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La conférence de Paris pour la paix au Proche-Orient se tiendra le 15 janvier et suscite déjà beaucoup d'attentes.

La Russie y jouera un rôle majeur — le dirigeant palestinien Saib Arikat s'est déjà rendu à Moscou pour rencontrer ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov afin de mettre au point leurs positions et les Israéliens cherchent également à gagner ses faveurs.Le processus de paix au Proche-Orient est dans l'impasse depuis des décennies. Même quand le Conseil de sécurité des Nations unies prend des décisions et qu'un consensus international voit le jour pour qu'Israël quitte les territoires palestiniens occupés en 1967, rien ne change. Tel-Aviv refuse de faire des concessions et les États-Unis se rangent toujours de son côté, sabotant toute tentative de règlement.

Mais la situation a changé. Le principal bastion de l'influence israélienne aux États-Unis est le Congrès, qui ne peut plus influencer les décisions d'Obama en fin de mandat. Après la défaite d'Hillary Clinton, les plans des démocrates sont tombés à l'eau et le président sortant Barack Obama a décidé de régler ses comptes avec son ami le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Pendant sa présidence, Obama a offert un soutien indéfectible à Israël: plus de la moitié de l'aide extérieure américaine était destinée à Tel-Aviv. Il y a quelques mois encore, il versait à Israël une aide militaire de 38 milliards de dollars. Mais lors de la présidentielle les éléments les plus pro-israéliens ont soutenu Trump. Les démocrates ont pris le flirt israélien avec le candidat républicain pour une trahison, décidant de punir Israël et de placer le nouveau président dans une situation difficile — après tout, c'est lui qui devra payer les pots cassés.

Et voici que pour la première fois depuis 40 ans les USA n'ont pas protégé Israël des critiques au Conseil de sécurité des Nations unies. Pendant 40 ans, les États-Unis utilisaient immuablement leur droit de veto contre toute résolution du Conseil n'étant pas du goût d'Israël. Mais à la veille de Noël, les USA ont décidé de s'abstenir lors du vote sur une résolution contre la colonisation israélienne des territoires palestiniens.

La même résolution avait pourtant été bloquée par le président Obama en 2011. Sous sa présidence, on se rappelle que les USA ne laissaient pas les autres membres du Quartet pour le Proche-Orient ( Russie, UE, Onu ) s'approcher des négociations, protégeaient constamment Israël contre les critiques et ont conduit la situation dans l'impasse. Convaincus du soutien américain, les Israéliens ont accéléré le programme de colonisation des territoires palestiniens et ont décidé de légaliser des colonisations illégales — même selon la loi israélienne. Cette légalisation prévenait pratiquement la possibilité d'apparition d'un État palestinien indépendant à côté et sur un pied d'égalité avec l'État hébreu tel que l'exigeaient les résolutions du Conseil de sécurité et particulièrement la Russie, l'UE et l'Onu.

Le projet de résolution a d'abord été soumis par l'Égypte mais le premier ministre israélien s'est adressé à Donald Trump, qui n'a pas encore pris ses fonctions, pour lui demander d'intervenir en sa faveur en contournant le président Obama. Le républicain a téléphoné au général Abdel Fattah al-Sissi et à sa demande, les Égyptiens ont retiré le projet. Cette ingérence dans les affaires intérieures américaines a indigné le président Obama et son administration. « Il n'y a qu'un seul président en Amérique », a-t-il rétorqué.

Le projet a été immédiatement repris par quatre membres non permanents du Conseil dont la Nouvelle-Zélande, important allié des États-Unis et du Royaume-Uni. Netanyahu a appelé son homologue néozélandais et l'a menacé d'une « guerre diplomatique » mais la Nouvelle-Zélande, agissant en accord avec Washington et Londres, n'a pas pris peur. Le projet de résolution a été posé sur la table du Conseil de sécurité.

Devant l'imminence d'une condamnation par le Conseil de sécurité, Netanyahu a téléphoné d'urgence au président russe Vladimir Poutine pour demander de lui venir en aide.

De bonnes relations personnelles et professionnelles se sont en effet établies entre le premier ministre Netanyahu et le président Poutine: Israël s'efforçait ainsi de ne pas voter contre la Russie à l'Onu et deux jours plus tôt les Israéliens avaient quitté le vote concernant une résolution antirusse sur la Syrie à l'Assemblée générale des Nations unies. La Russie, de son côté, verse des retraites aux anciens citoyens soviétiques résidant en Israël.

Cependant, des relations étroites lient également Moscou et le peuple palestinien, que la Russie a défendus au XIXe siècle et à l'époque soviétique. Les plus importantes résolutions relatives à Israël et à la Palestine à compter de la résolution de 1947 sur la création de deux États ont été adoptées avec une participation active de l'URSS, puis de la Russie.

