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    Chypre

    Pourquoi l'unification de Chypre reste problématique

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    Un nouveau cycle de négociations sur l'unification de Chypre s'est achevé hier à Genève, qui devait permettre d'avancer sur la définition dles futures frontières des parties turque et grecque de l'île.

    ​Ces deux régions existent de facto sous la forme de deux États indépendants depuis 1974 mais doivent désormais former une fédération. Durant les négociations, les participants affirmaient que la conversation était "constructive" et qu'ils étaient au seuil d'un événement historique mais les représentants grecs, turcs, ainsi que le nouveau secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres doutent que le conflit gelé puisse être réglé à court terme.

    ​Les négociations de Genève entre le président chypriote Nicos Anastasiades et le dirigeant de la République turque de Chypre du Nord (reconnue uniquement par la Turquie) Mustafa Akinci se sont déroulées avec la participation de représentants de la Turquie et de la Grèce, ainsi que du Royaume-Uni dont Chypre était une colonie jusqu'aux années 1960. Avant cela, Nicos Anastasiades et Mustafa Akinci avaient mis au point pendant trois jours le plan d'unification de l'île au format bilatéral. En particulier, les interlocuteurs avaient évoqué mardi le contrôle administratif de l'île unifiée, avant de travailler mercredi à huis clos sur des cartes pour dessiner les futures frontières des parties turque et grecque de la fédération.

    Les détails des négociations n'ont pas été dévoilés mais le déroulement même de la conférence d'hier avec la participation d'Ankara, d'Athènes et de Londres pourrait indiquer que les représentants de la communauté turque ont tout de même accepté de céder au moins 6,8% du territoire de l'île (625 km²) se trouvant sous son contrôle. Comme l'a rapporté mercredi le journal chypriote Parikiaki se référant à une source proche des négociations, "si la partie turque avait insisté sur le maintien de plus de 29,2% du territoire la réunion au format élargie aurait été annulée".

    Actuellement, la République turque de Chypre du Nord occupe 36% de l'île alors qu'après l'unification la communauté turque aurait dû occuper entre 28,2% (comme insistait la partie grecque) et 29,2% (selon la proposition des Turks-chypriotes) de son territoire. Visiblement, la bataille pour ce 1% (92 km²) se poursuivra: dans la soirée du mercredi 11 janvier les deux cartes rédigées par les délégations turque et grecque ont été transmises à l'Onu, dont les experts devront élaborer une solution de compromis. 253 km² supplémentaires seront encore transférés par le Royaume-Uni qui a accepté de réduire de moitié la superficie de ses bases militaires sur l'île (Akrotiri et Dhekelia).

    D'après l'agence Reuters, des fuites d'informations sur les négociations dans les médias laissent deviner que la proposition grecque supposerait le déplacement de 91 000 Grecs, alors que la carte établie par les représentants de la République turque de Chypre du Nord permet d'installer sur les territoires libérés seulement environ 65 000 personnes.

    Comme l'a expliqué le conseiller du président chypriote pour la propriété et le territoire Kostas Apostolidis, "il n'est pas question de placer des villes ete villages turcs entiers sous le contrôle de la communauté grecque", mais uniquement du "retour d'une partie des maisons et de terrains agricoles sur le territoire de notre République turque de Chypre du Nord actuelle aux anciens propriétaires grecs et inversement". Cependant, en pratique, il sera très difficile de réaliser ce plan car actuellement cette propriété est exploitée par les nouveaux propriétaires.

    Une question tout aussi sensible est celle du statut des habitants non autochtones de la République turque de Chypre du Nord venus de Turquie. Depuis 1974, leur nombre a atteint 100 000 personnes soit près d'un tiers de la population de Chypre du Nord. "Tous les Turcs de Chypre et les colons de Turquie qui vivent sur l'île depuis plusieurs années recevront la citoyenneté de Chypre unifiée. Leur part doit être la même qu'en 1960 (quand Chypre est devenue indépendante du Royaume-Uni): 20% (contre environ 27% aujourd'hui). Les autres ne recevront probablement qu'un titre de séjour et un permis de travail mais pas la citoyenneté. Toutefois il existe plusieurs solutions", précise Kostas Apostolidis.

    L'unification de Chypre est freinée par la position intransigeante d'Ankara qui insiste sur le maintien de sa présence militaire sur l'île. Certains représentants chypriotes doutent également que la nouvelle tentative d'unification portera ses fruits.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    négociations, unification, ONU, Kostas Apostolidis, Mustafa Akinci, Antonio Guterres, Genève, Chypre
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