steinmeier a la position la plus avantageuse. Si le SPD obtenait des sièges au parlement il pourrait même garder son poste de ministre des Affaires étrangères. Il obtiendra sans doute un poste influent dans n'importe quel contexte ».

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