La Russie se tient aux normes du droit international, sachant que ces dernières interdisent la colonisation d'un territoire occupé et la migration sur ce territoire des citoyens de la puissance occupante. Les diplomates et les responsables russes rappellent constamment à leurs collègues israéliens le caractère inadmissible d'un tel traitement des Palestiniens.

La Russie ne pouvait pas et n'avait pas l'intention de renoncer à ses principes "par amitié". Mais la situation était complexe et controversée. Il était évident que derrière la décision américaine de ne pas imposer de veto se trouvait le différend entre les républicains, vainqueurs de l'élection, et les démocrates.

L'ambassadeur russe au Conseil de sécurité des Nations unies, Vitali Tchourkine, a suggéré de reporter le débat et le vote sur la résolution à la fin des vacances d'hiver, voire jusqu'à l'investiture de Trump afin que les litiges internes aux USA n'influencent pas le processus de paix. Mais tous les membres du Conseil de sécurité exigeaient un vote immédiat. Pour la Russie, voter contre la résolution aurait signifié trahir sa position politique cohérente pour la création de deux États. La résolution a donc été adoptée à l'unanimité avec une seule abstention: celle des USA.

La résolution a eu l'effet d'une bombe en Israël. « Netanyahu a déclaré la guerre au monde entier », écrivaient les journaux israéliens. Le premier ministre a convoqué les ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies. Par ailleurs, les contacts avec de nombreux pays, y compris les amis traditionnels d'Israël comme Londres et Paris, ont été suspendus ou réduits. Les autorités israéliennes ont confisqué de manière ostentatoire un terrain à Jérusalem-Est pour y lancer la construction de nouveaux bâtiments.

La situation s'est aggravée, les autorités israéliennes ont accéléré la destruction de maisons palestiniennes ( 150 durant la première semaine de janvier ), et un Palestinien a tué six soldats israéliens à Jérusalem-Est occupée.

Netanyahu s'est pour la première fois prononcé ouvertement contre la solution à deux États reposant à la base du consensus international sur le dossier israélo-palestinien. De son côté, le congrès américain a soudainement condamné le vote du représentant américain au Conseil de sécurité — mais jusqu'au 20 janvier et l'investiture de Donald Trump le congrès n'a aucun pouvoir sur le président.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a tenu un discours en 6 points pour régler le conflit: les frontières de 1967 avec des modifications au profit des Juifs, la reconnaissance d'Israël en tant qu'État hébreu, des indemnités aux réfugiés palestiniens au lieu de leur retour chez eux, Jérusalem comme capitale commune indivisée des deux Etats, le maintien des grandes colonies juives et l'évacuation des petites colonies, ainsi que la création d'une Palestine indépendante démilitarisée. Il a appelé le Quartet pour le Moyen-Orient à adopter ces 6 points comme programme d'action général et en tant que base d'un nouveau consensus. Mais ce plan a été rejeté par le gouvernement de Netanyahu qui le trouvait « insuffisant ».

Les Palestiniens préfèrent l'initiative de Moscou mais elle a été freinée par Netanyahu, qui l'avait acceptée théoriquement mais a reporté coup après coup sa rencontre avec le président palestinien dans la capitale russe.

Le 15 janvier, pendant la conférence de Paris pour la paix au Proche-Orient, le plan de John Kerry pourrait connaître une nouvelle évolution, voire constituer la base d'un nouveau projet de résolution au Conseil de sécurité — si la Russie le soutenait.

La Russie n'a pas voulu jouer la partition d'Obama et de Kerry contre Trump. Il est évident que l'objectif de cet élan soudain d'activité de l'administration sortante ne consiste pas à régler le conflit israélo-palestinien, mais à tendre un piège à Trump. D'ici l'investiture, il est donc impossible de régler ce problème de longue date — les dirigeants américains actuels veulent seulement compliquer la vie à Trump.

On ignore pour l'instant quelle position adoptera ce dernier concernant le Proche-Orient. Il soutient actuellement les nationalistes israéliens et craint, non sans raison, que les démocrates pourraient saper la passation de pouvoir. Mais après son arrivée à la Maison-Blanche il pourrait prendre un cap complètement différent.

Si le plan de création de deux États tombait dans l'oubli, une idée alternative serait inscrite à l'agenda de la communauté internationale: la démocratisation et l'égalité des droits pour les Palestiniens et les Juifs sur toute la Terre sainte. Il n'est pas certain qu'elle plairait davantage à Netanyahu. On entrevoit pourtant que le statu quo actuel — grâce auquel Israël dispose du territoire palestinien comme du sien propre et y refuse aux Palestiniens des droits élémentaires en les considérant comme des étrangers — touche à sa fin inéluctable.

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vengeance, soutien, Donald Trump, Barack Obama, Israël, États-Unis
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